‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 8 sur 133 · GUILLAUME MODIFIE SES PLANS · texte numérisé non relu

GUILLAUME MODIFIE SES PLANS

sont ceux qui sont satisfaits de l'état de choses actuel. ))

Quand l'événement prouve à Guillaume qu'il a commis une faute, il a le bon sens de ne pas s'opiniâtrer à suivre la mauvaise voie. La double manifestation de Cronstadt et de Portsmouth lui fit comprendre qu'il aurait sûrement la Russie (et peut-être l'Angleterre) contre lui s'il commençait la guerre sans raison : il n'était pas sûr dans ce cas que ses alliés le suivraient. L'expérience avait donc prononcé contre lui et donné raison à Bismarck : l'agrandissement de l'Allemagne ne pouvait être réalisé qu'en profitant des querelles des autres États.

En méditant sur les moyens de réaliser ses desseins, Guillaume II dut souvent réfléchir au sort de Napoléon. Comme lui, il voulait vaincre la Russie et l'Angleterre pour dominer l'Europe. Il n'eut certes pas de peine à comprendre que le danger de voir mourir de froid et de misère une armée envahissant la Russie n'existait plus depuis que de nombreux chemins de fer sillonnaient ce pays, mais il saisit aussi que ce n'était pas là la principale cause de la perte de NapoléoQ. Le « parvenu corse )> avait avant tout succombé parce qu'il n'avait pas su gagaer des alliés fidèles, en f articdlier parmi les grandes puissances. Le Chaticelier de Fer a dit et redit que le premier principe de sa politique avait été d'éviter tout ce qui pouvait amener une coalition franco-austro-russe contre l'Allemagne, ce qui faisait dire au comte Chouvalov, au lendemain du Congrès de Berlir, qu'il avait « la phobie des coalitions ». Guillaume suit la même

maxime : ayant constaté à l'épreuve qu'il n'y avait pas moyen pour lui d'être assuré de la neutralité de la Russie (et peut-être même de l'Angleterre), il se rapprochera toujours davantage de l'Autriche.. C'était, comme nous l'avons déjà dit, le point sur lequel il s'était trouvé en désaccord avec Bismarck. Harden, le champion de ce dernier contre Guillaume, a été lui-même forcé de reconnaître que son héros s'était trompé sur ce point : « Ce que les dirigeants de Berlin n'ont pas vu, dit le résumé de ses polémiques (^), c'est que la cause autrichienne se confond avec celle du germanisme. Bismarck nourrissait à l'égard de l'Autriche une antipathie qu'il ne cherchait point à celer. C'est une de ces faiblesses qu'il faut renier si l'on veut renouer le vrai fil de la tradition bismarckienne. Le salut pour l'Allemagne, c'est une alliance toujours plus étroite avec l'Autriche qui patronne les intérêts germaniques dans le sud-est de l'Europe et en Orient. »

Guillaume avait donc été plus clairvoyant que Bismarck, et plus., les années ont passé, plus son calcul s'est vérifié juste. Sa situation envers l'Autriche n'était malheureusement pas celle de Napoléon visà-vis des autres puissances : ce dernier ne rencontrait chez celles-ci que des adversaires déclarés ou des amis fort indécis dans leurs sentiments. Le cas de

(^) Grande Revue, février 1915, p. 636. — M. Eisenmann écrivait le 1®' janvier 1917 dans la Revue de Paris : « Guillaume II, dès son début, montra un autre esprit [que Bismarck] et l'on put à-Vienne prévoir ce qui allait arriver, quand on le vit, à l'un de ses premiers voyages, ostentativement ignorer le comte Taafîe, premier ministre en charge, que les Allemands d'Autriche traitaient en ennemi. »

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