‹ La diplomatie pontificale au XIX siècleChapitre 34 sur 68 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Un Cardinal Légat a latere à Paris

{Octobre 1801)

SOMMAIRE

I. Seconde phase du Concordat après la ratification. Plan historique : de la publication de la paix religieuse en France au couronnement de Napoléon, à l'emprisonnement du Pape, à la fin du drame napoléonien (1804-1813)... et au Congrès de Vienne .

II. Le Gard. Jean-Baptiste Gaprara : ce qu'en disent le P. Augustin Theiner, et les Mémoires du Gard. Consalvi.

III. Gaprara est envoyé à Paris en qualité de Légat a Intere, afin d'accomplir l'accord avec la France et assister à la publication du Concordat. Première audience du Premier Consul.

Nous devons maintenant raconter la seconde phase, dans laquelle entra le Concordat après sa ratification solennelle à Rome et à Paris par le Souverain Pontife Pie VII et le Premier Consul de la République française. Ouverte h Rome dans l'au-

CHAPITUE QUINZIEME

tomne de 1801 par l'envoi d'un Légat a latere^ comme c'est la coutume de l'Eglise à l'occasion d'affaires de très grande importance, la nouvelle négociation se termina à la fêle de Pâques de l'année suivante, 18 avril 1802, par la publication solennelle qui fut faite de la nouvelle loi religieuse dans la Basilique de Notre- Dame de Paris, dans toute la France et dans tout le monde catholique.

Les acteurs que nous allons voir figurer dans cette seconde phase sont en partie différents de ceux que nous connaissons déjà. Le Pape a, pour le représenter, le cardinal Caprara , du côté du gouvernement français, à la fois comme conseiller et comme exécuteur de ses résolutions, nous voyons le vieux magistrat Portalis, qui fut fait alors ministre pour les affaires ecclésiastiques, ou des cultes.

Le travail préparatoire de ce grand acte fut vraiment immense : s'il fallait rapporter tout ce que les deux chancelleries ont écrit, plusieurs volumes ne suffiraient pas ! Du reste, le résultat ne fut pas ce qu'on espérait à Rome. Cependant, même surchargé des arlicles organiques que Rome n'accepta jamais, le Concordat a produit une telle moisson de fruits bienfaisants de paix, de concorde sociale, de solide prospérité au sein de la première nation catholique du monde, que la France elle-même ne pouvait en croire ses yeux, et que l'Europe entière demeura stupéfaite de ce changement que venait d'opérer la main de Dieu. C'est à ce traité religieux que la nation française est redevable d'un siècle de vie nationale, durant lequel l'union des esprits fit pendant à la force compacte et singulière de ses provinces. C'est pourquoi, un observateur attentif remarquera sans peine, que tout attentat contre cette pierre angulaire ébranle une partie de l'édifice national, est un principe d'irréparable désagrégation ...

Dans le développement de cette seconde partie, je m'appliquerai à mettre en lumière les questions principales qui furent discutées et traitées, prenant surtout pour guide les documents

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découverts seulement de nos jours d;ins les archives publiques. L'histoire en sera relativement courte : car, la publication des articles organiques ayant ébranlé les relations amicales établies entre Pie VII et le Premier Consul, relations que n'améliora pas le sacre de Tempereur (1804), mais que dérangea tout-h-fait le refus opposé par Pie VU au blocus continental, l'enlèvement et l'exil du pontife souverain de Rome ('1809-1813)... il sera nécessaire de dire un mot de ces événements qui constituent une grande partie de l'épopée napoléonienne. Aussitôt après se présente devant nous un fait histoiiqiie auquel la ville éternelle et le pontificat romain ont dû le principe heureux et fécond d une restauration qui a rempli les deux tiers du XIX® siècle : je veux parler du Congrès de Vienne. Le récit de cet événement est déjà prêt et conforme aux documents des Archwes Vaticanes. Nous retrouverons la figure du cardinal Consalvi dans les longs et périlleux débats de ce rendez-vous des cours européennes ; elle nous réapparaîtra mûrie par le temps, et avec cette auréole acquise dans une résistance héroïque à la prépotence et à la tyrannie. Nous reconnaîtrons là le vrai romain, le prince de l'église catholique, l'ami de Pie VII couvert de tant de méiites et de gloire devant Rome, devant le patrimoine de Saint Pierre, devant la véritable Italie ..., que les fausses gloires modernes faites d'imposture et d'injustices, doivent, si on établit une comparaison, se voiler la face et pâlir de honte sur les socles d'aventure qu'on leur a élevés au Pincio et au Janicule I

Tandis que le Cardinal Consalvi était encore à Paris, et après son retour à Rome, le Premier Consul avait, de vive voix et par écrit, exprimé le désir d'avoir en France un Légat a latere, muni de tous les pouvoirs nécessaires pour asseoir la religion

selon les prescriptions du Concordat. Un autre de ses désirs également formulé par lui était que le cardinal qui serait choisi pour cette haute digtiité fût Jean-Baptiste Gaprara, évêque de Jesi. L'importance d'une telle légation au milieu des circonstances très spéciales de ce temps, de même que la grande part qu'a eue ce cardinal aux événements religieux de France et d'Italie, exigent que nous le faisions bien connaître.

D'après Jakson, ministre d'Angleterre près du roi de Sardalgne alors exilé à Rome, ce choix venait de ce que, < durant la Révolution, Bonaparte avait eu à se louer des services d'un neveu du cardinal », appelé Charles Caprara. U avait été du nombre des sénateurs qui formaient le sénat de Bologne, quand cette cité, elle aussi, fut élevée à la dignité de république une et indivisible, durant l'été de 1796 (i). L^e card. Maury écrivant de Montefiascone à Louis XVIII, le 20 août 1801, en parlait ainsi : « Le chev. Azara a suggéré à Bonaparte de demander pour cette mission extraordinaire le card. Caprara, évêque de Jesi, son ami, l'ami des français, avec la protection desquels il se berçait de l'espérance de devenir pape, et l'ami du défunt prince de Kaunitz * c'est un homme souple, faible, dépourvu de toute connaissance théologique et canonique. Le nouveau Légat était en complète disgrâce auprès de Pie VI de b. m. (2). >

Ces paroles, malgré leur exagération, ont pourtant beaucoup de vrai. Durant sa nonciature à Vienne (1785-1792), Caprara s'était montré d'une complaisance assez facile pour les idées de Kaunitz d*abord, et ensuite pour les volontés antireligieuses de Joseph IL C'est pourquoi, devenu cardinal (1791), il fut traité

(1) Jakson à Hawkésbury 25 août 1802 (Record office, Sardinia) aux Dociim. Con cord , III, n. 746, p. 430

(2) Ricard, correspondance de Maury, II, 157. Kaunitz avait été ministre de l'impératrice Marie-Thérèse, et son ambassadeur à Paris. Il avait réellement traité familièrement Gaprara, quand il était nonce à Vienne, mais c'était chez lui plutôt duplicité ou calcul de sectaire.

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