L'ALLEMAGNE AU MAROC
mées et quelles rancunes elle a laissées. Si l'Empereur est discuté, le Chancelier impopulaire, M. de Kiderlen fut l'homme le plus haï de l'Allemagne l'hiver dernier. Cependant il commence à n'être plus déconsidéré, car il laisse entendre qu'il prendra sa revanche. » [Ibid., 5.)
Un des moyens employés par Kiderlen pour prendre sa revanche fut de chicaner avec âpreté sur les limites des concessions que l'Allemagne nous avait faites au Maroc dans le traité du 4 novembre. En particulier l'institution des protections consulaires servit à y augmenter peu à peu la clientèle des agents allemands, au point qu'ils partageaient en quelque sorte la souveraineté au Maroc avec nous sans en avoir les charges. Les agents et sujets allemands conféraient la protection allemande, non seulement aux auxiliaires indigènes des maisons de commerce, mais même aux personnages politiques, petits ou grands, connus pour leur hostilité contre la France. Presque tous les chefs 'des rébellions depuis 1912 étaient des protégés allemands ; ils jouissaient ainsi du bénéfice de l'exterritorialité, seul le consul allemand avait autorité sur leurs personnes et leurs biens. A propos d'un rebelle protégé allemand, le caïd Guellouli, le Cabinet de Berlin déclarera que s'il avait été tué dans un combat, il n'aurait pas demandé réparation de sa mort, mais qu'aucune autorité civile ou militaire, marocaine ou française ne pouvait disposer de lui. Aussi envoya-t-il expressément de Berlin un secrétaire, de légation, M. von Wesendonk, pour traiter cette affaire.
Le général Lyautey, nommé commissaire résident général au Maroc en mai 1912, « s'efforça tout d'abord de remédier à cette situation en accord avec les agents officiels de l'Allemagne dans l'Empire chérifien, dont un certain nombre, surtout parmi Ibs plus élevés, ne témoignaient pas, en effet, personnellement de dispositions combattives, mais il dut bientôt reconnaître que ces agents n'étaient pas maîtres de leurs actes et que, soumis à des directions hostiles du pouvoir central, ils étaient de plus, livrés à la pression des émissaires locaux du pangermanisme au Maroc, dont, à l'époque, les frères Mannesmann, se montraient les plus actifs. Après dix mois de vains efforts sur place, le général Lyautey profita d'un de ses voyages à Paris en février 1913, pour se mettre en rapport avec l'ambassade d'Allemagne et chercher de concert avec elle un accommodement de nature à permettre le fonctionnement du protectorat marocain. Là aussi, il rencontra l'expression verbale de la meilleure volonté, mais sans plus d'effets réels au Maroc, Le 28 juillet [1913, il écrivait au gouvernement qu'il continuait à se heurter à l'hostilité systématique de l'Allemagne ; cette hostilité, disait-il, demeure la seule règle de sa politique au Maroc. Il avait pu constater que cependant cette politique ne lui était pas recommandée par ses agents officiels dans l'Empire chérifien qui, pour la plupart, s'en montraient gênés. Ils sentaient si bien l'énormité de leurs exigences qu'ils ne manquaient jamais, en les formulant, de faire comprendre qu'ils obéissaient aux instructions formelles de leur gouvernement. A l'exception des
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Mannesmann. des Ficke et de quelques autres, les Alleniands installés au Maroc en étaient arrivés aussi à désirer rétablissement de meilleurs rapports avec les autorités françaises, ainsi que leur intérêt d'ailleurs le leur commandait, mais l'apaisement et la conciliation n'entraient pas dans les vues du Cabinet de Berlin qui demeurait au contraire attentif, comme avant le traité du 4 novembre 1911, à entretenir et à envenimer la plaie marocaine pour peser à son gré sur la politique générale de la France... »
« Le Maroc, depuis le voyage de Tanger, n'a jamais été pour l'Allemagne qu'une arme contre la France, une épée toujours aiguisée, une poudre toujours sèche, dont le gouvernement allemand n'a jamais entendu se laisser dépouiller et dont il faisait usage chaque fois qu'il jugeait à propos de nous porter un coup. Quand la guerre européenne a éclaté, nous étions à la veille d'un nouveau Tanger ou d'un nouvel Agadir, et si les affaires balkaniques s'étaient alors aplanies, leur règlement, pour provisoire qu'il eût été, aurait été suivi d'un nouvel éclat allemand au Maroc. La décision était déjà prise à Berlin ; seul le prétexte à invoquer et la forme à lui donner restaient à déterminer et auraient dépendu des circonstances ». (^)
(^) Louis Maurice, La politique marocaine de V Allemagne, p. 193. — Un diplomate allemand disait à un diplomate neutre avant la guerre : « Depuis longtemps je suis effrayé par l'idée que ce remuement d'une torche enflammée sur ce magasin à poudre qu'est devenue l'Europe pourrait causer une explosion.[Cette explosion viendra si une « certaine personnalité » continue à répandre des étincelles dans l'avenir comme elle l'a fait dans le passé. (Begbie, Vindication, p. 235.) — Conscients depuis longtemps qu'ils n'arriveraient pas à se faire attaquer par la
Une énujnération des faits saillants des 20 moi qui précédèrent la guerre, serait incomplète si ell ne comprenait pas l'indication du changemen d'attitude de Guillaume et de Jagow envers 1 Belgique.
Jusqu'à la fin de 1913, les diplomates belges son restés germanophiles et gallophobes. Le milieu so cial 011 ils vivaient, la maladresse de nos publi cistes et parfois même de nos hommes d'Etat, 1 souvenir des projets de conquête de la Belgiqu ébauchés par les gouvernements français de 184 à 1870, enfin le penchant ^laturel à l'homme d croire ce qu'on lui dit (et ces diplomates vivaier en général dans des pays où le gouvernement et I presse étaient peu équitables envers nous) avaien amené chez eu:jc cet état d'esprit. Il avait encore et aggravé par la façon maladroite avec laquelle 1 lieutenant-colonel Bridges, renouvelant la démarch du colonel Bernardiston en 1906, avait averti e 1912 l'état-major belge de l'intention du gouvern( ment anglais de débarquer des troupes en Belgiqu si la neutralité de ce pays était violée par l'Alh
France et la Russie, et sachant que la majorité du peuple (et mên probablement du Reichstag) réprouverait une guerre d'agressio Guillaume II et sa bande faisaient plaider à l'avance par les écrivain journalistes ou orateurs suggestionnés ou payés par eux, que ni eux, : l'Allemagne ne seraient responsables de la guerre qu'ils allaient coe mencer: elle leur serait IMPOSEE par leurs aduersaires.C était la pr mière fois dans l'histoire qu'une pareille formule était employée poi déguiser une guerre d'agression. Elle est déjà d'un usage courant daj Reventlow, Deutschlands auswàrti ge Politik, ouvrage écrit à la fin ( 1913, mais remonte certainement beaucoup plus haut, probablemej à la période d'Algésiras. Il serait intéressant de rechercher à quelle da et par qui elle fut pour la première fois employée.