‹ La diplomatie pontificale au XIX siècleChapitre 35 sur 68 · UN CARDINAL LÉGAT A LATERE A PARIS · texte numérisé non relu

UN CARDINAL LÉGAT A LATERE A PARIS

assez froidement par Pie VI, à ce point que « étant revenu une fois h Rome (après un voyage) il eut à attendre longtemps avant que le Pontife ne lui accordât une audience ; et il n'y fut admis qu'après la troisième demande (i). Ce fut encore bien pire à Bologne en avril 1799, lorsque Pie VI était traîné en exil par les libérateurs jacobins français. Le card. Gaprara se présenta avec d'autres pour saluer le pontife épuisé de fatigue ; Pie VI ne put donc le recevoir. « Le Cardinal dit alors qu'il reviendrait le lendemain matin ; le Pape, l'ayant su, lui fit répondre qu'il le dispensait de se déranger de nouveau (2). »

Il y en a qui expliquent autrement cette manière d'agir de Pie VI à l'égard de l'ancien Nonce à Vienne. L'abbé Joseph Ant. Sala, qui semble avoir été l'ami et le confident du Cardinal, qui le choisit pour son théologien et l'amena avec lui dans sa Légation à Paris, en parle ainsi : « L'Eme Caprara, auquel on ne peut contester de grandes lumières et de grandes vues politiques, ayant, dès le temps de sa nonciature à Vienne, prédit, mais sans en être écouté, que dis-je ? notre Cour se hâta de lui délivrer en récompense les grossièretés connues et le brevet de Jacobin ; ayant, dis-je, prédit les conséquences dernières de la Révolution française, si on ne prenait en Italie les mesures qu'il convenait, voyait mieux que les autres le terme où aboutirait cette tragédie

(1) Baldassari, Delazione ilelle avversila di Pio VI, II4, 198-99. En note l'auteur ajoute de bonne source : « Pie VI n'avait pas bonne opinion du caractère et du savoir-faire de Gaprara, et il fut mécontent de la manière dont il s'acquitta de la nonciature de Vienne. » Maury, nonce extraordinaire à la diète de Fi-ancfort (1792) rapporte comme preuve de la complaisance de Gaprara, qu'à la diète tenue dans cette cité deux ans avant, les électeurs avaient refusé ses lettres de créance, parce qu'elles contenaient les mots « dilectissimi Filii apostolicam benedictionem ; » le bon Gaprara demanda aussitôt à Rome un autre bref, où ne seraient pas ces mots (Ricard, ouvr. cit., II, 47) !

(2) Baldassari, ouvr. et vol. cit., p. 198.

RiNiBRX. — La Diplomatie RontiftcaU au XIX siècle. — Tome 1 Î3

alors dans son commencement (1). L'amitié égare ici le jugement de l'abbé Sala : sans compter qu'il n'était pas besoin de grandes vues politiques ni de grandes lumières pour prédire les conséquences de la Révolution française, il fera difficilement croire que c'est à la suite d'une semblable prédiction bien innocente que le cardinal Caprara reçut en récompense et les grossièretés quon sait et le brevet de jacobin (2). Du reste le même abbf Sala devait voir à l'épreuve ces grandes lumières, dont le bon Cardinal eut à faire plus d'un essai dans les difficiles rencontres qu'il eut avec les ministres français, et où lui-même et les autres théologiens romains purent utilement opposer leurs lumières et leur fermeté à l'excessive condescendance du Légat leur patron.

Maintenant, quoi qu'il en soit des raisons pour lesquelles Caprara ne jouissait pas de l'estime de Pie VI, on peut donner comme certain. que le Premier Consul, qui était très entendu dans la connaissance des hommes, se portait à ce choix pour deux motifs. Le premier était la souplesse de caractère du cardinal, et le second venait précisément de l'aversion que Pie VI montra pour lui. On ne saurait dire à quel point le seuvenir de ce Pontife sonnait mal aux oreilles de Bonaparte, de Talleyrand, de Cacault et des vieux jocobins : ce nom était un remords pour tous ! C'est peut-être la meilleure marque qui serve à montrer à

(1) G. A, Sala, Diario romano, 1,8-9

(2l Le motif de l'appellation de Jacobin, appliquée à Caprara, est donné plus clairement par Gaoault, qui avait eu avec lui des relations à Florence, où, eu janvier 1799, se trouvait aussi le Cardinal, pour raison de santé, avec l'abbè Sala. Voici ce qu'il écrivait à Talleyrand le 20 août 1801 ; « Ce Cardinal, ami du chev. >zara, ami du marquis Manfredini, et distingué par ses lumières et par son esprit, voyait dès lors d'une manière sage ce qui concernait la France et ce qui concernait la coalition : ce qui le faisait appeler en Italie « le Cardinal Jacobin.., » Les sentiments favorables que nous montre aujourd'hui ce Cardinal, sont ceux qu'il professait dans les temps difficiles. Il est indiflérenl et froid à l égard des questions t/ie'oiogiques, ennemi du fanatisme qui les soutient. Il se prêtera à tout ce que le Premier Consul pourra désirer. 11 tiendra seulement, en homme d'honneur, à conserver au Pape sa considération [Docutn. Concord., IV, p. 2, 30, 344). »

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