TURQUIE ET GRÈCE
et Progrès à Constantinople, annonça des pourparlers pour la conclusion d'une alliance turco-roumanobulgare sous l'égide d'une grande puissance. Le Livre i>ert roumain, T^w\A\é au comrnencement de décembre, s'efforça de prouver que l'Autriche avait fait tout son possible pour aider la diplomatie roumaine, et le 12 janvier, dans un message d'adieu, M. Maiorescu écrivait : « La Roumanie n'a pas rompu avec l'Autriche-Hongrie : c'est à l'Autriche que nous devons que la Bulgarie a cédé, et en aucun cas elle n'est contre nous. »
L'évolution de la Bulgarie avait précédé celle de la Roumanie. Z)ès le mois de juillet, le ministère Daneff, qui évoluait entre l'Autriche et la Russie, avait été remplacé par un ministère Radoslavoff-Ghenadieff, franchement austrophile. Seuls la Serbie, le Monténégro et la Grèce continuèrent à incliner vers la Triple-Entente. La dernière y était maintenue par son antagonisme, d'une part, avec l'Italie qui l'avait empêchée de garder l'Epire méridionale et qui conservait le Dodécanèse (Rhodes et îles voisines), d'autre part avec la Turquie qui voulait lui reprendre Imbros, Teriedos, Mitylène et Chio. Une sentence des grandes puissances assigna même aux Turcs les deux premières, mais elle ne fut pas exécutée. La tension ne cessa de croître entre la Turquie et la Grèce ; la première ayant acheté deux vieux cuirassés aux Allemands, la seconde se sentant menacée dans sa suprématie navale chercha à en acheter ailleurs et finit par en trouver aux États-Unis. La Turquie avait confié à l'Angleterre la réorganisation d*e sa flotte en
même temps qu'elle y avait commandé deux dreadnoughts. La Grèce en revanche, en faisait construire un en Allemagne. En mai 1914, une attaque turque sembla si proche que la Grèce demanda du secours à la Serbie, invoquant son traité d'alliance, mais la Serbie répondit que le traité ne concernait que le cas d'une guerre contre la Bulgarie. La guerre n'éclata pas, et on ne risque pas de se tromper beaucoup en supposant que ce fut Guilla,ume II qui arrêta les Turcs, mais il ne le fit sûrement pas gratuitement, çd n'est pas dans son caractère d'agir avec désintéressement, et l'on ne doit pas être loin de la vérité en supposant que l'origine de l'abandon de la Serbie est dans une promesse générale qu'il exigea à ce moment-là de son beau-frère Constantin de ne point aider par les armes les ennemis de l'Allemagne et de se fier à l'appui de celle-ci. Vers le commencement de 1914, un autre incident donna lieu de croire que l'Italie allait se rattacher plus étroitement que jamais à la Triple- Allia nce. Quelques journaux français, appréciant mal la complexité du problème, avaient blâmé l'Italie de garder le Dodécanèse et d'avoir ainsi empêché les Grecs de l'occuper. Les journaux italiens, et particulièrement ceux à la solde des Alle- ^mands (le Reichstag avait voté une subvention annuelle d'environ 750.000 francs à leur intention) avaient naturellement répondu avec violence à ces spéculations maladroites. Un membre du gouvernement anglais ayant dit que l'Angleterre (^) pourrait
(^) « Quant au Dodécanèse, il est, dans la pensée de l'Italie, le point d'appui des futurs établissements en AsieMineure. Pour la même raison