‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 88 sur 133 · ATTITUDE DE L ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ATTITUDE DE L ANGLETERRE

OÙ il invitait l'Espagne à s'allier à l'Italie contre nous. En même temps, l'Angleterre s'éloignait de la Double-Alliance. L'approbation donnée par elle à la création d'une Albanie avait forcé la France et la Russie à accepter le projet qui, pour la former, enle- \ ait aux Serbes et aux Grecs une partie des territoires qui leur étaient attribués par le projet de partage. C^est le 22 et le 23 ïiovembre que sir E. Grey et M. Cambon échangèrent les lettres constatant que (( les échanges de vues entre les États-majors au cours des dernières années ne portaient pas atteinte à la liberté de l'un et l'autre gouvernement de décider à n'importe quel moment dans l'avenir s'il devait ou non soutenir l'autre avec ses forces armées )^ Quoique ce constat ait été provoqué par la question posée par le gouvernement français qui désirait savoir s'il pourrait compter « sur l'assistance militaire » de l'Angleterre si l'Allemagne nous « attaquait sans provocation », il est indubitable que l'extrême réserve de la réponse était le résultat de l'agitation des progermains et des pacifistes anglais contre toute politique pouvant entraîner l'Angleterre à prendre part à une guerre à raiso'n des affaires balkaniques. Sans connaître ces déclarations, l'ambassade d'Allemagne était trop en relation avec ceux qui en avaient causé le caractère extrêmement négatif pour ne pas avoir reçu des renseignements qui devaient y suppléer en partie. Cette seconde crise balkanique avait démontré encore plus nettement que la première que la Triple-Entente était incapable d'agir avec vigueur et unité de vues dans les Balkans ; non seulement

(et cela va sans dire), l'Angleterre n'y soutenait la France et la Russie qu'autant qu'elles deniandaient « un arrangement équitable » (^) niais encore elle cachait mal son intention de ne pas les soutenir par les armes si leurs adversaires exigeaient des concessions injustes ou déshonorantes. Au cours de l'année 1913, le Dr. Th. Schiemann écrira dans la Kreuzzeitung que pour avoir une guerre avec la France, il suffirait de lâcher l'Autriche contre la Serbie (^). Il se gardait bien d'ajouter que ceux qui avaient fait cette observation .avaient remarqué aussi que dans ce cas, il y avait tout lieu de croire que le plus influent des partenaires de la Triple-Entente laisserait les autres se débrouiller seuls.

C'est au moment où cette observation venait d'être faite et où la situation diplomatique de l'Allemagne venait d'éprouver cette grande amélioration, que semble avoir été décidée la politique qui devait

(^) Sir E. Grey dira plus tard dans sa note du 25 août 1915 : « Nous n'avons pas travaillé pour la victoire diplomatique d'un groupe, niais pour un arrangement équitable, prêts à nous opposer à toute tentative d'exploiter la Conférence injustement au désavantage de l'Allemagne et de l'Autriche. » (Buchan, Historij of the War, IX, 234.)

[^) Beyens, L' Allemagne avant la guerre, p. 266. M. le baron Bevîns, dans une lettre à un de mes amis, a dit ne pouvoir préciser la date, mais que c'était en 1913. — La guerre contre la France était en effet toujours considérée comme la principale affaire pour l'Allemagne. Le Chef d'Etat-major de Moltke disait fen parlant de nous, vers le 6 mai 1913 : « Il faut prévenir notre principal adversaire dès qu'il y aura neuf chances sur dix d'avoir la guerre et la commencer sans attendre pour écraser toute résistance. » Et M. Cambon, notre ambassadeur, ajoutait : « Voilà exactement l'état dame des milieux militaires, qui répond à l'état d'âme des milieux politiques, ceux-ci ne considérant pas la Russie, au contraire de nous, comme un ennemi nécessaire. » [Livre jaune, 3). — Un résumé des rapports diplomatiques et consulaires en date du 30 juillet disait de même : « Les esprits s'habituent à considérer la prochaine guerre comme un duel entre la France et l'Allemagne. » (Ibid., 5).

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