‹ La diplomatie pontificale au XIX siècleChapitre 23 sur 68 · I II · texte numérisé non relu

I II

Cependant, le 22 novembre, Bernier, pressant les négociations, commença h rédiger en titres et articles distincts un vrai projet de convention qu'il adressa au ministre du Pape, en lui

(1) Lettre de Spina à Gonaalvi, 12, 24 novembre 1800. Archiv.Vatic. Nunziat, et vol. cit.

(2) Archiv. Vatic. Les notes de Bernier se rapportent aux dates et aux sujets suivants : 8 novembre, sur la démission des évêques ; 12 novembre, biens ecclésiastiques aliénés ; 15 novembre, additions à la première note ; 17 novembre, sur la promesse de fidélité au g-ousernement ; 22 novembre, premiers titres du Concordat; 26 novembre, les autres articles.

recommandant chaudement de l'examiner et de l'approuver, Comnie ce premier projet ne contenait que deux titres avec quelques articles, qui furent dans la suite le pivot de toutes les négociations, il vaut la peine que nous le rapportions in extenso.

TiTHE Premier. — Eçêques et Mélropolilains.

Art. 1. — 11 y aura en France une nouvelle circonscription de métropoles et d'évêchés. — Art. 2. Cette circonscription nouvelle sera désignée par le Premier Consul, et ratifiée par le Saint-Siège. — Art. 3. Elle se fera de telle manière que le nombre des métropoles et des évèchés soit proportionné au besoin spirituel des fidèles, — Art. 4. Aucun des évêchés français conservés ne dépendra ni en totalité ni en partie, d'un diocèse étranger.

Titre second. — Anciens Evêques.

Art. 1. — Les anciens évèques non réélus par le Gouvernement d'accord avec le Saint-Siège, seront réputés démissionnaires. — Art. 2. Sa Sainteté leur intimera l'ordre d'abandonner leurs sIègeSj pour le bien de la paix et de la religion, par voie de cession et d'abdication. — Art. 3. Le Premier Consul se réserve de statuer sur la rentiée en France des dits évèques non réélus, et sur ce qui convient à leur état et à leur subsistance, d'après la déféience qu'ils témoigneront eux-mêmes pour les ordres du Saint-Siège relatifs à leur démission.

L'abbé Dernier demandait que l'envoyé pontifical approuvât ces articles au nom du Saint-Père. Mais l'archevêque de Coriiithe, s'excusant toujours de le faire, faute de pouvoirs ad /toc, adressa en réponse au délégué français une note dans laquelle, confoiniémeut aux instructions qu'il avait de Rome, il traita le point principal qui était, comme il le devint ensuite de fait, la base fondamentale de toute la convention.

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« L'on devrait donc commencer, faisait remarquer Spina, par établir que la religion catholique, apostolique, romaine, sera en France la dominante, et que toutes les lois qui directement sont contraires à ses dogmes et à ses refiles, seront entièrement abroofées. L'établissement de cet article doit être la base de

tous les autres, comme cet article seul peut fournir à Sa Sainteté des raisons de condescendance, et de relâcher en faveur de la nation française la rigueur de la discipline ecclésiastique ».

En outre, le privilège de nommer les évêques, indiquant une sorte de fiatronat, n'a jamais été accordé par le Saint-Siège qu'à des souverains catholiques. C'est pourquoi il ne l'a pas été aux souverains de Prusse, de Russie et d'Angleteri e. « Il ne pourra non plus accorder ce privilège à tous ceux (jui occuperont sa place (du Premier Consul), à moins que l'on établisse que constitutionjiellement et essentiellement cette place soit toujours occupée par des catholiques. Remarquez bien que ce n'est pas h la personne, c'est à la dignité que l'on accorde le privilège de nommer aux évêchés (1)... »

Presque à la même époque où fut remise cette note, l'abbé Dernier avait composé un projet entier de Concordat avec tous ses articles. Ce fut là \e premier projet (26 novembre) : Nous verrons qu'avant d'arriver à l'accord final, il en fut composé d'autres jusqu'à sept. C'est la raison pour laquelle, dans ce premier plan ou ébauche, il ne tint pas compte de l'observation capitale faite par le délégué romain, d'admettre et d'établir, comme base de toute la négociation, la religion catholique comme dominante dans le peuple français. Mais dans les conférences orales qu'ils avaient de temps en temps, Dernier admit en substance cet article. C'est donc à la suite des observations qui lui furent faites par Mgr Spina, en réponse à ce premier

(1) Note de Spina à l'abbé Bernier, 26 novembre 1800. Archiv. Vatic.

projet de Concotcliil, (jii'il lui en piés(Milii l:i leiiciii- en deux iiilides sons le titre premier. Nous les rapportons texUiellement à cause des longues discussions auxquelles ils donnèrent lieu avant de prendre la forme qu'ils ont dans le Concordat définitif.

Titre premier. De la religion en généi-al.

Art. l^''. Le gouvernement français déclare que la religion catholique, apostolique et romaine est la religion de la nation et de l'Etat. —

Art. 2®. L'exercice de la dite religion sera libre et public en France. Elle y sera conservée dans toute la pureté de ses dogmes et l'intégrité de la discipline ; et toutes les lois, arrêtés et jugements contraires h son exercice, ou à la liberté de ses ministres et à leur rentrée dans le sein de la République, sont considérés comme révolutionnaires et entièrement abolis (1).

Comme on le comprend à première vue, la forme de ces articles ne pouvait être acceptée à cette époque où la révolution, si elle avait perdu de sa première intensité, parce qu'elle avait rencontré un bras capable de la comprimer, était encore trop enracinée, dans ceux surtout qu'elle avait enrichis et élevés aux honneurs. C'est pour(juoi Bernier. dans la rédaction du II* projet de Concordat qu'il présenta pour être approuvé par le ministre du Pape vers la fin de décembre, le retoucha delà manière suivante :

Titre premier

Le gouvernement de la République française reconnaît que la grande majorité de la nation professe le catholicisme romain, et déclare qu'en conséquence il protégera la publicité de son exercice d'une manière spéciale, et que tous les actes du gou-

(1) Archiv. Vatic.

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vernement cotitiaires au libre exercice de son ciiltf sont annulés. Ainsi l'article fondamental de toute la conver tion, comme Rome le proposa, était en partie adopté, et, en p rtie^ non pas rejeté mais considérablement amoindri. Le i;ouvernement, écrivait Spina à Consalvi (7 décembre), « ne déclare plus la religion comme dominante », c'était dire que le Premier Consul, le vainqueur d'Aboukir et de Marengo, subissant les conseils des d'Hauterive, des Grégoire, des Talleyrand, ou de deux apostats et demi, n'eut pas le courage de proclamer la religion Catholique comme religion de l'Etat, dont 27 millions au moins sur trente étaient catholiques ! Ainsi la nouvelle République contractait avec la religion comnie un pacte unilatéral hybride, par lequel elle acceptait des mains de la religion le plus de profit qu'elle pouvait en recevoir, mais, de son côté, lui refusait cette part d'influence qui lui eût permis de concourir activement à la vie nationale et au fonctionnement de ses institutions. En d'autres termes, le nouveau gouvernement français prenait vis-à-vis de la religion et de l'Eglise l'attitude d'un fils prodigue et ruiné, lequel, après avoir dissipé sa part d'héritage, tient sa propre mère au rang et à la condition de servante, et ne la met pas à la porte, uniquement parce qu il a besoin de la dot maternelle. Un pareil gouvernement porte, dès sa naissance, les germes secrets d'une désagrégation interne, latente !

A mesure que la discussion se poursuivait et que les articles étaient débattus l'un après l'autre, les négociateurs du côté français travaillaient à modifier de plus en plus le fond de la convention dans le sens opposé à l'influence religieuse. En effet, après les objections faites par Spina au I*"" et 11^ projet, Dernier en avait présenté un IIl^, vers les premiers jours de Janvier de la nouvelle année 1801. C'est peut-être le seul projet donile texte satisfît le mieux le ministre du Pape, et, avec quelques modi-

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ficiitioiis, aurait en chance de leiicoiitior et {r<»]itf'iiii' en pen de temps l'assentiment et la ratification de la Cour romaine (1). Qni sait ? L'explosion de la machine infernale et le danger que courut la vie du Premier Consul avaient peut-être rendu plus coulant le délégué français (2) ? Quel qu'en fût le motif, l'es» poir d'une prochaine réussite, qu'en conçut le Légat de Rome, dura peu. Dès le 26 décembre, le gouvernement français ne se contentait plus de la démission des évèques lilulaires et de la direction des nouveaux diocèses par voie d'administrateurs, dans le cas où quelques évêques refuseraient de renoncer à leurs

(1) « Un Iroisiètne projet m'a été présenté ces derniers jours, et, quoique plus modéré que le précédent, il renfiirme encore des articles ou absolument inacceptables, ou d'un sens trop étendu... On voudrait contenter tous les partis, y compris les Constitutionnels... » Extrait d'une lettre de Spina au Card. Consalvi, 9 janvier 1801 (Archiv. Yalic).

Ce 111° projet se trouve avec tous les autres aux Archiv. Valle. ; il est rapporté aux Docum. Concord, au no 8't2 du 111° vol. , p. 683 et suiv. ; il contient neuf titres subdivisés en articles.

(2) La veille de Noci de 1800, -on donnait, au Théâtre de la Rcpitbliqiie, une représentation solennelle et unique de l'Oratorio de Haydn, la Création du monde, avec un orchestre de 250 artistes. Hortense de Beauharnai.«, encore jeune fille, manifesta un si vif désir d'entendre cette musique qu'elle décida le premier Consul, quoique averti du péril de nouveaux attentats, à y assister avec elle, sa mère, et Caroline qui venait d'épouser Murât.

A huit heures du soir, le carrosse qui le portait rencontra, au carrefour de deux rues, une charrette tirée par une haridelle, qui barrait la voie, tandis qu'à côté, une voiture de place la fermait tout-à-fait. Un grenadier qui le précédait de vingt-cinq pas, voyant cet embarras, menace du sabre le conducteur, pousse contre le mur un homme qui se trouvait près de la charrette, et, d'un bon coup de fouet ayant écarté le cheval, permit à la voiture de Bonaparte de passer presque à la course entre la charrette et le fiacre. Elle n'avait pas fait quinze pas qu'une formidable explosion ébranle l'air et les édifices : la ntacliine infernale placée sur le camion avait éclaté. Le carrosse du Premier Consul chancela pliant sur une roue et eut ses vitres brisées, mais personne ne fut atteint. Arrivé dans sa loge : « Ces coquins ont voulu me faire sauter » dit simplement Bonaparte, et s'adressant à l'aide de camp (Rapp) : « Faites-moi apporter un imprimé de l'Oratorio. » Fr. Masson, Napoléon et sa famille, I , 379.

Mgr Spina écrivit aussitôt au Premier Consul une lettre de félicitations qui fut bien accueillie.

NEGOCIATION DE MONSEIGNEUR SPINA

sièges. On voulait, en outre, que le Saint- Père reconnût et rétablît dans la dignité episcopale les intrus eux-mêmes, jureurs de la Constitution du cbrgé, et considérés par Pie VI comme schismatiques. C'est pourquoi Talleyrand, un des plus fameux parmi ces schismatiques, et leur très dévoué patron, intimait fièrement à l'abbé Dernier que le clergé constitutionnel devait désormais figurer dans les négociations comme un des principaux éléments. « Le gouvernement, disait Talleyrand dans sa note à Dernier (26 décembre 1800), veut avoir le droit de montrer le même intérêt et les mêmes égards au clergé constitutionnel, que le Saint-Siège veut en témoigner au clergé de l'ancienne Eglise. » Ainsi les évêques Intrus étaient considérés et placés par un gouvernement intrus dans un état d'égalité avec les évêques légitimes, persécutés pour la religion, et à cause d'elle bannis de leur patrie ! « En conséquence, Citoyen, ajoutait froidement le ministre Talleyrand, vous voudrez bien dire à Monsieur l'Archevêque de Corinthe, que le gouvernement n'écoutera aucune proposition sur l'établissement d'un clergé en France, que quand les observations que je viens de de faire auront été senties (i) m.

L'abbé Dernier, exécuteur dévoué des ordres de son gouvernement, informa bientôt l'archevêque de Corinthe de ces nouvelles dispositions, par une lettre du 13 janvier, conforme aux ordres qu'il avait reçus. Il se disait chargé de déclarer que la République n'entendrait aucun projet de convention qui n'aurait pas spécialement pour objet et l'abdication des évêques et les moyens de réunion des intrus avec le Saint-Siège. Puis, également au nom du gouvernement, il lui proposait, comme rédaction définitive, au moins quant à la substance des articles, le plan d'un IV projet de Concordat. Il le suppliait c au nom du gouvernement et pour le bien de la paix, de le signer, afin

;i) Dociim. Concord. , I, no 175, p. 276 (Aff.étrang. Rome, vol. 930.,

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ju'il fût adressé au Souverain Poutife, de la sagesse du'iuel les Ilonsuls attendaient sa ratification prochaine (1) ».

On comprend l'effet pénible que dut causer à Spina le nouvel élément des intrus venant s'ajouter aux autres, ainsi que l'invitation pressante à mettre sa signature au bas du nouveau projet. Il ne tarda guère à exprimer à Dernier, par un langage clair et énergique, son étonnement de voir le gouvernement insister pour qu'on traitât avec la même faveur des personnes d'un mérite si différent ; il arguait ensuite de l'insuffisance de ses pouvoirs pour ne signer aucun traité [2).

Pour peu que le lecteur réfléchisse à notre récit, il remar- j quera, au point où en étaient arrivées les négociations, un ^ procédé vraiment insidieux de la part du gouvernement français qui, sûr de sa force, abusait de la situation avantageuse où la nature de la convention elle-même, la qualité toute privée du ministre du Pape et son éloignement de Rome d'où il ne pou-

(1) Archiv. Vatic, France Appendice, Xl° vol. , fewillet B.

(2) Archiv. Vatic. ; Dociim. Concord. , I , n" 18S. « On voulait, écrit Spina à Consalvi (dépêche chiffrée du 22 janvier 1801), que je le souscrivisse, afin de le remettre au Saint-Père pour être ratifié ! V. Em. n'hésitera pas à croire que je m'y suis viA'ement opposé. J'ai fuit comprendre à Tabbé Bernier que pour rien au monde, je ne signerai jamais rien. » (Ibid.)

La note de Spina à Bernier (19 janvier 1801) portait: « je reçois le projet de traité que vous me proposez, de la part du gouvernement, pour rédaction définitive quant à la substance des articles qu'il contient.

« Vous me proposez également de le signer, pour l'envoyer au Souverain-Pontife pour sa ratification. Je vous ai averti, Monsieur, par une note da 26 novembre, que je ne suis pas autorisé par Sa Sainteté à signer aucun traité. Simple organe de ses intentions à l'égard des articles que S. Em. le Cardinal Martiniana lui avait proposés, je vous en ai fait paît dans mes notes avec toute la loyauté que je devais. Il y a même, dans le projet, des articles qui ont été jusqu'à présent tout-à-fait inconnus à S. S. , et pour lesquels, en conséquence, je n'ai aucune instruction ». Il ajoute qu'il ne s'agit pas d'un traité de paix temporelle, mais des intérêts de la religion : que dès lors, l'autorité du Saint-Père était nécessaire. Il demanda par conséquent de pouvoir expédier un courrier pour porter à Rome le nouveau projet et en recevoir les avis précis et des pouvoirs correspondants. (Archiv. Vatic. Sunzial. Fi anc , . vol. 586 ; Docum. Concord. ,I,n. 188). . ,

NEGOCrATION DE MONSElGNEUn SPINA

vait recevoir de suite conseil et direction, le mettaient. Les diplomates français cherchèrent aussitôt à tirer avantage de ces circonstances, en chargeant l'abbé Bernier d'amener Mgr Spina 1 souscrire au pied levé le schema du IV^ projet de Concordat qui lui avait été présenté. C'est pourquoi Bernier avait luimême composé une note pour être envoyée par Spina en réponse aux propositions dont il avait été l'intermédiaire. Nous la rapportons textuellement, telle qu'elle se trouve aux Archives Vaticanes, avec le titre qui se lit au dos du document, écrit de la main mêtne de Spina. La voici :

Minute de la réponse (au IV« projet et à la lettre de Bernier) qui me fut suggérée par l'abbé Bernier, et que je ne voulus pas. souscrire.

Je reçois à l'instant le projet de traité et la lettre, par laquelle vous m'ea proposez l'adoption au nom du gouvernement. Je n'ai, ni ne puis avoir des pouvoirs définitifs et absolus sur un objet de cette nature ; sa force dépend essentiellement de l'autorité du gouvernement qui l'adopte et de la bulle qui la sanctionne. Mais, comme je suis assuré que Sa Sainteté fera tous les sacrifices possibles pour réunir la France à son Siège, Je vous dcclare que je le signerai, pour lui être adressé dans le plus bref délai^ dès que vous serez vous-même autorisé à le faire par le gouvernement.

Comme nous l'avons vu, le ministre du Pape ne se laissa pas prendre à celte ruse, et répondit au délégué français d'unefaçon assez dillerente de celle qu'il lui avait suggérée et dictée. Mais n'ayant pu aboutir par la flatterie, les diplomates de la; République française recoururent à la voie plus dangereuse des' menaces, et confièrent h Bernier la mission d'intimider le légat pontifical. Bernier, en effet, prit ce ton menaçant le 22 janvier- 1801, par une note qui respirait la dureté et même l'aigreur.' Au nom de son gouvernement, il commençait à exprimer sa' peine des très grands inconvénients qu'entraînerait le relus op-/ posé par le délégué romain, sous le prétexte de la limitation de ses pouvoirs, à la signature du traité de paix, mais qu'il lui était encore facile d'écarter. 11 poursuivait en disant que le

gouvernement français ayant donné pleins pouvoirs à son agent, celui de Rome aurait dû en faire autant ; qu'au lieu de cela, la nature de sa mission privée et celle Je ses poin>oirs lui paraissent tout-à-fait inattendues. Le simple échange de notes aurait pu se faire par courrier, Tenvpi de sa personne renfermait quelque chose de plus ; sans doute le gouvernement avait accepté la déclaration de ses pouvoirs privés, mais avec la pensée que cette mission même privée comportait des pouvoirs définitifs, dont l'envoyé pontifical n'userait pas en souscrivant le traité, puisqu'il fallait l'approbation et la ratification, qu'il était toujours loisible au Pape d'accorder ou de refuser. En outre, ajoutait-il d'une manière pressante, « quand même Sa Sainteté ne lui aurait pas expressément délégué le pouvoir de signer, comme on l'exige maintenant, ne pourriez-vous pas interpréter ses intentions par la nécessité, et prendre sur vous de le faire, pour éviter une rupture ouverte entre les deux puissances, qui sera la suite infaillible d'un refus de votre part ?» A la fin, conviant toujours le Légat à donner une signature qui couronnerait un ouvrage sublime et doit éterniser son nom, il disait, comme conclusion, que le gouvernement lui ordonnait « de lui demander de suite une réponse précise, que d'elle dépendra la rupture ou la continuation des pourparlers (1). »

Cette lettre, on le conçoit, causa à Mgr Spina une pénible surprise. Sans attendre, il écrivit, le mèmejour, à Dernier un billet où il demandait le temps de faire une réponse précise, vu la volonté impérieuse du gouvernement. 11 sollicitait € ce que l'on accordait, en pareil cas, à tout ministre d'une puissance quelconque, c'est-à-dire de dépêcher sur-le-thamp un courrier pour demander des instructions et des facultés précises, pour un traité qui par lui-même est de la plus grande importance, et d'autant

(1) Archiv. Vatic. , loc. cit. ,Docum, Concord. , III, n» 846, p. G89 et suiv.

NÉGOCÌAT!ON DE MONSEIGNEUR SPINA 45

plus qu'il contient des articles tout-à-fait inconnus à une des partie contractantes.

« Au nom du droit des gens, disait Spina avec inquiétude, au nom de la religion, au nom de Sa Sainteté, au nom enfin de Dieu, je vous en conjure, employez tous les moyens qui vous sont possibles, pour engager le Premier Consul à vouloir m'accorder ce bref délai, et le ministre des relations extérieures à me fournir le passeport nécessaire pour que mon courrier soit bientôt dépêché (1). >

Devant une si pathétique recommandation, le Premier Consul, mis au courant par l'abbé Dernier, ne se montra pas inflexible. Deux jours après (24 Janvier), l'abbé Dernier annonça à l'arche- ^^èque de Corinthe que le Premier Consul consentait à ce qu'il ï adressât à Rome un courrier extraordinaire. » Mais « qu'il parte le plus tôt possible, ajoutait-il, tout délai serait préjudiciable, le gouvernement veut terminer une négociation déjà trop prolongée (2) >.

Ce même jour. Dernier préparait une lettre accompagnée d'un long mémoire au Souverain Pontife, où (26 Janvier) il annonçait avec grand apparat de rhétorique c la fin vers laquelle, ïprès de longs travaux et des explications multipliées, paraissait tendre l'ouvrage de la réunion de la France avec le Saint-

(1) Bernief à Spina, 22 janvier 1801. Arohiv.Vatic. Et le même jour (22 janvier [801), il écrivit à Talleyrand en ces termes : « j'ai reçu le projet de convention... e vous prie donc de me fournir un passeport pour que je puisse sur-le-champ ;nvoyer un courrier à Rome ; et je vous promets d'engager Sa Sainteté à me donler sa réponse dans le plus bref délai. Agréez... » Archiv. Vatic. ,Francia,Ap- >endice... vol. X, Carton A,

(2) Ibid. , du même au même.

Siège : Qu'il n'y manquait plus que l'adhésion du Saint-Père. La refuserait-il aux malheurs de la France, aux larmes, aux soupirs de ses habitants (1) ? >

Mais ce courrier extraordinaire, dont le départ immédiat avait été obtenu si difficilement par Spina, et qui, selon les désirs du Premier Consul, devait voyager à grandes journées, ne partit de Paris qu'après un long retard d'un mois. Le ministre Talleyrand, pour des raisons que nous verrons au chapitre suivant, en fit remettre de jour en jour l'envoi jusqu'au 25 février (2). Cependant le ministie pontifical, profitant de la poste de l'ambassadeur Espagnol à Paris, le marquis de Musquiz, qui expédiait un courrier h Parme, saisit cette occasion pour envoyer au Card. Consalvi ce V^ projet avec les trois premiers, et d'autres pièces. Nous l'apprenons-par une lettre particulière qu'il écrivit par ce courrier à Consalvi (3).

Toutes ces circonstances, de même que presque tous les détails racontés dans ce chapitre, ont été ignorés de Theiner dont le récit, sur ces premières négociations, est un tissu d'inexactitudes, d'erreurs de fait, et par conséquent aussi de jugement, qu'on a de la peine à croire.

En ce qui regarde cette première époque des négociations, il n'a su nous fournir d'autres renseignements que ceux qu'il a recueillis « au ministère des affaires étrangères, à Paris, puisque (ce sont ses paroles) de toutes ses dépêches (de Spina)

(1) Archiv. Vatic. , Nunziatura di Francia, vol. 586 ; Dociim . Concord. , I, 303 et suiv. ; Theiner, I, 102 et suiv.

(2) Billets de Bernier à Spina des 29 janvier, 6, 10, il, 13, 14, 22 février 1801 / tous conservés aux Archiv. Vatic. (Francia, Appendice, vol. XI) et rapportés aux Docum. Concord. , III, n" 848—851—855.

(3) 14 février 1801 : « Deux mots à. la volée. J'anticipe l'envoi du pli ci-joint, et j'espère qu'il parviendra sûrement, grâce à ce courrier de Parme. » Archiv, Vatic, Nunziatura di Francia^ vol. 586 ; Z?ocMn». Concord. , III, n. 852.

N^^GOCIATION DE MONSEIGNEUR SPINA 47

envoyées à Rome, il ne s'en est pas, malheureusement, conservé une seule (1); ». Mais si au lieu de dépenser aux Archives de Paris les liuigues des autres, il avait, par lui-même ou par d'autres, mieux dirigé les recherches dans les Archives secrètes du Vatican^ il aurait vu et touché de la main, que de toutes les dépèches de Mgr Spina, presque aucune n'a été égarée, et qu'elles se trouvaient toutes aux dites archives, comme nous les y avons retrouvées.

Il en résulte que les trois premiers projets, discutés et modifiés de part et d'autre, de novembre 1800 h février 1801, lui étaient inconnus. Quant au IV, il en a ignoré le texte, et le sort qu'il a eu. Voici ce qu'il en dit : t Ce projet, qui était le 4*, rencontra à Rome le sort de tous ceux qui l'avaient précédé et fut aussi rejeté (2) ». Et il cite à ce propos une lettre de Consalvi à Mgr Spina, du i4 Féi>rier 1801, dans laquelle le Cardinal se plaint que l'on fait changements sur changements et que la négociation n'avance pas (3). La vérité est que le IV^ projet ne partait de Paris, comme nous venons de le voir, que juste le 14 Février, et ne fut remis avec les trois premiers que le 27 du même mois, par courrier extraordinaire. Et à Rome, tant le dernier que les trois premiers, ne rencontrèrent pas le sort auquel, d'après Theiner, ils furent condamnés, puisqu'on jugea qu'ils ne pouvaient offrir d'autre utilité, que celle de servir de pièces de comparaison, à conserver dans les archives. De son côté, quand Consalvi^ dans sa lettre à Mgr Spina, parle des changements essentiels, que le gouvernement français faisait subir à chaque nouvelle formule de contrat, il ne faisait allusion qu'aux nouvelles venues par lettres du Légat à Paris.

(1) Theiner, ouvr. cité, I, p.

(2) Ibid. ,p. 105

(3) Ibid.

Portant ensuite un jugement sur la démission des anciens évêques, que Talleyrand et Bonaparte arrachèrent par violence diplomatique h la Cour de Rome, dans des vues purement politiques, Theiner ne juge pas ces choses comme les Cardinaux et le Pape. Il est convaincu que « la démission de ces évêques devenait, par la force même du nouvel ordre social, une nécessité impérieuse et absolue. » Et il ne limite pas ce jugement à ces évêques qui avaient souffert la persécution, il l'étend encore à ceux qui avaient juré la Constitution civile du clergé. Selon lui, ce premier pas devait, par la force des choses, conduire à une autre nécessité aussi impérieuse et aussi absolue, c'està-dire « à l'admissiott de plusieurs évêques constitutionnels, surtout de ceux qui ne s'étaient pas déshonorés dans le cours de la Révolution et avaient le bon témoignage de mœurs pures et irréprochables (1). » Si au moins le vaillant historien nous avait cité le nom d'un de ces pasteurs qui avaient tous encouru les censures fulminées contre eux par Pie VI, un seul qui ne se serait pas déshonoré en jurant haine à la monarchie et aurait conservé des mœurs pures et sans tache, au milieu de cet immense tourbillon de la révolution ! Pie VII, cependant, et la Congrégation des cardinaux ne jugèrent pas ces démissions comme commandées par une nécessité sociale, inéluctable ; au lieu de cela, ils se les virent imposer par une sorte de violence politique comme unique condition pour que, dans une nation de trente millions de catholiques, le rétablissement de la religion catholique fût reconnu par une loi de l'Etat ! Devant un bien supérieur, ils consentirent au sacrifice d'un bien de moindre importance. Mais, s'ils le tolérèrent, ils ne l'approuvèrent jamais! C'est là une vérité que confirmeront bien d'autres preuves dans le cours de cet ouvrage sur le Concordat.

(1) Theiner, tom. 1"^ p. 91.

Échec des premières négociations à Paris

SOMMAIRE

I. Le gouvernement français est mécontent des pouvoirs limités de Mgr Spina ; il songe à envoyer à Rome un ministre extraordinaire. Dernière tentative pour décider le minisire pontifical à signer un autre projet de concordat, qui est le V«, pire que les précédents; refus de Spina, ruses et menaces de Bonaparte.

II. Pendant trois mois, les lettres de l'envoyé du Pape n'arrivent pas à Rome. Nomination de Cacault comme ministre français à Rome ; instructions qu'il reçoit, but de sa mission.

III. Etat misérable de la Ville et des provinces romaines, appauvries et ruinées par d'énormes contributions et l'entretien des armées françaises. Vols déguisés du général Murât, pénurie du Trésor pontifical.

IV. Conférence de Mgr Spina avec le Premier Consul, qui veut professer la religion Catholique. Sa défiance et celle de Talleyrand, avis donnés à Cacault touchant la loyauté italienne.

Bien qu'acceptée en principe, la condition toute privée de l'envoyé pontifical à Paris, et surtout la limitation de ses pouvoirs qui se bornaient à entendre et informer [udire e riferir e^ad audiendurn et referendiinì)^ déplut au gouvernement français dès l'ouverture des premières discussions. Il tardait aux diplomates français de conclure au plus vite l'affaire des négociations préliminaires, d'en obtenir la confirmation à Rome par un seul aller et retour de courrier, afin d'avoir bientôt à Paris « un Nonce avec les pouvoirs de légat à latere pour Texécution » solennelle du Concordat, comme cela fut pratiqué entre Léon X p. RiHiERi, — La Diplomatie Pontificale au XIX siècle. Tome l —

50 CHPITRE TROISIÈME

et François l*"", entre Jules III et Marie Tudor. « Je n'ai pas de peine à croire, écrivait Mgr Spina dès le 22 novembre 1800, qu'on désire un cardinal afin de publier ensuite le Concordat à l'improviste et avec le plus grand éclat, attirer de plus en plus h soi le parti catholique, et en imposer au parti contraire (1) ».

C'est dans ce but qu'on sollicitait, qu'on obsédait Spina, pour lui arracher la signature de l'un des nombreux projets de Concordat qui lui furent présentés. N'ayant pu y réussir, par le refus du ministre pontifical de signer aucun traité, refus constamment motivé, comme c'était la vérité, par le défaut de pouvoirs, le gouvernement français adopta une autre tactique. C'est-à-dire qu'il songea à déléguer à Rome un envoyé extraordinaire dans la personne de Cacault (2), qui avait représenté la République près cette Cour dans les dernières années de

{]) Spina à Consalvi, 22 novembre 1800, Archiv, Vatic. , Nunziatura di Franc. vol. 586; Docum Concord , I, p. 140. Et le 28 janvier 1801, il ajoutait :« V. E. aura compris par les lettres précédentes, que le Premier Consul semble faire grand cas d'avoir près de lui un ministre du S. S. » Archiv. Vatic, 1. c. Docum- Concord. , p. 317 (Archiv. du ministère des AÉP. étrang. , à Paris, Cultes, Archiv. de Caprara).

Que le lecteur remarque une fois pour toutes, que les documents qui se trouvent avec la rubrique : Cultes, Aycliiv. de Caprara, aux archives du Ministère des Aff. étrang. , à Paris, se trouvent tous ou pi'esque tous aux Archives du Vatican.

(2) François Cacault (1742 — 1805) enseigna les mathématiques dans sa jeunesse, fut ensuite employé dans la diplomatie : à Naples, secrétaire de Talleyrand, puis chargé d'affaires (1785 — 1791). Résident de la République française à Rome en 1793 : après les troubles qui suivirent la mort de Basville, il se retira à Florence et à Gênes ; en 1796 il fut présenté à Pie VI, et l'année suivante il laissa le poste à Joseph Bonaparte, tandis qu'il allait comme ministre de France près la cour Toscane. Membre dn Conseil des Cinq-Cents en 1798 ; ministre extraordinaire à Rome de 1801 à 1803 ; sénateur en 1804. Pour un républicain de ce temps, il eut la réputation de personne honnête; Consalvi se loue de lui dans ses Mémoires, et avec raison: quand il eut déposé le manteau de jacobin, et ne laissa voir que le breton rude mais loyal, il devint ami dé Rome et sincère chrétien. Quand il quitta Rome en 1803, il pleura ; et Pie Vil et Consalvi le regrettèrent.

Pie VI ; h lui donner pleins pouvoirs au temporel et au spirituel, et à le charger d'y souscrire la convention de concert avec le niinistre que le Pape désignerait. Voilà ce que projetait le Premier Consul aux premiers jours de février 1801 (1).

Mais avant de prendre cette déterminatiou, il voulut pour la cinquième fois, essayer d'obtenir, s'il pouvait, Tacceptation par écrit d'une nouvelle formule de concordat. Cette fois il en dicta Ini-mèine le canevas (2 février 1801), lequel, retouché par les secrétaires et rédigé en six titres et quinze articles devint le V*^ des projets de concordat élaborés par le o-ouvernement français dans l'espace de quatre mois.

L'envoyé du Pape ne savait rien de ce nouveau travail. Depuis le 26 janvier, il était à attendre de Talleyrand les ordres et les moyens d'expédier un courrier extraordinaire, qui devait comme nous l'avons vu, porter à Rome le IV^ projet de concordat et en rapporter l'autorisation du Pape et les pouvoirs nécessaires pour que l'archevêque de Corinthe le signât. « Finalement, dit Spina, après un mois d'anxieuse attente, le samedi 21 février, l'abbé Dernier me remit une lettre du ministre des relations extérieures, avec un nouveau projet de convention (le V'^) entre Sa Sainteté et le gouvernement trançais (2). »

(1) Le premier Consul à Talleyrand (13 pluviôse an IX), 2 février 1801 :« Je désire faire parlir de suile le citoyen Cacault pour Rome, avec le titre de ministre plénipotentiaire ou de chargé d'affaires. 11 sera charg-é de discuter cette convention, et en même temps les intérêts temporels de la République... Il serait porteur d'un double plein pouvoir ; un pour le spirituel, l'autre pour le temporel. La convention serait signée à Rome par lui et un individu désigné par le Pape » Corresp. de Napol. , VII, n. 5334.

(2) Lettre particulière de Spina à Gonsalvi, 25 février 1801. Archiv. Vatic. , Nunziatura, di Francia, vol. 586 ; Docum Concord. , H, n. 30'i, p. 52 et suiv. Cette lettre de Talleyrand, 21 février 1801 {Docum. Concord. , I , n. 2t)i, p. 406 ; Theiner, Pièces justificadfes, XV ; Archiv. Vatic.) commence par ces mots : J'ai l'honneur de vous adresser le projet de convention, tjui m'a èlè remis de cotre part, et qui nie parait en effet devoir enfin réussir, conformément à vos vœux et aux m,iens, le Saint-Siège et le Gouvernement français... ». S'en rapportant

52 CHAPITRE TnOÏSiÈME

Et dans celte lettre, Talleyrand ne parlait aucunement de courrier à envoyer à Rome, mais, chose à peine croyable! il demandait h Spina qu'il approuvât, en le signant, ce nouveau projet qui était encore pire que le précédent. « On demandait mon approbation, ajoute Mgr Spina, après tout ce qui était arrivé depuis que me fut présenté le IV^ projet de Concordat, et après les contestations auxquelles il avait donné lieu par la prétention de me le faire souscrire. » Ces contestations avaient déjà été assoupies par le Premier Consul qui convint que je devais soumettre le projet à l'examen de Sa Sainteté, et ne l'autoriser en aucune manière par une signature quelconque ».

Même cette fois Mgr Spina, après avoir pris conseil de l'ambassadeur d'Espagne, le marquis de Muzquiz, n'opposa pas un refus formel; mais tout en répondant à Talleyrand dans le même sens qu'avant, c'est-à-dire qu'il n'avait pas de pouvoirs l'autorisant à un tel acte, il déclara néanmoins qu'il s'emploierait près du Saint-Siège pour ce qui regarde « la substance de ce que renferme le projet de convention, mais non, ajoutait-il, quant à l'étendue et au mode dont on veut que la convention soit conclue. »

Pour juger de ce qu'était ce nouveau projet, il suffit de citer à l'appui les deux articles du titre premier, qui sont comme les pivots de toute la convention :

aveuglement au sens littéral de ces paroles, le bon P. Theiner s'est imaginé que le V° projet fut élaboré par Mgr Spina et par Bernier ; qu'il fut remis par Spina à Talleyrand ; que celui-ci « en fut au comble de la joie » : que de son côté il l'approuva aussitôt, et tant d'autres naïvetés ! (I , 106-107). Mais la vérité est que Mgr Spina ne songea même pas de ce V' projet ; il avait été dicté par le Premier Consul ; les paroles de Talleyrand que nous venons de rapporter n'étaient qu'une fouiberie d'une audace incroyable, dans le but de prendre Spina au piège et de l'amener à donner sa signature. Quant aux manœuvres et aux voies insidieuses employées par Talleyrand et autres compères dans cette affaire du Concordat, Tbeiner, occupé à réfuter les Mémoires de Gonsalvi, n'en a rien compris.

Art. l*^ Le gouvernement de la République française, reconnaissant que la religion catholique, apostolique et romaine, est la religion de la grande majorité des citoyens français, il sera fait de concert, par le gouvernement de la République et le Saint-Siège une nouvelle circonscription des diocèses catholiques français. — Art. 2. Les titulaires actuels, à quelque titre que ce soit, des évêché français, seront invités par Sa Sainteté à se démettre....

Sans parler du lien logique qui unit les deux membres du premier article, Mgr Spina, dans la lettre citée, trouve avec raison ce nouveau projet hien différent du quatrième et fait observer qu'il réduit simplement la religion catholique en France à n être presque que tolérée. C'est pourquoi, quand le card. Gonsalvi en eût pris connaissance, il écrivit à Mgr Spina la dou' loureuse impression qu'il en éprouva^ dans la lettre chiffrée dont nous rapportons le passage suivant :

Consalvi h Spina, 14 mars 1801.

« Vous pouvez vous imaginer que le projet ministériel qui m'a été transmis, a fait ici la plus douloureuse impression. Voilà le cinquième projet, et toujours on renchérit sur le précédent. Quelle comparaison entre celui-ci et les premiers ? En somme la question des évoques est perdue tout-à-fait^ et, ce qui est plus révoltant, on met ensemble et sur le même rang les intrus et les évèques légitimes, d'autant que \e projet réformé (1) contient sussi l'incidente: à quelque titre que ce soit, qui est presque pire que: quelconques (du IV^ projet) (2). Le point de la

(1) Il s'agit d'un projet, composé par l'abbé Bernier et envoyé à Rome, après entente secrète avec le Premier Consul ; il contenait les dernières concessions du gouvernement français : nous en parlerons bientôt.

(2) Au lieu de cela, voici ce qu'écrit Theiner : « On ecaria entièrement, cette fois, la question du clergé constitutionnel, sans doute pour que le projet obtint à Rome un accueil plus favorable (I , 106). » On n'écarta pas davantage du nouveau projet la question des intrus, comme on le voit clairement par cette lettre, mais

54 CHAPITRE TROISIKME

religion doiniiiaiite se réduit à grand peine à déclarer qne c'est la religion particulière du gouvernement. Je vois qu'on ne parle pas de l'accord nouveau et de l'arrangement qui doit être convenu entre le Saint-Père et le gouvernement dans le cas. nullement chimérique^ où le Premier Consul ne serait pas un catholique. Je ne m'arrête pas à commenter le reste, qui est aussi très fâcheux. C'est assez. Que Dieu nous assiste: il est certain qu'il n'y a d'espoir qu'en Lui » (1).

Et voilà, si nous en croyons Theiner, le « nouveau projet de Concordat... offrant, de l'aveu de Spina, toutes chances de réussir h Rome ! » (2)

Mais ni l'archevêque de Corinthe, ni le cardinal Consalvi, ni les Cardinaux choisis pour donner leur avis sur cette affaire, ne virent dans ce nouveau projet une espérance d'accord. En effet le ministre pontifical apprit, ^a/?s le plus grand secret, pi^v l'abbé Bernier, qu'on ne pouvait espérer rien de plus du Premier Consul. C'était une idée fixe « dans l'esprit et dans le cœur de Bonaparte, que lesévêques titulaiies quels qu'ils fussent, devaient se démettre, et que le Saint-Père devait les y obliger; que tous enfin devaient se reconnaître redevables de leur siège au Premier Consul. » Il ajoute de plus tout ce qu'il a appris de la bouche même de Napoléon, que, « si le Saiiit-Père ne secondait en cela ses intentions, le Premier Consul adopterait une autre secte, et qu'il bouleverserait la religion en France, en Italie et même à Rome. Je veux croire que ceci est une façon de parler; il y a néanmoins tout à craindre de cet homme. Et nous voici dans la plus cruelle alternativ^e : ou voir la religion catho-

on l'y glissa avec une astucieuse dissimulalion. Le regard de Theiner ne sut pas l'y découvrir; mais le Gard. Gonsalvi la remarqua du premier coup d'œil, et en éprouva une douloureuse amertume.

(1) Archiv. .Valic. Nunziatura di Francia, vol. 58'i ; Docum. Concord. , IF, n. 336i p. 193 (Cultes, Archic. de Caprara)

(2) Theiner, I , 107. Et penser que Theiner eut sous les yeux la lettre ci-dessus du Cardinal !

lique et le Saint Siège bannis ou du moins persécutés plus que jamais; ou bien la plupart des évêques de France obligés de renoncer à leurs sièges. » Puis, avec autant de facilité, changeant le registre de son instrument diplomatique, Bonaparte donnait à concevoir d'autres espérances, dans le cas où il trouverait le Saint-Siège souple et docile à ses idées. Et Mgr Spina terminait sa lettre particulière du 25 février par ces paroles bien ingénues: « Le Premier Consul dit que, si le Pape se rend à ses instances et met en lui sa confiance, il sera pour le Saint-Siège un nouveau Cliarlemagne. Je ne doute vraiment pas que, si ou satisfait ses désirs, on n'en puisse tout obtenir.

C'est ainsi que Bonaparte, par un jeu étudié et artificieux où

il était maître passé, faisait alterner les menaces avec les promesses, et les flatteries avec les plus insolents propos.

Pour dérober au ministre du Pape une signature, qui aurait été certainement désapprouvée à Rome, Dieu sait au prix de quelles funestes conséquences ! on employa les expédients que nous avons vus. Pour qu'ils eussent un meilleur succès, sans le donner trop à comprendre, on réussit à isoler l'envoyé pontifical de toute communication avec Rome. De fait, durant presque trois mois entiers, c'est-à-dire du 29 octobre (1800) à la mijanvier de 1801, de tant de lettres que Mgr Spina écrivit au

(1) Ai'chiv. Vatic, Nunziatura di Francia, vol. 586. Mgr Spina, qui s'honora tant en accompagnant Pie VI pendant son long exil, ne comprit pas assez Bonaparte. Si dans les négociations pour le Concordat, grâce aux instructions et à la collaboration de Gonsaivi, il sut se maintenir dans les limites de la prudence et du devoir, plus tard, déjà cardinal, il subit lui aussi le pouvoir fascinateur du grand persécuteur de Pie VII ! Mais s'étant ravisé, il corrigea publiquement cette faute, et devenu Archevêque de Gênes^recouvra pleinement la confiance et l'amitié de ce Saint Pontife, qui en fit son représentant aux congrès de Lubiana et de Vérone ; mais de ceci, nous en parlerons ailleurs.

secrétaire d'Etat, aucune ne parvint à Rome, en sorte que le card. Consalvi en fut non-seulement pensif, mais attristé outre mesure. C'est pour ce motif que, le 10 janvier (1801), il écrivait à Spina, en ces termes: « Je reçois enfin une de vos lettres datée du 20 décembre, marquée du n. 10, ce qui me fait croire que neuf ont été égarées, car je n'ai pas reçu une ligne de vous, depuis que vous êtes ii Paiis. Par bonheur me parvierjt celle-ci que vous avez, diles-vous, fait mettre à la poste, à Gênes, par notre amie Brignole (1). Pour moi, je vous ai écrit exactement chaque semaine, et vous dites que, depuis celle du 10 novembre, vous n'en avez reçu aucune autre de moi.. ..(2). »

(1) Anne-Marie Pieri, femme noble de Sienne, mère du Marquis Antoine Brignole- Sale, qui fut, par ses vertus civiques et par sa religion, un des hommes les plus célèbres qui aient illustré l'aristocratie génoise dans ce siècle (1786-18C3). Celle illustre dame a bien mérité du Saint-Siège, à cette époque et plus tard, par sa fidélité et sa générosité à porter elle-même et rapporter ensuite de Paris à Gènes les letti'es les plus délicates. Cela lui était facile par le grand crédit dont elle jouissait, grâce à ses grandes qualités d'esprit et de cœur, auprès de la nouvelle aristocratie parisienne. Mgr Spina parle souvent d'elle dans sa correspondance avec Consalvi. Dans une l^lire particulière du 3 avril 1801, il lui écrit: « ...Notre amie, par qui j'ai reçu la lettre confidentielle du 14, est enfin disposée à recevoir le remboursement des frais de poste, et ne craint pas de se compromettre en se chargeant de vos dépêches. Vous pouvez donc, quand vous voudrez, continuer d'en profiter. C'a été jusqu'à présent le moyen le plus sûr. » Archiv. Vatic. , Nunziatura <U Francia, vol. 587). Plus tard, devenue dame d'honneur de Marie-Louise, elle continua à se rendre fort utile, en ceci comme en d'autres choses, au Gard. Consalvi au Congrès de Vérone, où le Marquis son fils, représentant de la république de Gênes, en réclamait en vain l'autonomie. Elle était aussi une des élégantes qui fréquentaient assidûment les salons de Talîevrand !

(2) Archiv. Vatic. , Nunziatura di Francia, vol. 584. Docum. Concord. I , n. 206 (Cultes, Archiv. de Caprara). Consalvi lui écrivait le 6 décembre: « On n'a plus eu aucune lettre de vous, depuis celle du 29 octobre datée de Lyon... Je suis fâché que quelque manœuvre, que j'ignore, puisse me priver de vos lettres. » Et le 20 : « Le manque de lettres, depuis que vous êtes à Paris, fait croire absolument ici (|u'on les a interceptées là. » Et le 27 du même mois : « Je n'ai plus eu une ligne de vous... Je n'en puis comprendre la raison, et y'e suis surpris de coir que Lai^a-^i^i (un banquier) a ici reçu votre lettre du 13, et que votre mère

éCHEC DES PREMIÈRES NÉGOCîATIONS à PARIS 57

La crainte que même les lettres chiffrées ne fussent arrêtées et ouvertes, empêcha Mgr Spina, et plus tard le cardinal Consalvi, de donner des détails trop circonstanciés et personnels sur les événements, objet de ces correspondance». « La difTi- «ulté de faire parvenir en toute sûreté les lettres en Italie, sans qu'elles soient ouvertes, déchiffrées et lues, écrivait en chiffres Spina à Consalvi le 12 novembre 1800, rendra les miennes bien sèches, à moins d'avoir des occasions sûres pour les transmettre. (1) >

Cependant, même ainsi mis à l'étroit, Mgr Spina sut se maintenir fidèle aux instructions de Rome, et ne voulut souscrire aucun projet de convention. C'est alors que le gouvernement français prit le parti d'envoyer à Rome le représentant extraordinaire désigné dès le 2 février, comme nous l'avons déjà vu, dans la personne de Cacault. Par décret consulaire du 28 février 1801, « le citoyen Cacault, membre du corps législatif, est nommé ministre de la République à Rome ». Ce même jour, le Premier Consul signifiait au ministre des Affaires Etrangères, que le dit citoyen « ira à Rome, sans titre, et ne prendra son caractère de ministre plénipotentiaire que lorsque toutes les

aussi l'a reçue à Sarzana, mais que le gouvernement ne doive en recevoir aucune. Si cela continue ainsi, il sera parfaitement inutile de rien négocier, du moment que nous ne pouvons communiquer ensemble. » Il écrit aussi le 3 janvier 1801 : « Qui ne croirait que les lettres que vous m'adressez sont retenues, puisque, depuis celle du 29 octobre, toutes me font défaut, et que tous vos autres amis ici Its reçoivent ? Je crains bien que ce ne soit également le sort de celles que je vous écris... » Ibid.

(1) Arcbiv. Yalic. , Nunziatura di Francia, tom. 586 ; Docum . Concord. , I , n. 82. On fait ici allusion à la correspondance qui était portée par les courriers du gouvernement. Ils remettaient les lettres au bureau central, d'où l'administration les faisait ensuite distribuer. Une telle voie n'était jamais sûre quand i' s'agissait d'afl'aires importantes ; c'est pourquoi on se servait de courriers extraordinaires, toujours fort cbers, ou de ceux des banques, qui coulaient moins et étaient asse? sûrs,

discussions entre la République française et le Pape seront terminées. (1) «

La mission de Cacault à Rome, avec pleins pouvoirs tant au spirituel qu'au temporel, mais dissimulés sous le titre de ministre privé, eut en cette affaire du Concordat une importance trèsgrave. Gela nous prouve dès maintenant, que les hommes qui dirigeaient à cette époque le diplomatie consulaire étaient d'une adresse plus singulière que rare, et, en tenant compte que rien ne les arrêtait, ni conscience chrétienne, ni respect le plus vulgaire du droit des gens qui, du moins en théorie (car elle est souvent démentie en pratique), protège le taible contre les excès du plus fort, il faut avouer qu'ils rendaient des points aux diplomates de la Cour de Rome. Nous verrons, en effet, que dans la mission de ce ministre extraordinaire, grâce à la tromperie, à la dissimulation et à 1 arrogance, le ministre pontifical à Paris^ le cardinal Consalvi et les autres cardinaux chargés de cette affaire, furent joués par Cacault, 'i'ulleyrand et Bonaparte d'une façon qu'on a peine à croire. D'abord, Mgr Spina ignoia le but caché de la mission de Cacault, qu'il croyait avoir été envoyé uniquement pour des affaires d'ordre temporel. Consalvi lui-même, qui, dans ses Mémoires, se loue un peu trop peut-être des manières et de la sincérité de ce ministre, se confia à lui plus qu'il n'aurait dû, et probablement ne se douta jamais du jeu perfide avec lequel ce vieux diplomate l'amena, lui plus jeune diplomate, à remplir les fins secrètes que lui avait fixées son gouvernement. (2)

Les instrutions données à Cacault le 19 mars 1801 lui marquaient certaines règles générales de conduite envers le Saint-

(1) Correspondance de Napoléon lo'', YII , n. 5418.

(2) Il faut pourtant noter que, si on ne peut louer Cacault pour sa conduite sous le Directoire à l'ég^ard de Pie YI, on doit avouer que, même alors, il ne fut pas méohant et voleur comme les autres Jacobins, et qu'à partir de 1801, il devint meilleur, et finit en bon catholique.

Siège. On y reconnaît avec évidence l'absurde prétention, essayée par la révolution durant les dix dernières années, de vouloir la morale et l'ordre dans le peuple sans le secours de la religion ; on y proclame même expressément la souveraineté royale du souverain pontife. Mais, en même temps, on y parle des anciennes usurpations el pvélentions ahiisii>es de la religion, en les comparant toutefois avec les abus que l amour de la liberté a produits durant les dernières convulsions ! Sur le fait du Concordat en particulier, on lui dit clairement qu'avant son arrivée dans la Ville éternelle, Rome aura souscrit aux articles envoyés de Paris, « S'il en était autrement, le premier objet de sa mission doit être de déclarer que la république ne peut entendre à aucune modification dans le projet auquel il a donné son approbation (i). s

On lui recommande, en outre, de défendre les intérêts des citoyens français qui avaient acquis des biens nationaux, et des Italiens qui, au temps de la Répui)lique romaine, avaient été favorables au fronvernement et ;i l'armée française, et exigeaient du Pape l'indemnité qui leur était due; dans un mémoire spécial, on lui recommandait les Gavagiiari, les Piranesi et Ennio Quirino Visconti (2) : cette recommandation n'est certainement pas à la louange de ces sujets du Pape.

(1) Docum . Concord. , II , n. 324.

(2) Les Gavag'iiai'i, banquiers de Plaisance, s'étaient engagés à l'égard de la République Romaine (15 juin 1798) à ravitailler l'armée française campée dans les Etats pontificaux, inoyetinant une compensation en biens nationaux. La République romaine, généreuse, s'était obligée envers sa mère, la République française, par une convention secrète du 26 mars, à approvisionner son aiuuc ! Mais cette République ayant disparu par le départ des Français, l'année suivante, devant les troupes du roi de Naples, elle accorda à la banque Cavagnari un décret de liquidation (29 septembre 1798), qui la faisait créancière de 1, SOO.'OOO piastres, soit six millions de francs. Et maintenant on prétendait les faire payer par Pie VII ! Ennio Visconti, créé directeur du musée national de Paris, qui se composait des dépouilles artistiques dérobées à l'Italie, exigeait également du Pape (et il les obtint ! ) une all'aire de neuf mille écus romains pour le séquestre de

Cacault était homme à prendre h cœur les affaires dont on le chargeait tant dans l'ordre matériel que dans l'ordre spirituel. Cependant, avant de le voir à l'œuvre h Rome, il nous faut jeter un coup d'œil sur l'état de cette cité, au point de vue des finances de son Gouvernement et de V élut pj-ospère de ses habitants, pour pouvoir satisfaire aux prétentions manifestées par Talleyrand relativement à ses protégés.

C'est seulement à partir du premier novembre 1800 que Consalvi avait remis l'Etat romain sous le gouvernement immédiat de Pie VII : depuis l'exil de Pie VI jusqu'à cette date, Rome avait été gouvernée par les dissipateurs qui s'intitulèrent consuls de la république romaine, et après l'entrée des Napolitains vers la fin de l'année 1799, par une junte de gouvernement provisoire. Le violent et très injuste traité de Tolentino (19 février 1797) avait enlevé à Pie VI les trois Légations, les Comtats Venaissin et d'Avignon, 30 millions de contribution, et 100 œuvres artistiques de peinture et de sculpture ; quant à l'or, 1 argent, aux pierres précieuses, aux objets rares des églises, du Vatican, et de beaucoup de maisons patriciennes, qui furent extorqués, dérobés ou obtenus autrement par les fournisseurs et les généraux de l'armée républicaine, je ne crois pas qu'on puisse les compter, tant cela dépasse tout ce qu'on peut imainer. Qu'on ajoute à cela le Pape et les cardinaux arrachés de

ses biens, accompli par les Napolitains, et pour la vente de ses meubles. C'est à son sujet que Cacault écrivait malicieusement à Talleyrand (21 avril 1801) : « Il vient dêtre payé au citoyen Visconti une somme de 9,000 écus romains. L'affaire de ce savant, auquel le Premier Consul a pris intérêt, a fini à merveille. » Docum Concord. ,11 . n. 376. Les frères Piranesi, célèbres chalcographes et plus célèbres révolutionnaires, réclamaient également une réparation de fortune et la faculté de rentrer dans leur patrie. On ne peut dire combien de pareils bénéficiers, et d'autres comme Gérard, Duveyrier, etc. créèrent d'embarras au gouvernement pontifical ; leurs réclamations durèrent plusieurs années.

leurs sièges ; les villes et les campagnes en proie ù une soldatesque étrangère avide de butin : et le gouvernement aux mains des traîtres !

Ces choses dont la plume se refuse à faire une description détaillée, voici avec quel esprit philosophique les considérait Cacault qui avait vu les auteurs et les causes de tout, et qui maintenant en contemplait les effets. Ces quelques lignes d'une de ses lettres h Talleyrand (9 septembre 1801) nous font connaître l'homme.

€ Quelle différence, à notre avantage, du temps présent à celui où le cardinal de Bernis dépensait ici un revenu de cinq cent mille livres de rente, où la France versait cinq cent mille francs sur Rome en droits d'annates et d'expéditions, et cinq cents autres mille francs en bénéfices et pensions h des cardinaux et prélats, sans compter les revenus du comtat d'Avignon ! — Si après cela on jette un coup d'œil sur deux cents millions de contributions et charges militaires que l'Etat ecclésiastique (1) a payés précédemment, sur la perte que le Pape a faite, au

(1) Cacault se contente de donner le total numérique des contiibutions imposées par ce gouvernement que l'historien des Origines de la France contemporaine, aree preuves à l'appui, fustige de main de maître : « Si l'on regarde de près dans ce tas monstrueux, on y troupe, comme dans le coffre d'un pirate algérien un butin que jusqu'ici les belligérants chrétiens, les commandants d'une armée régulière, répugnaient à prendre, et sur lesquels les chefs Jacobins mettent la main, incontinent, de préférence : argenterie et mobilier des églises, dans les Pays-Bas, dans le pays de Liège et dans les électorals du Bas-Rhin. 25 millions ; argenterie et mobilier des églises en Lombardie, dans les trois Légations^ dans l'État Vénitien, le Modénois et l'Etat de l'Eglise, 65 millions ; diamants, vaisselle, croix d'or et autres dépôts des monts-de-piété à Milan, Bologne, Ravenne, Modène, Venise, Rome, 5G millions ; caisse des hôpitaux à Milan et en d'autres villes, 5 millions j mobilier et objets d'art des villas vénitiennes et des palais de la Brenta, 6 millions et demi ; dépouilles de Rome mise à sac comme autrefois par les mercenaires de Bourbon, antiques, collections, tableaux, bronzes, statues, trésor du Vatican et des palais, joyaux et jusqu'à l'anneau pastoral que le commissaire directorial (Haller) a lui-même ôté du doigt du Pape, 43 millions... » Taine.

62 CHAPITRE TnOISIKME

traité de Tolentino, de ses trois plus belles provinces et des cent pins beaux objets d'art qui fussent à Rome, on sentira qu'en voilà assez, en expiation des abus de la Papauté, et que n'ayant pas voulu détruire le Saint-Père, et voulant nous en servir aujourd'hui pour l'avantage de la République, il est à propos de commencer avec le Pape actuel, qui est fort honnête homme, une correspondance amicale et véritablement utile (1). »

Les dépenses du cardinal de Bernis, au lieu de les attribuer au Saint-Siège, l'histoire les met au compte de la Cour qui l'envoyait et de la moralité personnelle de cet homme ; quant aux annales et au coût des expéditions (de bulles, brefs, etc), on ne pouvait sans injustice les imputer à la Cour romaine, qui avait besoin de grandes sommes pour défrayer la chancellerie, les courriers et autres personnes employées à ces expéditions ; les cadeaux de politesse intéressée, faits h des cardinaux ou à des prélats, cela regarde ceux qui voulaient bien les faire; pour ce qui est enfin des revenus du Comtat d'Avignon, ils étaient la propriété légitime du Pape : ce sont là, en un mot, toutes affectations parfaitement en règle avec le droit et la liberté civile. Mais les deux cents millions et les cent œuvres d'art, violemment extorqués ou volés, Gacault ne pouvait, sans blesser la vérité et le droit des gens, les mettre en balance avec ce qui précède et les ériger en représailles des abus de la papauté, puisque ses paroles, dénuées de tout bon sens et de logique, ne trouvent rien qui les excuse et les justifie.

C'est précisément, au moment où Cacault allait revoir Rome

' — op. cit, , La Révolution, III, 616. Et pour donner une idée des extorsions à l'égard des particuliers : « Le prince Borghese fut taxé à 130,000 écus, et autant celui de Piombino. Le prince Colonna eut à débourser 80,000 écus, et le prince Doria, une somme égale. » Reumont, Geschichte der Stadt Rom, vol. II, 2° partie, p. 664.

(1) Theiner, I, 275,

que le cardinal Consalvi faisait des richesses de Rome et des revenus pontificaux une description propre, [vraiment, h donner envie à Talleyrand d'obliger Pie VII à dédommager, aux frais du gouvernement les traîtres de ce même gouvernement. Le 10 novembre 1800, il écrivait à Spina :

.... A Rome, nous n'avons que quatre cents Napolitains. Les autres six mille de cette armée sont toujours h Frascati, Albano, Marino, ils ne sortent pas de là. A Ancone, il y a encore de quatre à cinq miljç Autrichiens. Vous pouvez penser combien le séjour de ces troupes ruine l'Etat. C'est une misère, ici, dont vous ne pouvez pas vous faire une idée, et qui va chaque jour en augmentant. Qu'il vous suffise de savoir que, dans tout le palais pontifical, y compris la chambre du Pape, il n'y a pas une bougie en cire : on s'éclaire à l'huile. De là tirez la conclusion pour le reste. — Et le 15 du même mois: ... les angoisses (du St-Père) dépassent toute idée..., par l'impossibilité où il est de pourvoir aux dépenses les plus urgentes de l'P^tat, avec une misère qui fait horreur ; la plus grande partie de la ville n'a pas de vivres pour un mois. Le blé manque, ainsi que l'argent, et on ne sait où en trouver. Pas de force publique (1)...

Peu de temps après, un armistice fut négocié à Foligno (18 février), suivi d'une convention conclue à Florence (22 mars 1801) entre Naples et Paris ; auparavant avait été signée la paix de Lunéville avec l'Autriche (9 février) : les états pontificaux eurent à nourrir des troupes françaises au lieu d'une armée autrichienne ; le pays s'épuisait de plus en plus. En attendant, le général Murât avecd'autres officiers se rendait volontiers à Rome, « afin, disait-il, d'offrir ses respects à Sa Sainteté (2). » Arrivé

(1) Archiv. Vatic. , Nunziatura di Francia , \oì. 58^1. Docum, Concord. ,1, n. 127, 137 (Cultes, Archio . de Caprara).

(2) C'est à cela que faisait malicieusement allusion le marquis Ghislieri, ministre d'Autriche à Rome, écrivant à Colloredo, ministre de l'Intérieur, en ces termes (7 mars 1801) : « ... Les honnêtetés, dont les Français sont comblés ici

là, en effet, et logé au palais Sciarra aux frais de la Chambre apostolique, il présenta ses respects au Saint-Père. Voici de quelle manière Gonsalvi parle à Spina de ces respects, dans une lettre chiffrée (21fév. 1801) :

... Pour retirer l«s troupes de l'Etat pontifical, excepté Ancone et ses alentours, le général Murât demande cent mille écus de pourboire (di ben andata). C'est en vain que nous lui avons représenté notre extrême misère, il faudra les lui donner, pour éviter de plus grands dommages en prolongeant leur séjour (1). On a aussi fait présent au général d'une belle camée de deux cents sequins (monnaie d'or) à porter sur la poitrine. Il en a été très content, et l'a envoyée aussitôt à sa femme devenue mère (Caroline Bonaparte) (2)

Mais cela ne suffisait pas à la cupidité du futur roi de Naples: lui et les autres, après le repas^ avaient plus faim qu'avant. Pour que les Napolitains, conformément à l'armistice de FoIigno,sortissent plus vite des Etats romains, « on est convenu secrètement avec Murât, de la somme de 60,000 piastres (300,000 francs et plus), outre 13,000 (65,000 francs) pour un magasin qu'il laissa à Ancóne. // a fallu user d'autres attentions, offrir en présent un

par le gouvernement qui les défraie durant leur séjour, ne peuvent que donner l'envie à tous les généraux français de l'armée de Murât de venir, chacun à son tour, ou revoir ici leurs anciennes connaissances, ou bien faire un petit cours d'antiquités. »Docum, Concord., II, n. 299 (Archiv. de Vienne).

(1) « Parce que, écrivait-il aux Nonces (28 février 1801), avoir à les entretenir seulement huit jours de plus, coûte quatre ou cinq fois plus f Archiv. Vatic). »

(2) Docum. Concord, , (Cultes, Archif. de Caprara). Voici ce que Murât lui-même en écrivait à son cousin le Premier Consul : « ... Le Pape est un bon homme, et s'il nous faut un Pape, je vous assure que c'est celui qui convient aux circonst^ances. Il m'a accablé d'amitiés, de cadeaux. Il m'a donné son portrait que je vous envoie. Veuillez l'accepter avec une autre boîte en rouge antique, que vous pourrez mettre à une plaque de sabre. » Revenu à Paris en décembre 1801, après ses promenades militaires à Milan, Florence, Rome, Ancóne, Murât dépensait à l'achat de palais et de villas la somme de 1. 000 000 de francs, dans les trois mois seulement de congé qu'il passa ea cette ville ! Voir Frédéric Masaon, Napoléon et ta /•amille, II , 45^ 53.

tableau ou plusieurs camées aux généraux Murât et Berthier (l'envaJiisseiir de Rome en 1798 !) et aux principaux ofTiciers (1). » Le pauvre Gonsalvi se recommandait à tous les saints et jetait les hauts cris aux quatre points cardinaux, mais il fallait tirer de l'argent et toujours de l'argent d'un pays épuisé jusqu'au sang. C'est pourquoi il s'épanchait si souvent avec son ami Mgr Spina :

...La ruine de l'Etat par le passage et le séjour des troupes françaises est affreuse... En outre de l'entretien, ce sont des réquisitions continuelles de chevaux, de chaussures, de chemises, d habits, etc.. Vous ne pouvez vous en faire une idée. Nous avons payé 73 mille piastres : 13 mille pour certains magasins, et 60 mille pour faire évacuer l'Etat, excepté Ancone; rjiais jamais on ne l exécute (T)... Vous ne pouvez croire h quel degré de misère sont réduites les pauvres provinces. Après l'armistice, il fallut entretenir de 10 à 12 mille hommes ; et quand la paix eut été conclue, pour aller tenir garnison sur le littoral napolitain de l'Adriatique^ les Français y entrent par Rieti et non par Ascoli ( ce qui est absurde ), et^ au lieu d'entrer dans ce royaume, ils n'en trouvent jamais le chemin, et se répandent dans Pérouse, Foligno, Spolète, Terni, Sabine, Navni, Otiicoli et Civita-Castellana. Je vous laisse imaginer quelle ruine c'est pour les caisses tant publiques que privées : la désolation est universelle, et la misère complète ;

(i) Gonsalvi aux Nonces (2 mars 1801) Arobiv. Valic.

(2) Gonsalvi à Spina, 8 avril 1801. A.rchiv. Valic. , Nunzi a tur a di Francia, vol, 684. Gulte lettre, très-importante pour les renseignements qu'elle contient au sujet des objets d'art demandés par des Anglais et par l'Empereur d'Aulricbe en faveur de leurs nationaux ou protégés, comme aussi pour ceux qui regardent Gérard, Duveyrier, acquéreurs de biens nationaux, et Ennio Visconti lui-même... n'est pas rapportée toute entière dans les Doctirn. Concord. , II, n. 358 (Cultes' Anhiv. de Caprara). On a aussi omis deux lettres de Gonsalvi à Mgr Spina l'une du 15 et l'autre du 18 avril.

RiNiERi. — La Diplomatie Pontificale au XIX siècle. Tome i — 5

le Pape a dû faire abandon des droits du fisc aux habitants. Il ne donne pas un sou aux cardinaux.

Et Murât, auquel Consalvi se plaint, répond qu'il ne sait comment faire, le minisire de la guerre lui ayant écrit qu'il devait « frapper deux millions sur les Etats du Pape (1). » Le 27 avril, Gonsalvi continuait ses lamentations à Mgr Spina en ces termes :

... Hier je reçus un courrier de Florence, m'intimant que ce n'est pas deux mille cinq cents, mais cin([ mille hommes qui séjourneront dans la Marche et le duché d'Urbin, le tout à nos dépens ; en outre il y aura six cents hommes de cavalerie. L'entretien de ce corps d'armée coûte de quarante à quatrevingt mille écus par mois... Voyez maintenant s'il nous est possible de soutenir cette dépense, après avoir eu entièrement à notre charge, pendant deux ou trois mois, cinq, six^ treize et quelquefois quinze mille hommes de troupes françaises, avec des frais dont vous n'avez pas l'idée (2),

On ne peut non plus concevoir l'idée de pareils brigandages, continués durant' des années par une nation qui se vantait d'apporter la liberté et la dernière civilisation !

Telles étaient les conditions matérielles et la prospérité de l'Etat pontifical, quand le gouvernement français résolut d'envoyer à Rome un ministre plénipotentiaire. Les instructions écrites pour lui le 19 mars laissent suffisamment entendre quel était l'objet apparent ou ofilcieux de sa mission. Mais l'intention secrète et vraie de son envoi à Rome était toute autre,

(1) Archiv. Vatic. , 1. c. Docum . Coucord. , II , n. 373, d'une lettre de Consalvi à Spina, du 18 avril 1801

(2) Archiv. Vatic. 1. c. Docum. Concord. ,II,n. 387.

ÉCHEC DES PnEMlÈRES NÉGOCÎATIONS A PARIS 67

et, comme c'est l'usage constant en diplomatie, elle lui (ut expliquée de vive voix: en détail par Talleyrand d'accord avec le Premier Consul. Mgr Spina '.ecueillit de la bouche même de Bonaparte la révélation de toute la trame, dans une entrevue qu'il eut avec lui le 4 mars 1801. -On est vraiment étonné qu'après la relation qui en lut envoyée à Consalvi en date de ce même jour, ce cardinal, qui pourtant était d'une grande sagacité, ne profitât pas de l'avertissement et ne suivît mieux à l'égard de Cacault la voix d'une prudente réserve.

Mgr Spina, accueilli par le Premier Consul « de la façon la plus gaie et la plus obligeante », comme il l'écrivait luimême^ lui exprima la satisfactit)n du Saint-Père et les joyeuses espérances que l'on concevait du prochain achèvement de la grande œuvre de pacification universelle, si heureusement entreprise par lui. « Quand je l'ai prié de couronner cette œuvre en rendant au Saint-Siège l'intégrité de ses Etats, il a répondu que, s'il avait bonne foi et confiance en lui, il sera le plus grand soutien du Saint-Siège. » Et aussitôt, donnant un libre cours aux soupçons par lesquels Talleyrand et d'Hauterive avaient prévenu son esprit, il voulut alors, et il y revint d'autre fois, ajoute Spina, me donner à comprendre qu'îV se défie de la loyauté italienne. » Et d'abord, au sujet des plaintes de la misère la plus désespérée qui lui venaient de Rome, il croyait que le Pape recevait d'Espagne d'immenses sommes pour l'expédition des brefs et choses semblables, et qu'il s'en servait pour les besoins de l'Etat. Il fut facile à Spina de le détromper sur ce point, en lui montrant que « le produit de ces expéditions est entièrement consacré à des œuvres de piété et et au service de la religion ; et que le fisc en est réduit maintenant au point de ne plus rien recevoir, peut-on dire, tellement qu'on ne peut solder les anciennes dettes... Il a voulu savoir combien on retirait de l'Etat, avant la guerre actuelle ; quand je lui eus répliqué que ces revenus actuels ne dépas-

saient pas un million deux cent mille écus, lui-même a tiré cette conclusion que, proportion gardée, l'archevêque de Tolède était plus riche. »

Toutefois, dévoilant discrètement l'idée qui le travaillait, de traiter toute l'Italie en maître et de s'en servir pour le gigantesque dessein du fameux blocus continental, il exige que le Pape lève une armée de quatre mille hommes. « Vous devez, dit-il, bien garnir Ancone et Ch'ità-Vecchia, et vous avez besoin de troupes pour la police de Rome, et pour contenir les mal intentionnés. Je ne ceux pas de liberté ; je ne veux pas de république romaine ; Je ne veux pas que la Papauté dépende de l'Empereur ; je ne veux pas qu'elle dépende de quelqu'un. Ce sont ses propres paroles. »

Passant ensuite à la question religieuse, il témoigne son grand désir de conclure un Concordat, « 11 m'a répété, dit Spina, qu'il veut professer publiquement la religion catholique, et qu'aw lieu du. serment requis d'abord, il se contentait que les ministres du culte fassent la simple promesse de soumission et fidélité au gouvernement. Il n'a pas manqué de me demander si on fera cette promesse de soumission, comme on la ferait au Grand Seigneur, si on était à Coiistantinople. » Spina lui ayant répondu que « le mot fidélité dit plus que simple soumission », il se montra satisfait.

Le délégué pontifical lui ayant communiqué une lettre da card. Martiniana (1) au sujet des abus qui se commettaient dans la Ci-

(1) Dans ceUe lettre (19 janvier), le Cardinal se plaignait que « ies ordres et les dispositions du Premier Consul n'étaient pas respectés par les autorités, et que le contraste entre les ordres et leur exécution ne pouvait « être ni plus constant ni plus monstrueux. » Dans le Piémont, on aliénait les biens ecclésiastiques, on pillait les couvents, on engageait les religieux à en sortir. Le général Soult se moquait de Martiniana en disant : « Voyez ce que m'écrit cette bête de Cardinal. » Archiv. Yatic. Les mêmes plaintes étaient faites par Mgr Visconti, archevêque de Milan.

salpine et le Piémont contre la religion, il répondit {et c^ était la vérité) « qu'il avait donné et renouvelé des ordres précis ; mais qu'on patientât encore un peu, que particulièrement tout le Piémont serait bientôt organisé » (il voulait dire : annexé à la France).

A . la fin de cette audience, le Premier Consul laissa entrevoir un des motifs de la mission de Cacault. « II a ajouté et m'a fait remarquer, continue Spina, que pour arranger tout ce qui concerne la religion, il sera nécessaire que Sa Sainteté envoie en France un dignitaire avec le titre de légat.... J'ai bien compris qu'il entendait parler d'un Cardinal, comme cela eut lieu sous Jules III pour l'Angleterre (1) ».

Parmi les questions, toutes, on le voit, de souveraine importance, auxquelles devait être attentif le ministre Cacault, la moindre n'était pas celle qui avait trait à la défiance sur la loyauté italienne. En effet^ depuis que Mgr Spina s'était formellement refusé à souscrire le IV* et le V® projet de Concordat, un soupçon était entré dans l'esprit de Talleyrand et de Bonaparte : que la mission de Mgr Spina à Paris cachait d'autres intentions que de conclure la paix religieuse. C'est pourquoi l'ancien évêque d'Autun, après ce refus, avertissait par lettre (21 Janvier 1801) l'abbé Dernier, que les difficultés et les formes sous lesquelles l'envoyé pontifical manifestait sa mission, étaient chose tout-à-fait inattendue. Or, depuis trois mois, Mgr Spina l'avait dit clairement et à plusieurs reprises ! Aussi Talleyrand avertissait, que s'il persistait à refuser sa signature, « le gouvernement serait fondé à penser que le but du gouvernement pontifical n'a été que de lui tendre un piège, d'éloigner la guerre de ses Etals, et d'endormir la France dans une fausse sécurité ». Dans

(1) Archiv. Valic. , Nunzialura di Francia, vol. 5S6. Docum Coucoid. , il, n. 308 (Cultes, Archiv. de Caprara).

ce caSj ajoutait-il, nous connaîtrons le vérilable niotif de la mission de l'archevêque de Coiinthe^ et « vons seriez aussitôt autorisé à l'informer que sa présence ici deviendrait désormais inutile (1). ))

Et cependant, tous les documents cités par nous, et beaucoup d'autres que nous avons omis prouvent que Mgr Spina, dans les négociations entamées à Paris, s'est conduit non seulement avec loyauté, mais encore avec candeur ; au lieu que les procédés de la diplomatie de Talleyrand, nous les avons vus manifestement insidieux.

Et maintenant que, tant par les instructions écrites que par celles qui lui furent confiées de vive voix, nous sommes suffisamment éclairés sur le but de la mission de Gacault en Italie, nous verrons, dans la seconde pliase des négociations qui se dérouleront à Rome, comment les soupçons et les défiances conçues par le gouvernement consulairs sur la loyauté itaUenne, c'est-:t-dire celle de Pie VII et du Cardinal Gonsalvi, furent féconds en amertumes pour le nouveau Pontife, et en salutaires enseignements pour le nouveau Secrétaire de l'Etat pontifical.

(1) Ibid. 1, n. 190 (Affair, étrang. , Rome, vol. 930.

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