‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 82 sur 133 · AUTRICHE ET ITALIE · texte numérisé non relu

AUTRICHE ET ITALIE

armée contre l'Italie. Opposant tout ce qui lui restait de force aux intrigues du général baron de Hotzendorf, chef de F État-major général, et de personnages encore plus influents, il força l'Empereur à choisir entre lui et Hotzendorf et amena ainsi la démission de ce dernier (30 novembre 1911). » (^)

Naturellement Guillaume II fut l'un des premiers à savoir « que l' État-major de Vienne préparait une agression contre l'Italie, que le parti militaire poursuivait activement le travail politique visant à entraîner les autres facteurs responsables de la monarchiç et que simultanément des armements à la frontière italienne prenaient un caractère ouvertement offensif. » (^)

« Cette crise, dit le ministre Sonnino, fut résolue, il est vrai, dans un sens pacifique, grâce à V influence, cV après ce que Von peut supposer, de facteurs étrangers. Mais depuis ce temps-là, le gouvernement italien resta toujours sous l'impressioQ de la possibilité d'une menace armée inattendue lorsque, pour des causes accidentelles, le parti qui était hostile à l'Italie aurait pris le dessus à Vienne. »

On comprend facilement que Guillaume, en présence d'une animosité austro-italienne aussi grave, se soit félicité pendant le mois de novembre, d'avoir réglé ses difficultés avec la France, la situa tioa diplomatique devenant de plus en plus défavorable pour l'Allemagne, Lui qui, en 1911, un peu avant le coup

(^) Steed, Habsbourg Monarchy, p. 277.

(2) Télégramme de M. Sonnino au Gouvernement des Pays-Bas, 24 mai 1915.

d'Agadir, déclarait : « Je suis inquiet pour l'été prochain, je suis las de tendre la main à la France qui ne veut pas la voir » (Pinon, France et Allemagne, p. 238), au nouvel an de 1912, disait exactement le contraire. Recevant le corps diplomatique, il se montra particulièrement gracieux envers notre apbassadeur : faisant allusion aux critiques assez vives que soulevait à Berlin et à Paris le traité qui venait d'être conclu, il lui dit : « Moji cher Cambon, nous sommes vous et moi dans l'ère d'CS pommes cuites (^). (E, Daudet, Auteurs de la guerre, II, 166). Au printemps, la guerre italo-turque continuant, il semblait encore dans les mêmes dispositions, car il déclarait un jour dans l'intimité : « Je ne connais en Allemagne que deux hommes contraires à la guerre : le chancelier de Bethmann et moi. » (Pinon, France, p. 236.) Bethmann, fidèle au mot d'ordre donné par son maître, redira la même chose à M. Francis Charmes, en 1913 (E. Daudet, Auteurs, II, 11). Mais Guillaume n'avait persévéré dans son attitude personnelle aimable envers la France

(^) « Guillaume s'inquiétait plus qu'il n'en voulait convenir des ïdarines croissantes de son peuple. Ne le vit-on pas, le 18 juin 1912, répondre indirectement à Hambourg aux violentes attaques dont l'accord du 'i novembre avait été l'objet ? Après un couplet sur le « marchand allemand », assuré où qu'il se trouve de la protection du gouvernement, Guillaume II ajouta : « Mais comme vous savez tous. Messieurs, le drapeau doit flotter avec honneur, aussi ne doit-il pas être arboré à tous les vents là où l'on n'est pas sûr de pouvoir le défendre. Vous comprenez pourquoi j'ai mis de la retenue à déployer le drapeau allemand là où plus d'un peut-être eut désiré le voir flotter. » (Maur. Muret, L'Evolution de Guillaume II, p. 211.) De même quelque temps avant Tanger, M. de Bùlow avait fait observer aux pangermanistes que la prudence interdisait au gouvernement d'expliquer le but de tout ce qu'il faisait et qu'il fallait savoir lire entjo les lignes.

Page 1