ALLEMAGNE ET BELGIQUE
magne. Assurément bien des Belges comprenaient depuis longtemps que si l'Allemagne faisait tant de préparatifs sur leur frontière, loin de la nôtre, c'est qu'elle avait l'intention de passer sur leur territoire si certaines éventualités se réalisaient, mais les lettres du baron Greindl, le ministre de Belgique à Berlin, prouvent combien les diplomates belges les plus haut placés méconnaissaient la situation Leur opinion avait naturellement dû influer beaucoup sur celle du roi Albert ; aussi sa surprise fut-elle grande quand, lors d'une visite qu'il fit à Potsdam en novembre 1913, Guillaume et son chef d'étatmajor de Moltke essayèrent de l'impressionner et de le disposer à ne point opposer de résistance au cas où, un conflit éclatant entre la France et l'Allemagne, on lui demanderait de laisser l'armée allemande passer par la Belgique ;« peut-être est-ce en cette circonstance qu'ont été échangées les ptirases suivantes qu'on a attribuées aux deux souverains, phrases en tout cas vraisemblables et fulgurantes comme un croisement d'épées : « Vous n'oublierez « pas que vous appartenez à la maison de Cobourg et « que la reine est princesse de Bavière », aurait dit Guillaume II. « Je n'oublierai pas que je suis roi « des Belges », aurait répondu Albert I®^. (E. Daudet, Les Auteurs de la Guerre, p. 10).
Le Roi donna aussitôt au baron Beyens, son nouveau ministre à Berlin, l'ordre d'avertir notre ambassadeur de ces significatives ouvertures. M. Pichon en fut informé quelques jours plus tard par une lettre apportée dans la valise diplomatique.
Au printemps de 1914, [M. Canibon pouvait [à soit tour communiquer au baron Beyens un aveu du même genre. Comme il causait avec M. de Jagow de la construction et du raccordement des lignes de cheniins de fer que la France et l'Allemagne se préparaient à ouvrir dans leurs possessions africaines, celui-ci émit l'idée qu'il serait utile qu'une entente intervînt entre les deux pays et aussi avec l'Angleterre afin que ces lignes ne se fissent pas concurrence. « Dans ce cas, reprit l'ambassadeur, il faudrait inviter la Belgique à conférer avec nous, car elle aussi construit au Congo de nouveaux chemins de fer. » Le secrétaire d'Etat, oubliant alors à qui il parlait : « La Belgique ! fait-il. Ah ! mais non, puisque c'est elle qui paierait. » (E. Daudet, ibid.f p. 185).
En parlant ainsi, M. de Jagow, qui ignorait très probablement l'intention de son maître et de François-Ferdinand de déchaîner la guerre lors de la moisson, trahissait ce que le [baron Beyens dit avoir été une des particularités de la diplomatie allemande des dernières années : « le dédain des petites nationalités et le parfait mépris des Etats secondaires ». D'après le même diplomate, dans la conversation que nous venons de rapporter, M. de Jagow « exprima l'avis que ^le roi Léopold avait été trop favorisé au moment du partage de l'Afrique centrale à la conférence de Berlin, que Bismarck s'était montré trop généreux à son égard et que la Belgique n'était pas assez riche pour mettre en valeur le vaste empire qu'elle avait hérité de son