‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 95 sur 133 · RAPPORTS A N" G L O - A L L E M A N D S · texte numérisé non relu

RAPPORTS A N" G L O - A L L E M A N D S

autre but. Convaincu par les négociations que nous avons rapporté ci-dessus qu'il n'existait pas d'accord entre l'Angleterre et la France ou la Russie, il ernploya tous ses efforts à faire exercer par les pacifistes (^) et les progennains une pression sur le Cabinet anglais afin de l'empêcher de conclure un tel accord. La presse financière et pacifiste fut le principal instrument dont [il se servit. Un grand nombre d'Allemands naturalisés (Juifs presque tous), occupaient de grandes situations dans la finance ou le commerce à Londres ou dans les autres grandes villes. Ils avaient conservé un attachement plus ou moins grand pour leur ancienne patrie. Leur influence dans la presse fut employée à inspirer aux journaux de protester contre toute velléité d'aider la France et la Russie dans les querelles qu'elles pourraient avoir avec l'Allemagne pour des affaires où l'Angleterre n'était pas obligée d'intervenir. M. Asquith se trouva amené le le 24 mars 1913 à expliquer à la Chambre des Communes, que l'Angleterre n'avait contracté aucune obligation de participer à une guerre continentale quelle quelle fut. Cette réponse fut réitérée le

(^) « Dès l'heureuse solution du conflit (d'Agadir), on vit Guillaume II patronner ouvertement les efforts tentés par les nombreuses associations pacifiques d'Angleterre et les associations similaires, moins nombreuses et moins influentes d'Allemagne, afin de rapprocher les deux peu];"^s. Sur l'initiative du Joint Commiltee anglais, un comité identique se créa en Allemagne, et, sous les auspices des deux comités, une conférence mixte siégea du 30 octobre au l^"^ novembre 1912 à Londres, pour discuter les chances d'un rapprochement. Beaucoup de discours furent prononcés, un désir de réconciliation, peut-être sincère, senabla se manifester de part et d'autre, mais aucun moyen pratique ne fut découvert. En somme, aucun résultat tangible ne sortit de ces palabres. » (Muret, L'Evolution de Guillaume II, p. 212.)

28 avril 1914 par sir E. Grey qui ajouta qu'aucune puissance n'avait deniandé que la Triple-Entente concerte son action sur le continent pour le cas de guerre. Ces assurances rassuraient l'Allemagne et ses amis au sujet de la guerre de terre. Restait la guerre de mer. Une agitation commença immédiatement dans la presse allemande et dans la presse germanophile anglaise. En juin 1914, M. de Bethmann- Hollweg « laissa entendre au gouvernement anglais qu'il avait connaissance de pourparlers secrets anglorusses relatifs à une convention navale et le rendit attentif au danger grave que présentait pour la paix du monde une pareille politique (^) ». Mis en mouvement par les dénonciations allemandes, deux membres du Parlement posèrent la même question à sir E. Grey le 11 juin. Sa réponse donna satisfaction à la presse allemande et par conséquent au gouvernement qui la faisait parler. Beaucoup de journaux, d'écrivains et d'orateurs anglais protestaient depuis plusieurs années contre toute intervention dans les querelles continentales ; si la guerre éclatait pour l'une d'elles on pouvait espérer que l'Angleterre resterait neutre. L'un des ministres anglais, Mr. Har-

(^) Discours du 2 décembre 1914. — Ce langage était usuel dans les régions gouvernementales allemandes. Pour en donner un exemple, Schiemann, le 31 décembre 1913, après avoir constaté que le nombre des amis de l'Allemagne sur le sol anglais augmentait sans cesse et parlé de l'article publié par lord Esher pour demander la constitution d'una « British army of adventure », écrivait : « Lord Esher se prononce pour une alliance avec la France : on peut le dire avec certitude, elle aurait immédiatement pour suite une guerre mondiale. Nous pouvons laisser aux Anglais le soin de rejeter cette idée dangereuse. » [Deutschland und die grosse Politik, 1913, p. 372.)

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