DEUXIEME GUERRE BALKANIQUE
■et étaient inutiles dans l'hypothèse d'une lutte contre les flottes franco-russes dont la force totale n'équivalait guère qu'à la moitié de celle des flottes germanoautrichiennes. La construction d'un navire exige d'ailleurs un temps considérable et le plus prudent en vue d'une gu-erre à courte échéance était de se borner à accélérer la construction de ceux commencés. Quant à ce que dit Bethmann-Hollweg de son initiative, on peut et on doit croire que c'est un pieux mensonge par lequel il prend habilement sur lui la responsabilité d'une mesure dont l'initiative remonte certainement à l'Empereur ou au général de Moltke, chef de l'État-major général et confident de GuillaumCj avec lequel depuis 1905 il élucubrait les nouveaux développements de ces plans gigantesques pour lesquels Waldersee et Schlieffen avaient jadis excité son enthousiasme.
Dans leurs traités de 1912, la Grèce, le Monténégro et la Serbie s'étaient partagé le peuple albanais comme un troupeau de bétail, et la Bulgarie avait approuvé. L'Europe ayant empêché cette iniquité et décidé la création d'une Albanie indépendante, la Serbie, à qui on avait enlevé une partie de sa part, demanda à la Bulgarie de l'indemniser sur la sienne. Le tsar Ferdinand et ses conseillers, qui avaient sans scrupule approuvé la violation du principe des nationalités quand il s'agissait des Albanais, protestèrent énergiquement contre sa violation au détriment de leur peuple. La Serbie s'allia alors à la Grèce qui n'était pas arrivée à se mettre d'accord avec la Bulgarie au sujet du partage des dépouilles. Des deux
côtés on se prépara à la lutte, puis finalement on accepta de s'en remettre à l'arbitrage de l'empereur de Russie comme l'imposaient les traités, mais le jour où tous les intéressés avaient enfin admis l'arbitrage, Ferdinand donna l'ordre d'attaquer les Serbes sans déclaration de guerre (29 juin). Il y avait été poussé à la fois par les assurances que l'Autriche lui avait données de le soutenir et par l'optimisme bête de ses généraux qui croyaient les Bulgares très supérieurs aux Serbes et surtout aux Grecs.
Comme il est bien connu, .les Bulgares furent battus ; les Roumains intervinrent contre eux immédiatement et les Turcs peu après. La Bulgarie fut forcée de signer la paix de Bucarest (10 août 1913). La veille, le marquis de San Giuliano, le ministre des Affaires étrangères italien, avait télégraphié à son président du Conseil, M. Giolitti : « L'Autriche a communiqué à nous et à l'Allemagne son intention d'agir contre la Serbie et qualifie cette action de défensive, espérant par là réaliser le casus fœderis de la Triple-Alliance qu'au contraire je ne crois pas s'y appliquer. Je m'efforce de combiner un effort avec l'Allemagne pour empêcher une telle action de la part de l'Autriche... »
L'effort de Giolitti ^réussit (^). Guillaume qui savait
(^) M. Tittoni, ambassadeur d'Italie en France, a fait connaître un autre épisode des lelations de l'Autriche et de la Serbie, qui montre que la première ne recherchait qu'une occasion de querelle : « La Neue Freie Presse affirme que l'Autriche au commencement de 1913 fît des propositions concrètes à la Serbie au sujet des concessions de nature économique qui devaient être la base des rapports amicaux réciproques et dit que j'ai dû en avoir connaissance. Je suis obligé de répondre énergiquement, non. L'Autriche n'a rien proposé et je n'ai eu connaissance