UN CARDINAL LÉGAT A LATEUE A PARIS
la louange de Pie VI, qu'eu agissant couime il fit dans les dernières années de son pontifieat, il accomplit son devoir de Pontife Suprême jusqu'au martyre.
Caprara avait alors G8 ans (n. 1733. m. 1810) (1). Il fut nonce à Cologne (1767) à Lucerne (1775), et h Vienne (1785), et fut créé cardinal en 1792, Au temps de la persécution, quand les Jacobins français et italiens faisaient main basse sur les richesses de Rome, et que presque tous les cardinaux et les prélats romains enduraient la prison et la perte de leurs biens^ lui, vécut tranquille à Bologne ; on ne dit pas qu'il ait eu rien à soutFrir. Après l'élection de Pie VII, il fut nommé évêque de Jesi au mois d'août 1800. C'était un homme de mœurs simples et pures, plein de charité et de religion, de belles et nobles manières, mais timide et pas suffisamment pénétré de la haute dignité d'un représentant du Siège Apostolique. Sa grande attention fut de ne jamais déplaire aux souverains avec lesquels il avait à traiter, comme il le fit voir pendant les dix années où il fut en relations avec Bonaparte et les ministres français (2). Tant d'égards, qui provenaient de la peur qu'il avait de gâter les choses, le rendirent à ce point complaisant pour les volontés de l'empereur et de ses ministres, (ju'il eut le déplaisir de voir quelques-uns de ses actes entièrement désapprouvés par tout le conseil Cardinalice de Rome et par le Souverain-Pontife comme nous aurons à le raconter.
La différence de caractère et de vues sur les hommes et les choses fit qu'au commencement le cardinal Consalvi éprouva à
(1) Il naquit le 29 mai 1733. de François Riiymond Comte de MontecucuUi et de Mai'ie Victoire Gaprara, dernière descendante des Comtes Caprara.
(2) « Un membre de cette Légation, écrit Mgr. Baldassari ou Gavedoni, me disait que, quand on engageait le Cardinal à montrer du courage et de la constance avec le Premier Consul et ses ministres, il s'en moquait et répondait : Ces messieurs sont comme les bouteilles : Au moindre choc, elles cassent [Relazione delle adi-ersltà... di Pio (VI, II 4, 199).»
son égard une certaine défiance. Mais ensuite reconnaissant la pureté des intentions du Légat et sa capacité peu commune uans le maniement des affaires, il concourut de toutes ses forces a aplanir les grandes difficultés de sa mission. Mais, quoiqu'il excusât toujours ses intentions, jamais il ne put approuver sa conduite pusillanime, érigée par lui en système. C'est cela, et pas autre chose, que Consalvi a relevé dans ses Mémoires, écrits à l'époque où le souvenir de quelques-unes des faiblesses de Caprara qu'on ne peut excuser, était encore frais et récent.
Il faut rapporter textuellement les paroles mêmes du Cardinal, écrites dans son exil de < Reims, vers l'an 1812. » Dans ses Mémoires autographes « sur le Concordat signé h Paris le 15 juillet 1801 > nous lisons à la page 23 (les mots en italique sont de l'auteur lui-même) :
« Comme jamais on ne recevait la nouvelle de sa publication (du Concordât^, c'était chaque jour instances sur instances sur ce qui y avait quelque rapport. Une des principnles fut l'envoi du Cardinal Légat. Il en avait déjà été question à Paiis, non pas comme chose qui dut précédez- la publication du Concordat, mais la suivre. A mon retour à Rome, le Gouvernement Français fit de vives instances pour que l'envoi se fit sur le moment, ajoutant que beaucoup des dispositions qu'il convenait de publier avec le Concordat étaient du ressort du Légat j et on ne manqua pas de faire valoir combien cela était également utile au Saint-Siège. Quand nous vînmes à parler, à Paris, de la personne à choisir, le Premier Consul déclara qu'il coulait absolument le Cardinal Caprara ; et, comme je lui objectais les raisons de santé et autres, qui pouvaient s'opposer à ce choix, il lépéta toujours qu'il voulait Caprara, mais que dans le cas d'absolue impossibilité pour lui, il voulait le Caidinal Joseph Doiia (1). Le Pape ne
(1) Homme de pelile taille el de plus petil esprit, qui avait été nonce à Paris, et était Secrétaire d'Etat en décembre 1798 : lors de la mort bien méritée de'