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AFFAIRE DU « MANGUE A

échec. Le prestige militaire des Turcs en fut sensiblement relevé.

A ce motnent, la situation diplomatique de l'Allemagne présentait une amélioration notable. La Turquie était, il est vrai, toujours aux prises avec les Balkaniques, mais on pouvait espérer qu'elle conserverait Constantinople ?t les détroits et qu'elle serait seulement privée de ces appendices albanais, macédonien et thrace qui constituaient pour elle, à certains points de vue, une cause de faiblesse à cause des hostilités auxquelles ils l'exposaient. D'autre part, la création d'une Albanie perpétuellement hostile à la Serbie avait été décidée et on avait en perspective une guerre bulgaro-grecque dont l'issue ne paraissait pas devoir être douteuse, et qui pouvait fournir à Guillaume l'occasion de faire la guerre, car l'Autriche interviendrait sûrement contre la Serbie si celle-ci s'en mêlait aux côtés de la Bulgarie, et elle devait s'en mêler d'après les traités d'alliance des 29 février et 19 juin, conclus avec cette dernière. Enfin l'Italie semblait revenir à ses sentiments d'autrefois pour ses alliées de la Triple Alliance. Elle était mécontente de la France à cause du langage plus énergique qu'adroit, tenu par la presse française et par les députés Hippolyte Laroche, amiral Bienaimé et Guernier qui avaient interpellé notre gouvernement dans les affaires du Manouha et du Carthage, affaires qui auraient dû être traitées en se plaçant uniquement au point de vue juridique et qui, au contraire, avaient amené une explosion de susceptibilités rappelant les polémiques

sur le droit de visite sous Louis-Philippe (^). « Les incidents du Manouha et du Carthage, dit M. Jean Alazard(^), facilitèrent le renouvellement anticipé de la Triplice ;^en quelqxies jours, les efforts heureux de plus de dix ans s'étaient évanouis et l'amitié francoitalienne avait perdu la solidité que lui avait donnée la diplomatie de M. Barrère. » On avait eu à la fin de 1912 un spécimen des vues hostiles à notre égard, que nourrissaient certains des ho^mmes d'Etat italiens par un discours que prononça l'un d'eux et

(^) h'Arinual Regisier de 1911 (p. 310), après avoir raconté l'explosion des sentiments irrédentistes quand on apprit que l'Autriche s'opposait à ce que l'ItaUe porte la guerre dans l'Adriatique ou la mer Egée, dit : « Ces incidents ne faisaient que commencer quand d'autres incidents beaucoup plus sérieux (la saisie pai des torpilleurs italiens, des paquebots Manouha et Carthage) firent oublier les griefs contre le voisin oriental de l'Italie. Durant les derniers jours de janvier, ce fut Paris qui attira toute l'attention de l'Italie. Après cela, M. Kiderlen-Waechter secrétaire allemand des Affaires étrangères, alla à Rome où il fut reçu • par le Roi, le premier ministre, le ministre des Affaires étrangères et le cardinal Merry del Val. Cette visite fut considérée comme éminemment opportune et comme prouvant que l'Allemagne usait de toute son influence pour resserrer les liens de la Triple-Alliance. A peine Kiderlen avait-il quitté l'Italie, que le duc de Turin, cousin du roi Victor-Emmanuel, alla à Berlin pour représenter les reines Hélène et Marguerite d'Italie au baptême de leur filleul, le plus jeune fils du prince impérial, tandis que l'héritier des trônes d'Autriche et de Hongrie, l'archiduc François-Ferdinand était présent à la cérémonie comme parrain. Des efforts visibles furent faits par l'Empereur allemand, son chancelier et son ministre des Affaires étrangères pour amener des relations plus étroites entre les familles régnantes d' Autriche-Hongrie et d'Italie, mais comme toujours la question romaine rendit vains les efforts des conciliateurs. » — L'incident du Manouha avait été précédé d'une autre maladresse, l'occupation de l'oasis de Djaneh, dans l'Hinterland de Ghadames [Ibid., p. 328). — Guillaume,au contraire.continua à flatter les Italiens. Le 25 mars de l'année suivante il eut une entrevue avec le roi d'ItaUe à Venise « et se donna beaucoup de mal pour la rendre encore plus cordiale que les années précédentes ». Ilbid., 1912, p. 313). Plus taid, le comte Berchtold s'associa à ces manœuvres habiles de Guillaume, en déclarant le 2 mai 1912 que malgré l'occupation du Dodécanèse par l'Italie, il ne se prévaudrait pas de l'article 7 de la Triplice po»ir demander des compensations.

(^) L' Italie et le Conflit européen, p. 2.

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