‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 81 sur 133 · TRAITÉ D I' 4 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

TRAITÉ D I' 4 NOVEMBRE

brouillèrent pas pour cela avec leurs accusateurs. Depuis que la Prusse a un Parlement, son gouvernement n'a jamais eu de sévérités et de haine que pour les députés qui ne votent pas les dépenses militaires (^). L'argument du prince de Hohenlohe, pour obtenir le vote de l'augmentation de la flotte en 1897 avait été que « c'était le peuple allemand qui y avait poussé » en désirant des colonies ; Guillaume II ne désirait rien plus ardemment qu'augmenter son armée afin d'être plus sûr de remporter de grandes victoires. L'indignation des pangermanistes en 1911 lui fournit l'occasion des augmentations de 1912 et 1913. L'instrument se trouvant [ainsi préparé, ils eurent la guerre en 1914.

Cette indignation des pangermanistes était d'ailleurs aussi injuste que possible. On a vu que le seul argument qui put forcer finalement M. de Kiderlen à accepter les conditions [du gouvernement français, a été notre refus éventuel de conclure, à un moment où il était nécessaire pour l'Allemagne de conclure et où elle se trouvait dans la situation la plus défavorable pour faire une guerre : deux de ses alliées, la Turquie et F Italie se battaient. Tant qu'elles se battraient, il n'y avait pas de diversioii possible contre la Russie dans le Caucase et les Balkans, contre la France sur les Alpes et en Tunisie. Le Kaiser Aoulait la guerre, mais une guerre à succès

(*} Le baron Beyens a dit de Guillaunie fort justement : « On a soutenu qu'il avait été, sans s'en douter, l'instrument d'une caste et d'un parti pour qui la guerre était l'unique moyen d'affermir leur pouvoir. Il les a écoutés, en effet, mais parce que leurs vues concordaient avec les siennes. » [Re^-'ue des Deux Mondes, 1^^ mars 1915, p. 29.)

éclatants et à conséquences prodigieuses. Jamais depuis son avènennent il n'y avait eu de moment aussi peu propice à la réalisation de ce bel espoir. Il céda donc et n'en fut, certes, que plus rempli de mépris pour les naïfs qui ne comprenaient pas que la « grande politique » d'extorsion « mondiale » qui venait de rapporter à l'Allemagne environ 250.000 kilomètres carrés (dont les deux tiers en terrains dp premier ordre) ressemble aux pratiques de chantage de la vie civile : elle doit mesurer ses exigences aux possibilités du moment. Guillaume pouvait être fier de lui : il venait de jouer avec succès le rôle de Cornélius Herz et il l'avait fait jouer en même temps au « vertueux peuple ""allemand ». Jamais maître-chanteur n'avait obtenu un si grand gain, et cela d'un seul coup !

Pendant que les Parlements délibéraient au sujet du traité du 4 novembre, la Triple-Alliance se dissociait toujours davantage. L'archiduc François- Ferdinand haïssait et méprisait tout à la fois l'Italie. La guerre italo-turque lui parut une occasion favorable de venger les Habsbourg et le Pape. H fallut l'opposition résolue du ministre ^hrenthal pour l'arrêter. « Quoique celui-ci ait protesté contre les opérations navales de l'Italie sur la côte albanaise pendant l'automne 1911 (comme il avait Te droit de le faire aux termes de l'accord Visconti-Venosta- Goluchowski), il résista avec fermeté à l'influence du parti cléricalo-militaire autrichien, combinée avec celle de la presse libérale juive et des intérêts ploutocratiques, qui travaillaient en faveur d'une attaque

Page 1