‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 96 sur 133 · EXCITATIONS EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

EXCITATIONS EN ALLEMAGNE

<îourt, secrétaire d'État pour les colonies, n'avait-il pas écrit le 3 mai 1913 '« qu'il ne pouvait concevoir de circonstances où des opérations continentales des troupes anglaises ne seraient pas un crime contre le peuple britannique ».

Pendant qu'en Angleterre le gouvernement, le parti libéral, la presse économique, les milieux intellectuels et les classes ouvrières rivalisaient de plus en plus dans le désir de maintenir la paix et de ne pas donner de raisons de mécontentement à l'Allemagne et à son Empereur, celui-ci ne cessait d'augmenter ses armements et d'exciter les passions patriotiques et militaires de ses sujets. « Il met tout en œuvre pour chauffer le sentiment national en fêtant avec éclat tous les anniversaires de 1813 », écrivait notre attaché militaire le 15 mars [Lwre jaune, 2,i). Grâce à des excitations de tout genre, l'enthousiasme des succès passés venait se joindre à l'orgueil d'une situation présente presque sans exemple dans l'histoire européenne pour faire tourner la tête au peuple allemand. Mais le gouvernement impérial n'en travaillait pas moins avec âpreté à faire concevoir par ses administrés des vues encore plus exagérées ou complètement fausses sur la situation. « Il faut, » disait un mémoire qui est 'probablement l'œuvre du chef d' Etat-major de Moltke, « faire pénétrer dans le peuple, l'idée que nos armements sont une réponse aux armements et à la politique française. Il faut l'habituer à penser qu'une guerre offensive de notre part est une nécessité pour combattre les provocations de l'adversaire... Il faut mener les affaires de telle façon que sous la

pesante impression d'armements puissants, de sacrifices con-sidérables et d'une situation politique tendue, un déchaînement soit considéré comme une délivrance, parce qu'après lui viendraient des décades de paix et de prospérité comme après 1870. » {Liçre jaune, 2, ii.) En réalité le gouvernement impérial encourageait déjà des excitations de ce genre du temps de Bismarck. C'était au fond surtout un redoublement dans l'âpreté à les répandre que réclamait le mémoire que nous venons de citer. Aussi le résumé des rapports des agents diplomatiques et consulaires français, rédigé le 30 juillet 1913 pour notre ministre des Affaires étrangères, constatait-il l'existence en Allemagne de nombreux partisans de la guerre, amenés à cet état d'esprit par les considérations et les passions les plus diverses. « Même d'ailleurs les partisans de la paix dans la masse, disait-il, croient à la guerre parce qu'ils ne voient pas d'autre solution à la question actuelle (^)... Le « coup d'Agadir )) a posé vraiment pour la première fois la question marocaine comme une question nationale, important à la vie et à l'expansion de l'Empire. Les révélations et les procès de presse qui suivirent ont suffisamment démontré comment la campagne avait été organisée, quelles convoitises pangermaniques elle avait allu-

(^) La National Review écrivait en 1911 (vol. LVIII, p. 2) : « Nous ne dirons pas que toute l'Allemagne désire la guerre, parce que la guerre implique nécessairement un dérangement sérieux du commercé, mais même la partie pacifique du peuple allemand croit que le Gouvernement allemand sait comment s'y prendre pour que la guerre soit profitable. En conséquence, le mécontentement populaire contre l'accroissement des armements n'est pas nécessairement un facteur pour la paix. »

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