XXII PREFACE
mes, qui forment une chaîne historique dont chaque anneau a sa valeur et sa relation.
C'est pourquoi, ce traité sur l'histoire de la diplomatie pontificale au XIX^ Siècle, réclamait un autre traité préliminaire qui fit ressortir sa liaison historique et philosophique, et éclairât les premiers événements du siècle. C'est ce que j'ai fait en partie, et avec intention, dans un premier ouvrage qui, mettant en rehef les relations historiques du Siège apostolique avec la cour de Naples, 1723 à 1799, peint au vif, comme dans un tableau, l'état d'âme et les conditions intellectuelles et morales de l'Europe catholique, c'est-à-dire de la famille des Bourbons, qui, au XVIIIe siècle, imposait son autorité à toute l'Europe (1).
Les œuvres de ce siècle eurent leur dénouement, pareil à la résultante de plusieurs forces mécaniques, dans la grande révolution qui en fut la conséquence. Les faits historiques de ce grand événement sont connus. Cependant, à cause de la l'elation très-intime de quelques-uns d'entr'eux avec le traité de paix conclu entre la France et Rome au commencement du XIX^ siècle, et avec l'autre événement, d'une portée plus universelle, du congrès de Vienne de 1814 à 1815, on ne peut les passer sous silence.
Le point culminant fut le traité de Tolentino (19 février 1797). Par cette fameuse paix de Tolentino, la France catholique recula de vingt siècles en fait de civilisation, et redevint la Gaule de Brennus ; ce qui a suivi, et surtout le danger que courut l'Eglise romaine, de se voir dépouillée
(1) Voir Rinieri, Della rovina di una monarchia, Relazioni storielle tra Pio Vie la corte de Napoli negli anni 1776-1799 (Turin, 1901),
Cet ouvrage n'a pas été traduit en français et mériterait de l'être, tant au point de vue de l'histoire que de la religion catholique (Trad)
PRÉFACE XXIlJ
de sa souveraineté temporelle au congrès de Vienne, eut ses premières et seules causes dans ce classique brigandage de Tolentino. Ce traité demandait donc, si on considère le fil chro;;ologique de l'histoire, à être d'abord étudié ; mais, m'en tenant de préférence au lien logique des événements, j'ai trouvé plus à propos de réserver cette étude pour le volume où je traiterai du Congrès de Vienne et du S. Siège.
Cependant il est de toute nécessité que je mentionne, au moins en passant, une première tentative de concordat religieux entre la République française, ou mieux entre Bonaparte, qui était alors à Milan, août 1797, et le Pape Pie VI.
Le S. Siège avait, en ce moment-là, à Milan, deux représentants au})rès de Bonaparte victorieux ; c'étaient le magistrat. Comte Gorirossi, et le marquis Camillo Massimo.
Le premier, qu'un historien romain jugea avoir été de foi équivoque (1), traitait des affaires de Rome dans leurs relations avec la Cisalpine ; l'autre, homme de valeur et d'une fldélitééprouvée envers le Saint Siège, avait à exécuter les articles du traité de Tolentino : l'un de ces articles exigeant des excuses pour la mort de Basville, à faire solennellement au Conseil des Cinq-Cents, il dut se rendre à Paris.
Or, le 7 du mois d'août, le card. Doria, secrétaire d'Etat
(1) « Quelques-uns l'ont cru gincôre. mais, au foùd, c'était un homme équivoque et peut-être un démocrate, ayant, plus tard, au temps de la république, rempli divers emplois, entr'autres celui de Grand Edile ». Memorie storiche sulle principali cagioni della rivoluzione di Roma e di Napoli anno MDCCC. C'est l'œuvre de Fr. Valentinelli, jurisconsulte de Ferrare. Le volume sur Naples n'a pas paru.