PREFACE XXVII
gallicans qui, tous, plus tard, rétractèrent et désavouèrent les fameux quatre articles de 1682, types des organiques de 1802.
Il scruta, l'un après l'autre, l'esprit de ces articles, en montra l'opposition à celui de l'Eglise Catholique, et prouva que c'était un esprit complètement laïque, excluant et supprimant toufe inffluence chrétienne de la sphère gouvernementale, et tendant plutôt à faire pénétrer dans le corps ecclésiastique l'influence laïque de l'Etat.
De la sorte, TEgliss de France, où le clergé est soumis au gouvernement comme les autres catégories de ses salariés (sinon davantage) ; l'organe qui transmettra son mouvement aux membres du clergé sera un laïque, un sectaire, un juif, un athée, décoré du titre de ministres des cultes. Et ainsi l'àmo catholique de la nation, embarrassée et étouffée par le manque d'air surnaturel respirable, est,. par conséquent, condamnée à s'étioler, et peu à peu à dépérir.
Voilà en toute vérité comment, par 'une vraie félonie commise légalement devant la nation et en face du Vicaire de Jésus-Christ, par les articles organiques qu'on eut l'audace de joindre à ceux du Concordat comme deux jumeaux, prévalut, dans le rétablissement de l'ordre social et religieux, ce révolutionnaire concert jacobin et napoléonien d'une église constitutionnelle de France unie à l'Eglise catholique.
Ce concept fut condamné par Pie VI, il fut rejeté par Pie VII : mais il fut, de force, incarné en un corps de lois par le gouvernement de la république française, dans la séance du 8 avril 1802 Et ce concept est devenu, de nos jours, le palladium de la république actuelle , dont les hommes d'Etat veillent à sa garde, comme le grand pontife Néron, . du haut de son palais, au Palatin, Veillait
XXVIII PREFACK
soucieusemeiìt à la garde du palladium de Rome Conservé , à ses pieds , dans le collège des Vestales au forum.
Deux mots, maintenant, sur la gravure qui orne le frontispice du volume. Elle représente l'acte pir lequel le v^ardinal Consalvi présente à Pie VU les deux parchemins de la ratification du Concordat.
Elle a pour auteur Jean-Baptiste Wicar (17G2-1834), peintre français, élève de David, qui habitait et travaillait à l'Académie de France, à I^omc.
Toutefois, celui qui a inspiré la composition du tableau, je dirai même, la disposition des personnages et des meubles de l'appartement papal qu'on y voit figurer, ce fut Cacault, ministre français à Rome. Cet homme singulier n'était plus, en 180,2, le jacobin à fermes honnêtes de 1796 à 1797. Il s'était alors attaché à Consalvi par une de ces amitiés intimes, fondées sur une affectueuse estime réciproque, qui laissent une profonde empreinte dans les âmes nobles. Il eut lidée d'élever à Pie MI et à son fidèle ministre un monument qui transmit aux Français les traits véritables des deux grands bienfaiteurs de la république. Il y eut pour cela, entre lui et le Cardinal, une longue correspondance de billets. Pour eii donner une idée, en voici un, adressé par Cacault au ministre de Pie VII, le 23 novembre 1802.
« J'envole ci-joint à V. Em. deux portraits dessinés par le cit. Wicar : voyez si cel i e t ressemblant, et comme cela est dessiné dans la plus haute perfecti<3n.
(( Il faut qu'on ait, en France, un portrait du Saint-Père, et que son cher fils Bonaparte le voye dans une image parfaitement ressemblante ; il faut que cela soit gravé en France. Tout cela arrivera d'une manière qui, j'espère,
PRÉt-AdE XXIX
fié sera qu'agréable à Sa Sainteté, et faite pour doAner du plaisir à ceux qui sont attacliés à sa personne.
{( Je demande a votre amitié de m'a'tder â réussir dans cette vue. Il s'agit seulement d obtenir du S. Père deux ou trois séances d'environ une heure chacune. 11 n'en faut pn^ davantage au cit. Wicar pour saisir parfaitement la ressemblance ; et je vous garantis quii fera un portrait qui sera un chef d'oeuvre, et le premier portrait de Pie VII qui aura encore été fait.
« "Wicar fera cet ouvrage pour moi, et je veux faire un présent qui sera très agréable au Premier Consul.
(( Je mets beaucoup de prix à la grâce que je vous demande en cette occasion. J'en aurai au Saint Père et à V. Em. une particulière obligation. »
Aux premiers jours de décembre, il s'adressait au Cardinal, pourqu'il accordât à son peintre quelques heures de séance, afin de pouvoir saisir au moins les principaux traits de sa physionomie. Cacault lui écrit donc et insiste : ma s là était la difficulté la plus grande, Consalvi ne sut rester tranquille deux heures ! C'est pour ce motif que son portrait ne fut pas réussi avec la perfection de celui de Pie VII. Cacault lui écrivit donc, dans les premiers jours de décembre 1802, en ces termes :
« Wicar prie V. Em. de lui marquer l'heure après l^ave Maria, où il vous trouvera pour prendre votre profil, ce que nous appelons à la silhouette. C'est par le moyen de l'ombre et de la lumière.
« Peut -il venir à demi-heure ou une heure de huit au plus tard ? au moment qu'il vous plaira, mais à la lumière. »