I- A I r E R R E EST DÉCIDÉE
amener la guerre de 1914. L'irritation des Autrichiens à raison des succès des Serbes et à la pensée que ceux-ci et les autres Balkaniques allaient leur barrer le chemin de Salonique et de Constantinople, était extrême ; l'archiduc François-Ferdinand, qui avait en 1909 témoigné de si nobles sentiments à l'égard des Serbes, était devenu un de leurs ennemis les plus fougueux. Seulement, la protection accordée aux Balkaniques par la Russie qui avait partiellement mobilisé faisait que l'Autriche ne pouvait songer à satisfaire son ambition sans l'appui de Guillaume et celui-ci qui comprenait qu'une grande opération de ce genre ne doit être tentée qu au moment le plus opportun et après des préparatifs aussi vastes et aussi secrets que possible, dissuada son ami de satisfaire son ambition à ce moment -là, lui promettant, en revanche, de l'aider à le faire un peu plus tard. Ce ne fut d'ailleurs pas sans peine qu'il arriva à le faire patienter et des échos de leurs conversations qui ont été rapportés prouvent avec quelle familiarité hautaine et insolente il en était arrivé à traiter cet homme si orgueilleux. Celui-ci étant venu à Berlin pour conférer avec Guillaume sous prétexte d'assister à une chasse impériale, ce dernier lui cria au départ du train : « Surtout, pas de bêtises (^) ! » Un peu plus tard, lors des obsèques du prince régent de Bavière (décembre 1912), comme l'Archiduc se répandait en menaces contre les ennemis de lAutriche, Guillaume
(^) D'après un «, Rapport de source sûre » dit Beyens, L'Allemagne avant la guerre, p. 248. La date n'est point donnée, mais doit être environ le 24 novembre.
lui fit observer :« Mais c'est avec mon sabre que vous faites tout ce bruit ». La réponse à la question si souvent discutée du moment où Guillaume et l'Archiduc ont décidé de courir les chances de la guerre et de la préparer est donc, suivant nous, que c'est en novembre 1912. Voici d'ailleurs ce que déclara M.deBethmann-Hollweg auReichstagle 9 avril 1915: « C'est pour des raisons de politique étrangère et de politique militaire qu'en novembre 1912, je me suis convaincu de la nécessité d'augmenter notre armée. C'est' dans cette conviction, partagée d'ailleurs par le ministre de la Guerre et le chef du Grand Étatmajor général, que nous avons entrepris l'élaboration du projet de loi. »
« Vous comprendrez que nous n'avons pu, dès Ce moment, mettre l'opinion publique au courant de nos projets. Mais notre décision était prise : elle nous était dictée par le sentiment de notre responsabilité et des exigences pour la sécurité de l'avenir. »
Guillaume qui depuis vingt-cinq ans travaillait avec passion à bien préparer 'son armée pour la guerre, ne pouvait négliger la bonne précaution qui consiste à augmenter considérablement ses forces quand on sait que l'on attaquera à une époque rapprochée. De là l'augmentation décidée en novembre 1912. Elle ne concernait que l'armée de terre, car comme on espérait décider l'Angleterre à rester neutre, des dépenses maritimes auraient été plutôt nuisibles en éveillant de nouveau ses inquiétudes ; elles n'auraient pas permis davantage de lutter plus avantageusement contre la flotte anglaise