RAPPORTS A N G L O - A L L E M A N D S
lord Haldane la formule de l'engagement auquel les deux gouvernements devaient souscrire ; ses articles les plus significatifs étaient : « 3. Si l'une des hautes parties contractantes venait à avoir la guerre avec une ou plusieurs puissances sans que l'on puisse dire qu'elle est l'agresseur, l'autre observera une neutralité bienveillante et s' efforcera de localiser le conflit. Si l'une des hautes parties contractantes était contrainte de faire la guerre par une provocation évidente d'une tierce puissance, elles s'engagent à échanger leurs vues au sujet de leur attitude dans ce conflit. 4. Le devoir de neutralité imposé par l'article précédent ne s'applique pas au cas où il contredirait à des engagements antérieurs des hautes parties contractantes. 5. Il est interdit de contracter de noui^eaux engagements rendant impossible d'observer la neutralité... »
Le but de ces propositions était évidemment d'obtenir la neutralité de l'Angleterre dans le cas où l'Autriche attaquerait la Russie ou dans celui où l'Italie attaquerait la France (sans compter les cas de traités encore ignorés, comme ceux de traité? germano-turcs). En même temps, il devenait impossible à l'Angleterre « qui n'avait, écrit, Sir E. Grey, d'alliances que celles du Japon et du Portugal », d'en contracter d'autres.
Évidemment, en faisant ces propositions effrontées, Guillaume partait du même point de vue que Bismarck quand il disait à Bùlow : « Si N vous propose quelque chose qui est utile pour lui, mais qui vous est nuisible, ce n'est pas bête de la part
de N, mais c'est bête de votre part d'accepter (^).
« Lord Haldane posa à l'Empereur, au Chancelier et à l'amiral von Tirpitz quelques 'questions en liaison avec ces propositions... La réponse du gouvernement allemand fut qu'il ne pourrait y avoir d'accord naval sans accord politique général, et qu'en échange d'un accord politique général, il n'y aurait pas de réduction sur l'accroissement du programme naval, mais seulement un retard dans son exécution. On faisait ainsi revivre la proposition de 1910 qui avait été retirée en 1911, mais avec deux différences : on avait augmenté le nombre des unités à construire avant de marchander un retard dans leur construction, et, d'autre part, ce retard devait être l'objet d'une «entente » et non d'un accord écrit : il devait être en conséquence encore moins obligatoire qu'un « chiffon de papier ». (-)
« Sir E. Grey dut donc rejeter cette formule. Le comte Metternich demanda alors avec insistance des contre-propositions, assurant qu'elles ne nous lieraient pas tant que nous n'aurions pas eu satisfaction sur la question navale. Sur cette assurance. Sir E. Grey remit au comte Metternich le 14 mars 1912, le formule suivante qui avait été approuvée par le Cabinet : « L'Angleterre déclare qu'à moins de provocation, elle ne fera, ni ne se joindra à aucune attaque contre l'Allemagne. Une attaque contre l'Allemagne n'est pas le sujet et ne forme aucune partie des traités, ententes et combinaisons dont l'Angleterre est ac-
(1) Deutsche Politik, éd. 1916, p. 53.
(') CooK, How Britain strove for peace, p. 31.
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tuellement partie, et elle n'a pas l'intention de devenir une des parties dans quoi que ce soit qui aurait un tel objet.
« Le comte Metternich déclara cette formule insuffisante, et il demanda l'addition d'une des deux clauses suivantes :
« L'Angleterre observera donc pour le moins une neutralité bienveillante si l'Allemagne était contrainte de faire la guerre, ou l'Angleterre restera donc neutre si l'Allemagne est contrainte de faire la guerre.
« Cette formule, ajouta le comte, ne lierait pas l'Angleterre si ses désirs n'étaient pas remplis en ce qui concerne le programme naval.
« Sir E. Grey considéra que les propositions britanniques étaient suffisantes. 11 expliqua que si l'Allemagne désirait écraser la France, l'Angleterre ne pourrait se dispenser d'agir, tandis que si la France était agressive et attaquait l'Allemagne, aucun appui ne lui serait donné par le gouvernement de S. M. avec l'approbation du peuple anglais... « Sir E. Grey offrit donc seulement d'ajouter comme préambule à la formule approuvée par le Cabinet : « Les deux Puissances étant mutuellement désireuses d'assurer la paix et l'amitié entre elles...
« En remettant cette formule au comte Metternich, sir E. Grey dit que Femploi du mot neutralité aurait donné l'impression de quelque chose de plus que ce qui était garanti par ce texte...
« Le comte Metternich reçut alors des. instructions pour faire comprendre que le Chancelier ne pourrait abandonner les parties essentielles du nouveau projet
d'augmentation de la flotte que si l'on pouvait conclure un accord garantissant une neutralité d'un caractère étendu et ne laissant aucun doute à l'interprétation. Il admit que les exigences du Chancelier équivalaient à une garantie de neutralité absolue, faute de laquelle le vote du projet d'augmentation serait demandé.
« Le comte Metternich déclara d'ailleurs qu'il n'y avait aucun espoir que le projet d'augmentation put être retiré, mais qu'il pourrait être modifié, et que ce serait un désappointement pour le Chancelier si nous n'allions pas au delà de la formule que nous avions suggérée. »
Sir E. Grey se borna à répliquer qu'il souhaitait qu'un arrangement intervienne à cause du bon effet qu'il aurait sur les relations des deux pays et, par suite, avec le temps sur les dépenses navales.
« Peu de jours après, le comte Metternich communiqua à sir E. Grey la substance d'une lettre du Chancelier déclarant la formule anglaise insuffisante... et mettant fin aux négociations ». (^)
Malgré cela, le Premier Lord de l'Amirauté, Mr. Churchill, fit en 1912 sa proposition de « vacances navales » et la renouvela en 1913 : Si l'Allemagne décidait une année de ne pas construire de navires, l'Angleterre ferait de même, mais le gouvernement de Guillaume II n'accepta pas cette proposition.
Les manœuvres de celui-ci poursuivaient un tout
(^) Statement issued by the British Foreign Office on 1 st September 1915, apud BucHAN, Nelson' s History of the war, vol. IX.