‹ La diplomatie pontificale au XIX siècleChapitre 40 sur 68 · UN CARDINAL LEGAT A LATERB A PARIS · texte numérisé non relu

UN CARDINAL LEGAT A LATERB A PARIS

des évèques à nommer, bien entencUi après qu'ils se seraient soumis à ce qu'aurait prescrit le Saiut-Père. »

Sur ce point; le plus ardu de sa négociation, et qui devait coûter au pauvre Légat tant de peines et de larmes^ Gaprara fit la réponse qu'il fallait. II dit qu'à l'égard de C(!s égarés qu'il s'agissait de ramener à leur devoir, pourvu qu'ils témoignent de bonnes dispositions, le S. Père userait de beaucoup d'indulgence. Quant à leur contier des diocèses à diriger, il trouvait que ce n'était guère là un moyen de rendre la tranquillité religieuse à la France et « d'en extirper le feu dévorant du schisme. Je l'ai fait réfléchir, dit Capraia, que si ces évèques étaient infectés de Jansénisme, comme ils doivent l'être et l'ont assez fait voir..., bien loin d'éteindre le feu, on donnait au contraire un nouvel aliment à un volcan ; au lieu de conquérir la paix on fomentait une nouvelle guerre, et l'on provoquait une insubordination certaine, aitisi que la non adhésion des ecclésiastiques à leur pasteur. » Le Cardinal ajoute que, sans exagération aucune, sa réponse a fait visiblement sur le Premier Consul une véritable impression (i).

Par ce langage aussi franc que juste, Caprara, il faut le dire, sut toucher les arguments les plus propres à ébranler le Premier Consul et à le détourner de l'idée de nommer évèques des personnes qui par principe déchireraient cette harmonie d'unité religieuse nécessaire à la paix. Même en adhérant au Concordat et en acceptant les brefs de Pie VII et la comlamnatiori de la constitution civile du clergé, ce qu'ils ne firent jamais^ les prêtres et les évèques constitutionnels, par le fait qu'ils se j)rononçaient publi- [juement pour la doctrine Janséniste, se mettaient en rébellion ouverte avec le Pape ; et dès lors cette pacification religieuse, /oulue par le Premier Consul, était détiuite dans sa source (nème. La card. Caprara voyait bien tout cela : plût à Dieu qu'il

(1) Caprara à Gonsalvi, 6 octobre (Archiv-Vatic, Nuaiialura et vol. cit.)

eût montré, pour le soutenir, une énergie égale à cette intelligence qu'il avait de la situation ! En attendant il concluait et disait au card. Gonsaivi : « V. Km. peut croire que je ne négligerai rien pour prévenir de pareils choix, du moins pour qu'il n'y en ait pas un aussi grand nombre. Je veillerai aussi, autant que possible, à la qualité des sujets qui seront choisis » ; mais en cela, hélas ! ses efforts ni ses espérances ne devaient être couronnés d'un heureux succès.

Il annonce en dernier lieu le vif désir qu'avait Bonaparte de pouvoir publier promptement la bulle et le Concordat, de recevoir le Légat « en grande cérémonie, de faire chanter un Te Deum solennel, enfin de faire marcher ^a/'« passa la double opération de la paix religieuse et de la paix politique. J'ai applaudi, dit le Cardinal, à ces idées si louables, et j'ai dit que l'accomplissement de ses désirs ne souffrirait de retard ni de la part du Saint-Père, ni de la mienne (1). »

Mais divers obstacles empêchèrent la réalisation de ce désir universel. L'un deux était la paix politique, que l'on travaillait alors à conclure, à Amiens, entre la France, l'Espagne, et surtout l'Angleterre, avec laquelle on avait déjà, le l®'" octobre, signé ses préliminaires à Londres. Quant aux autres difficultés, qui devaient encore pour de longs mois faire attendre la double paix et sa bienfaisante influence sur les esprits, nous en parlerons dans un autre chapitre.

(1) Ibid.

Le Concordat, les Evêques légitimes et les intrus.

SOMMAIRE

I. Le grand obstacle à l'cxécutìon du Concordat venait du clergé jureur de la Constitution civile : audace incroyable des prêtres constitutionnels, réunis en conciliabule national, en face du Chef de l'Eglise.

II. Rome les connaît et les juge. Brefs pontificaux, de teneur différente, adressés aux évêques légitimes et aux intrus ; difficultés particulières relativement à ces derniers.

III. Bref « Post multos labores » par lequel le S. Père les invite à se démettre et à se soumettre.

IV. Attitude douloureuse d'un bon nombre d'évêques émigrés devant les exhortations du Souverain Pontife.

La première difficulté, la principale, presque insurmontable, qui se mit en travers de l'établissement de la paix religieuse en France, vint des évêques et des prêtres constitutionnels et intrus, placés sans institution canonique dans les diocèses ou les paroisses. D'autre part les Evêques légitimes, qui, pour ne pas avoir voulu jurer la constitution civile du clergé, condamnée par Pie VI, se trouvaient exilés dans presque tous les pays d'Europe, n'oppose-

CHAPITHE SEIZIEME

rent pas une moindre résistance au Souverain Pontife : sur 81 de ces derniers qui vivaient encore, il n'y en eut que 45 qui obéirent au Pape. Plusieurs parmi les autres firent bande à part jusqu'à la restauration de 1815 et causèrent même alors des déplaisirs assez sensibles au Saint-Siège, appuyés qu'ils étaient par le nouveau gouvernement, qui voulait défaire en 1815 le Concordat établi en 1801 !

Evêques et prêtres constitutionnels ou jnreurs s'étaient réunis en conciliabule le 29 juin 1801, ainsi que nous l'avons déjà dit. La lettre de convocation avait été répandue dans tout le dominium français depuis le 18 mars de cette année, en sorte qu'ils se rassemblèrent de divers côtés (1) en assez grand nombre dans

(1) Les prêtres jansénistes du Piémont et de Gênes reçurent la lettre d'invitation, et en bons amis de Ricci, père fameux du fameux conciliabule de Pistoie, se firent un devoir d'envoyer à Paris quelques-uns de leurs champions. Du Piémont, malgré le zèle de l'ex-Oratorien Gautier pour que fut représenté à cette assemblée le Jansénisme subalpin, nombreux et puissant, aucun ne se dérangea. De Gênes, en avril 1801, parvint à Rome la suivante Notice relative au concile des évêques constitutionnels réunis à Paris.

« La lettre d'invitation au Concile de Paris a été publiée à Gênes par les nombreux jansénistes qu'il y a dans le clergé séculier et régulier,

« Les dits jansénistes se réunirent à cet effet au Couvent des PP. Dominicains de S. Maria di Castello ; ils députèrent quatre théologiens pour jiarticiper au Concile.

« Les quatre députés sont : Le Sr. abbé Vincent Palmieri — P. Vignola, dominicain, ami intime de l'évêque de Noli et du P. Dania — R. Calieri ex-missionnaire de S. Vincent — R. Eustache Degola prêtre (Archiv. Vatic, Francia Appendice Epoca Napoleonica, vol. I, Carton G). «

Ce Degola, dont-il est question dans cette lettre, était un prêtre janséniste des plus fanatiques. Lié d'amitié avec Grégoire, aux pieds duquel ce genevois s'était agenouillé en jîleurant pour implorer sa bénédiction, s'unissait à lui pour tourner en ridicule, à l'exemple de l'évêque de Pistoie, le Très-Sacré Cœur de Jésus-Chrit. 11 appelait la bulle Unigenitus antiévangélique, et la bulle Auctorem Fidei « un traité de des2:)otisnie ». Aux Jésuites, qu'il accabla jusqu'à sa mort d'imprécations, il attribua des choses qui n'ont pas le bon sens : par ex., d'avoir inventé les Limbes ! formé à l'école de Solari, évêque de Novi, il ne leur pardonna jama

l'église de Motre-Dunie de Paris, avec apparence de vouloir, devant la France et devant Rome, professer cet esprit Janséniste qui, logiquement, par l'acceptation de lois séculières, républicaines et Jacobines, en faisait de vrais schismatiques d'avec l'Eglise romaine, sinon même des hérétiques formels, le 12 juillet ceg Pêresconscrits composèrent une lettre synodale, qu'ils envoyèrent au S. Père, avec cette adresse : Ecclezia Gallicana congregata in concilium Beatissimo Patri nostro Pio septinio pontifici maximo aeternam in Christo Jesu Domino nostro salutem. . Datum Parisiis, die 12 Julii, unno C liristi 1801, 23 vero mensis vulgo

d'avoir publié cette thèse impie : que Jésus-Christ a accorde' à S . Pierre et à ses auceesseurs sa propre infaillibilité. Il travailla à la conversion de la dame Geymiiller protestante, et de la Blondel femme de Manzoni. Gomme règle de la vie chrétienne, il leur faisait par écrit cette recommandation : « En invoquant la Mère de Dieu... souvenez-vous des SS. Pierre et Paul... i/es Saints de Port-Royal ^ et nommément de Jean Abbé de Saint-Cyran. Antoine Arnaud, Jean IJamon, Angélique réformatrice de Port-Royal, Agnès sa Sœur, Angélique de S. Jean., illustres confesseurs de la foi . . . ils en ont sauce le dépôt. . ,! »

Il leur recommandait en outre les Réflexions morales et autres œuvres de Quesnel !

Ces choses et d'autres aussi belles peuvent se lire dans un livre qui a pour titre : Eustachio Degola, il clero Costituzionale e la conversione deLa famiglia Manzoni (Florence, Barbera, 1882) par De Gubernatis, qui en a recueilli les documents pour le clergé, jugeant enfin venu le temps de « créer définitivement en France et en Italie un clergé constitutionnel. .. » Actuellement, en effet, d'après cet ingénieux écrivain, « le Pape... à cause du collège des cardinaux qui le séquestre au Vatican, au lieu de l'appeler dehors pour bénir et fortifier les croyants, est plus éloigné du cœur de notre peuple que le Roi (p. 425)... Si Degola vivait de nos jours, il sç dresserait contre sa Sainteté... L'espérance de voir un clergé vertueux capable.,, de vaincre la réaction Jésuitique et cardinalice, m'a fait estimer utile et convenable la publication... » de ce livre sur Eustache Degola, j)lus ennuyeux qu'autre chose : (p. 424).

La publication de choses ignorées est toujours, au moins, une nouveauté attrayante. Que ce soit une publication utile et convenable, c'est une autre affaire. A en juger par ce qui en est résulté depuis 1882, cette utilité et cette convenance, malgré les optatifs de l'éditeur, ne paraissent pas s'être réalisées.

Messidor, anno a Rep. fund. 9 .) suivent les signatures : nous avons compté les noms de 45 évêques ayant souscrit de leur main avec la •{• devant, et de 56 prêtres du second ordre (1). Tous faisaient profession de foi orthodoxe, et protestaient de leur grande vénération pour l'évêque de Rome, le successeur de S. Pierre.

Mais à Rome on connaissait de longue date l'esprit et les hauts faits de ces gens. A la suite des diverses congrégations de cardinaux, qui eurent pour objet les affaires ecclésiastiques de France, on établit comme maxime et ligne de conduite, que le Pape ne leur répondit jamais, excepté pour les engager à se démettre des sièges qu'ils avaient usurpés: ce que le St-Père fit par voie indirecte, comme nous le verrons. Mgr di Pietro, secrétaire de ces congrégations, vrai flambeau de science ecclésiastique et réellement digne de la pourpre dont il maintint ensuite l'éclat par une force de caractère égale à sa science, disait d'eux au card. Gonsalvi (L. du 29 août) :

« De leur opiniâtreté obstinée je conclus... que nous rencontrerons une difficulté invincible pour ramener à la voix droite, évêques, prêtres et constitutionnels. Je regarde comme impossible de leur arracher de la bouche un peccavi Domine même simulé et en paroles ; à plus forte raison un acte de soumission et de rétractation de leurs actes schismatiques. Le gouvernement les protège... (2). )>

Et en effet une vraie résipiscence ou regret du jansénisme et de la constitution civile du clergé, l'un et l'autre condamnés par le Pape, et par conséquent une pleine soumission à leur chef hiérarchique, le Pontife de Rome, on peut dire que Pie VII ne l'obtint jamais 1

(1) Dans l'original, qui est conservé au Archiv. Vatic, nous n'avons trouvé, en fait de prêtres italiens, qae les signatures suivantes : Eustachius D gola, pretbyler Ecclesiœ Genueasis-Joannes Angelus Beiganciì\i Ecclesia: Casalensis in Italia (Arcliiv. e., 1. cit.).

(2) Arch. Vat., 1. e.

L'exécution du Concordat du côté de Rome rencontrait des obstacles d'un genre particulier ; pour si facilement qu'on pût les prévoir, jamais cependant on n'aurait cru qu'ils atteindraient le degré d'acuité où ils arrivèrent. Il fallut obtenir la démission de tous les évèqueSj tant de ceux qui s'étaient maintenus dans l'unité de foi et de discipline avec le Pontife Romain, et étaient pour ce motif exilés dans tous les pays d'Europe, que des autres qui, méprisant l'autorité du Chef de l'Eglise, avaient préféré obéir aux bourreaux de la papauté qu'au successeur de S. Pierre et au vicaire de Jésus-Christ !

II est vrai que chez les premiers, surtout en les comparant h ceux de la seconde classe, se remarquaient des mérites et des vertus plus qu'ordinaires, qui les désignaient au respect et à l'admiration dont le peuple chrétien entoura toujours la mémoire des martyrs. Mais l'épreuve à laquelle des circonstances singulières obligèrent le Chef de toute l'Eglise à les soumettre fit voir en beaucoup d'entre eux un état d'àme inférieur à celui que tant de souffrances glorieusement endurées durant des temps calamiteux donnaient le droit d'attendre d'eux. Il faut en accuser ce fond de jansénisme dont le poison, depuis un siècle, avait pénétré et envahi presque tout le clergé de France : le principe générateur d'un mal si grave, c'étaient les fameux articles que la main de l'évêque de Meaux, forte de l'appui du grand roi, avait écrits et" proclamés comme un défi et un mur de défense contre Rome ! Vinrent les hommes de la Convention et du Directoire qui, arborant ces principes, en firent très logiquement l'application aux évèques et aux prêtres qui en étaient les partisans et les défenseurs. Heureusement qu'une grande partie du clergé gallican, se voyant réduit à des transes terribles, fut inconséquent, et, au bon mo-

RiNiERi — La Diplomatie Pontificale au XIX siècle. — Tome I 24

ment se rappelant ses devoirs, offrit au monde le spectacle de prêtres vraiment catholiques et de vaillants citoyens Et maintenant nous allons voir ce fond janséniste, dont ils avaient hérité en commun avec les jnreurs de la Constitution civile du clergé, rajeunir et se velever chez eux aussi, et celte racine d'amertume les porter à prétendre donner des leçons à Celui qui^ seul, a reçu le privilège de confirmer ses frères dans la foi.

Réduit à la pénible nécessité de proposer à tous les anciens évêques le sacrifice de leurs sièges, aussilôtque le Pape Pie VII fut informé que le Concordat avait élé ratifié à Paris, il se mit en mesure de l'exécuter. Deux brefs diffeients furent de suite préparés, l'un pour les Evêques constitutionnels^ l'autre pour les évêques légitimes, afin de les engager de façon différente à renoncer à leurs sièges.

Le langage employé à l'égard des évêques légitimes étaitpaternel, tendre, voilant, pour ainsi dite, avec l'aecent de la prière l'usage du pouvoir souverain auquel le Vicaire de Jésus-Christ espérait n'avoir pas besoin de recourir. Le Pape rappelait avec éloges la constance dont ils avaient fait preuve durant la persécution, et il attendait d'eux, il les suppliait tendrement de montrer une égale force d'âme en se rendant à l'invitation de Sa S'", qui, uniquement pour le bien commun de la Religion et de la patrie, leur demandait ce saciifice (1).

On prépara un autre bref pour les é\è(n\es jareiirs de la Constitution civile et intrus. La rédaction de ce bref coûta d'incroyables fatigues à la chancellerie romaine, vue la dilficulté du sujet et la situation des personnages auxquels il était destiné. Mgr Di Pietro, dans le but d'exposer succintement létat de la question aux cardinaux réunis en présence de Sa S^*^ pour discuter

(1) C'est le bref « Tarn multa », adressé : Venerablllbus f^rairibiis ArcklepUcópiS et Epiicopis GaUiaruin, comiuunioneni et Gratiam Sedis Apostolic<€ habentibus .

LE CON'CORDAT, LlîS ÉvÊQURS LEGrTlMES ET LES INTRUS 371

cette afipaire, fit devant tous lecture duu rapport vraiinewt remarquable qui mérite mention. En voici le titre et le contenu :

Congrégation tenue en présence de la Sainteté de N. S . le matin du i4 août 1801 et convoquée le matin même.

« Sur les instances ayant pour objet les Intrus, on fait les courtes réflexions que voici. Sa S'° s'est bien gardée d'écrire à cette classe de gens, afin qu'on n'eût pas un soupçon même éloigné qu'elle était en communion avec eux. Telle fut la ligne de con» duite constamment observée durant le pontificat dePie VI de S. M. et continuée par V. S. de ne jamais répondre aux lettres des Intrus. > Dans le cas pourtant où Elle se déciderait à leur écrire, « il semble qu'on ne peut les désigner par le titre qui leur convient. » H rapporte le cas d'un Nicolas Philibert (1791) élu par la volonté du peuple pour le nouveau diocèse fait du démembrement de celui de Rennes et alentours. Après que celui-ci eut fait acte d'obéissance au Pape, il reçut du Cardinal Zelada une réponse désapprouvant sa conduite antérieure ; elle portait cette adresse : « Niçoise PhiUberto in Episcopum illégitime electo. »

Il semble donc que le titre à donner aux intrus, évêques et prêtres, doit être : Universis ecclesiasticis viris in Episconos vel Parochos in Gallia illégitime electis vel assumptis^ ou bien : Illegitimis Galliarum Episcopis vel Parochis.

Parlant ensuite de la teneur des brefs destinés à tous les intrus, il fait observer que Pie VI « après les avoir exhortés [les intrus) par de graves paroles au repentir, les admonesta sévèrement et leur intima les foudres de l'Eglise qu'ils avaient encourues. Tous les Brefs relatifs à cet objet furent accueillis avec grande approbation et respect dans tout le monde catholique. »

Quant aux termes dont il iaudra se servir, il convient qu'ils soient clairs et précis ; « d'autant plus que nous savons qu'ils appartiennent à la secte des jansénistes, très féconde en subterfuges. On veut un acte de rétractation claire et nette, et de plus le réel abandon des Eglises usurpées. Il s'agit de pécheurs bien

publics, de fauteurs et consotninateurs du schisme, de coupables très obstinés, qui ont méprisé tous les avertissements du Saint Siège, et qui, durant les uégociatiotis, ont impudemment élevé autel contre autel, et poursuivent encore leurs indignes C(mventicules. » Ainsi a-t-on toujouis traité les hérétiques et les schismatiques... pour réparer le scandale : ce qui est de droit naturel et divin.

Il conclut par la réflexion suivante, qui prouve la perspicacité de Di Pietro et l'exactitude des informations qui lui avaient été données avant qu'il en référât à la Congrégation des Cardinaux:

« Il y a une autie observation qui s'impose sur cette importante atTaire : si on traite les Intrus at^ec trop d'indulgence, et si on se contente d'un acte équivoque, auquel ils ne feront aucune difficulté d'adhérer ^ il est à craindre que le gouvernement n'en prenne prétexte pour dire que, s'étant réconciliés avec V Eglise, ils sont dignes d'être élus pour les sièges de la nouvelle circonscription. (1) »

Nous allons voir que ces dernières paroles du secrétaire de la Chancellerie romaine devaient se vérifier de telle manière qu'en les écrivant on dliait qu'il avait sous les yeux les faits qui se produisirent plusieurs mois après.

En vertu des décisions prises dans la Congrégation, au lieu d'un bref on en composa deux destinés aux Intrus. L'un était directement à leur adresse sous ce titre : Dilectis fiiiis archiepiscopis et episcopis, qui in Gallia absque Sedis Apostolica institutione archiépiscopales seu episcopales sedes occuparunt : Dilecti fila, saluteni. (2)

(1) Archiv. Valic., Francia Appendice Epoca Napoleonica, vol. 1. Carton G.

(2) Le famenx bref « Post multos lobores » fut rédigé et imprimé sous quatre formes un peu différentes l'une de l'autre (on les conserve aux Archives Vatic). Les deux premières portaient cette suscription ; Venerabilibus Fratribiis Archie* piscopis et Efiiscopis, qui in Gallia absque Sedis Apostolicae Inslitutione Archiépiscopales seu Episcopales Sedes occuparunt, . . Venerabiles Eratres, salutem.

L^uilre.aii cou ;;K[i;,ol,.tÌL adressé à Mgr Spina, par l'entremise duquel le Pape leur faisait entendre sa voix. Il n'y avait qu'une différence de foruie, la substance était la même.

Le hve( direct avait été cornppsé à la demande de Talleyrand, vu qu'il y était intéressé quehjue peu. Il en avait écrit avec insistance à Cacault, et celui-ci avait en s(;cret montré la lettre à Consalvi. C'est pourquoi Gonsalvi fit composer les deux formes de brefs, et, les ayant fait expédier à Spina, laissa h sa prudence déjuger laquelle des deux il était préférable de faire parvenir aux intrus, tout en lui recommandant de se servir du bref indirect, autant que possible.

C'est pourquoi Mgr Spina, dans sa dépêche du 10 de Septembre, annonçait que « dans le choix du bref.il avait la satisfaction d'avoir exécuté exactement les ordres de Sa Sainteté, en donnant cours au bref qui lui était dirigé, m Dans la même lettre il annonçait avec plaisir que « les brefs ci-dessus (c'est-à-dire celui adressé aux évêques émigrés et l'autre qui regardait les constitutionnels) avaient reçu l'entière approbation du Premier Consul et des ministres, mais particulièrement celui qui était relatif aux

Entre ces deux formules il n'y a d'autre différence sinon que, dans la seconde, il leur est ordonné d'obéir Manlalis nostrts, quœ l'obis ab Archiepiscopo Coiinthisignifi':abuntur ; ce qui ne se trouve pas dans l'autre. Au sujet des deux formules, le Secrétaire, Mgr Di Pietro, écrit de sa main ce qui suit : Ou ne les employa pas à cause du titre . Le P Theiner qui recherchait les documents aux archives nationales de Paris, fermées aux autres et pour lui toutes grandes ouvertes, nous donne aux Pièces justificatives, la première formule qui ne fut pas employée, c'est-à-dire qui ne fut pas envoyée à Mgr Spina.

Les autres deux portent ce titre : Dileclis filiis Archiepiscopis etc. Dilecti filii salulem. Mais Di Pietro écrit de la première, y/i'e//e ne fut pas employée à cause des changements qui y furent faits. De l'autre, au contraire, il a laissé écrit ces mots : C'e-t celle-ci qu'on, employa. Voici le passage qui la différencie des autres : (( Abj'icite Archirpiscopales seu Episcopale) Seties, quas absque Sedis Apostolicae institU' tione occiiputis, ab exeicitio omnium O'dinum abstinete, et mandatis nostris quae vobis ab Archiep'scopo Corinilli sigaifi :abuiltur, sincero obsequeniique animo vos parituros esse scripto pollicemini . Hoc a vobis postulat... » (Archiv. Vatic, FraU' cia. Appendice Epoca Napoleonica, vol, I Carton G).

Intrus, » Qniint h lui, il njoiifait que, malgré le respect qu'il a pour l'autorité de Benoit XIV (V), il n'aurait « pu qu'avec grande répugnance se voir obligé de suivre l'exemple » de ce Pape, en donnant à des Intrus le nom d'évêques.

Il ajoutait en chiffre : a Du moment que je n'ai fait aucun usage (et je ne pense pas que je doive le faire) des deux brefs imprimés, adressés aux évêques intrus, il me semble qu'il est expédient de les mettre au feu, et d'éviter tout danger qu'on les connaisse. Ce serait un obstacle à leur résipiscence, s'ils venaient à savoir que le S. Père était disposé à les traiter de Vénérables Frères, et qu'ensuite il a changé d'idée. Leur orgueil s'exalterait encore davantage, et ils feraient sinon au Pape, au moins à ses ministres, une guerre obstinée (2)

[\] Dans les instructions, que le Gard. Consalvi envoyait à Spina (L. chiff. du 16 août 1800), il est dit : « . , on a trouvé dans Benoit XIV qu'on peut en toute sécurité dire Venembilea Fratres môme aux intrus, vu le caractère épiscopal ,* cependant ici le Pape aimerait mieux imiter Pie VI, qui n'a jamais voulu le leur dire...

(2) Spina à Gonsalvi, 10 septembre 1801 (Archiv. Vatic., Nunziatura di Frari' eia, vol. 588).

Ce que craignait Mgr Spina, arriva de fait; et vraiment il ne paraît pas que le cbangement de formules, par lesquelles le S. Père était disposé à traiter ces égarés, eût le suci;ès que Spina s'imaginait. Ce bref indirect souleva, comme nous le verrons, la colère et le dépit de presque tous les constitutionnels. Si nous en croyons B. delà Meurtlie [Dociim. Concord .^ IV, 124, note), lorsque, en 1810, on transféra à Paris les archives du Vatican, Grégoire trouva le texte du bref direct dans un volume des Ad Principes et alias. Gela fit éclater un grand murmure dans le camp des anciens intrus, qui, ignorant ce qui était arrivé entre le ministre pontifical, Rome et le gouvernement français, traitèrent Mgr Spina de falsificateur. Il ne semble pas douteux que le fait de se voir appelés par le Pape venrrabiles fratres, ce qui était reconnaître leur caractère épis('opal, qu'on ne contestait nullement à Rome, aurait quelque |)eu amorti l'àpreté de leur rébellion contre les décrets du S. Siège, sinon persuadé ces esprits obstitiés dans l'erreur. Cela leur eût au moins enlevé un des motifs pour lesquels ils déblatérèrent plus tard contre la façon dont ils se crurent traités par Romie. V A Roussel, un evêqite assermetité le Coz... p. 414.15. Il faut remarquer cependant, que les coj)ies du bref direct qu'on envoya impiimées de Rome furent brûlées par Spina. Qu'ensuite l'original ait été enregistié dans le volume de la série Ad principes (année 1801), je ne saurais que dire : pour moi je ne l'y ai pas trouvé.

Dans le bref pour les Intrus^ adressé à Mgr Spina, le Saint Père ch:irge son délégué à Paris, bien placé pour les voir et les connaître, d'en communiquer le contenu à ces évêques qui occupent des sièges sans l'institution du Siège Apostolique, c'est-à-dire de les exhorter au nom du Saint Père h écouter les paroles que sa charité paternelle et l'ardent désir qu'il a de voir terminées les dissenssions de la France, leur fait adresser ; qu'il espère par conséquent les voir profiter de lamansuétude avec laquelle il les y invile. C'est pouiquoi, qu'ils se hâtent de revenir à l'unité catholique, en faisant connaître par lettre leur obéissance et leur soU' mission au Pontife Romain, et aux décrets du Saint Siège, et qu'ils se démettent de leur sièges épiscopaux...

Gomme, d'une part, ce bref pontifical a acquis une certaine célébrité, et qu'il s'en est publié des copies qui ne sont pas identiques et uniformes , et que, d'autre pai't, il n'est pas bien étendu, je crois utile d en publier ici le texte entier, tel que je l'ai retrouvé, dans sa teneur originale, manuscrit et imprimé, aux archives du Vatican, hreï adressé aux intrus^ commençant par les mêmes mots et conçu dans les mêmes termes, mais dont on ne fit pas usage.

Venerabili Fratri loscplio. Archiepiscopo Corinthi PIVS PP. VII.

Venerahilis Fraler^ Saliitem et Apostolicam Benedicllonem

Post multos labores ac soUicitudines, tandem aliquando favente Dec ad exitum conventionis inter hanc Apostolicam Sedem, et Galliarum Gubernium initœ pervenimiis. Dabilur tandem per eam post tantas temporum perturbationes, et ecclesiasticas res in Gallia componere, et Catholicam Religionem iteriim ad pristiuam libertatem revocare, l'ienum tamen haud esset gaudium cordis Nostri, raultumque ad completam laetitiae jucunditatem deesset, si quis

hoc auspicatissirao tempore jungeudœ nobiscum unionis occasionem respueret, et beneficio reconciliationis uti recusaret, quod Nos omni paterni cordis effusione nitro universis offerimus, Pastoris summi charitatera imitantes cujus licet indigni, in terris vices gerimus. Eam ob causara aperire, Venerabilis Frater, hos tibi animi Nostri sensus constituimus, ut idem perte ab universis Archiepiscopis seu Episcopis, qui in Gallia absque Sedis Apostolicœ institutione Archiépiscopales seu Episcopales sedes occuparunt, plane cognosci possint. Tuum erit eos Nostro nomine liortari ut audiant has voces Nostras, quas expriniit a Nobis paterna charilas, flagransque desiderium, quo rapimur finem tandem aliquando omnibus dissentionibus imponendi, ac arctissimis charitatis vinculis omnes simul Nobiscum colligandi.

« Speramus fl) eos Iiaud recusatoros beneficio uti, quod Nos omnibus per te tanta oharitate, tantaquespiritus nostri mansuetudine offerimus. Festinent ii igitur, doceantqne Nos per suas lilteras se amantissiniis vocibus, ac paternis hortatibus Nostris excitatos, atque compulsos ad Catholicam Unitatem redire paralos esse. Plenam ipsi hujusmodi litteris ad nos dandis obedientiam, et submissionem profiteanlur Romano Pontifici ; Decretis Apostolicis ab hac Sancta Sede -super Ecclesiasticis Galliarum negociis editis sincero et obsequenti animo obtempèrent, statimque dimittant Archiépiscopales, seu Episcopales Sedes, quas absque Sedis Apostolicœ institutione occuparunt. Hoc ab eis postulat, hoc universa expectat Ecclesia, hoc ab iisdem spiritualis salus exigit. In hanc igitur curam pro tua prudentia etiam atque etiam in-

(1) Voici la pariante qui semble avoir été faite à Paris : « Ne suspicari quideni volumus eos libanti animo prccibus nostris aures non praebituros, atque hoc tam eximio bono, quod tanta benignitate, tantaque spirilus Nostri effusione nitro ipsis deferimus, frui ullo modo recusaturos. Festinent ii igitur, atque hortationibus Nostris aures praebeant, ad Catliolicaui uiiitatem rcdeuudo. Plenam corum singuli scriptis ad nos litteris obedientiam, et submissionem profiteantur Romano Pontifici, judiciis Sedis Apostolica super ecclesiasticis Galliarum negotiis emanatis sincero et obsequenti animo adhaerere, ac plane subjectos esse déclarent ; sedesque Archiépiscopales seu Episcopales, quas, absque Apostolicae Sedis institutione occuparunt statim abjiciant.

Hoc ab eis postulat, hoc universa expectat Ecclesia. In hanc igitur curam pro tua jirudentia etiam atque etiam incumbe, omnia studia adhibe ne per eos stet quominus hoc tantum opus confici possit. Illud eis persuade Nos eo amantius, benigniusque ad iinitatem rcdeuntes excepturos, et uberiora paternae Nostrae apostolicae charitatis testimonia iisdem esse daturos, quo promptiori animo hortatibus Nostris se conformabunt. Gravissi.mum sane vulnus cordi Nostro infligeretur, si vel unus ex iis palernis monitis Nostris repugnans obsequi recusaret de-, siderio Nostro.

cumbe, omnia studia adhibe ne per eosdem stet, quominus hoc tantum opus confici, quominus reconciliari perfecte Gallia, ac redire ad Catholicam Unitatem possit. lis Nostro nomine significabis. Nos eo amantius, benigniusque ad Nos redeuntes excepturos, eo uberiora paternae Nostras Apostolicae Charitatis testimonia iisdem esse daturos, quo promptiori animo hortalibus Nostris se conformabunt. >

Nos assiduis precibus Deum totius consolationis rogamus.ut exaudiat vota Nostra, quorum Nos tandem aliquando post tantas rerum perturbiitiones restituta Ecclesi.T tranqiillitate compotes speramus futures. Sperare hoc facit solemnis haec ipsa dies qua scribimus, dies letitiae, dies consolationis, qua sanctissima Dei Mater Angelis, Hominibusque exultantibus est in ccelum assumpta. Haec porro dies mémorise Dei Genitricis sacra, quam Gallia Patronam praecipuo amore colit, omen eorum gaudiorum est Nobis, quibus per intercessionem ejus ad Ecclesiae gloriam, ad Galliarum felicitatem, ad Nostram, orbisque terrarum tranquillilatem speramus esse potituros.A Deo igitur, atque a potentissima Virgine Ecclesiae, ac mortalium omnium apud eum Patrona omnia cœlestia auxilia apprecantes iis, quorum causa htec Tibi mandare judicavimus, Tibi ut ea exequi féliciter et cum Ecclesiae Gallicanae utilitate possis, Aposlolicam Benedictionem, tantorum honorum auspicem impertimur,

Datum Romae, apudSanclam Mariam Majorera, die XV augusti, M. D. CCCI, Pontificatus Nostri anno secundo.

pivs pp. VII (i;.

Cependant les brefs dont nous venons de parler adressés aux évêques légitimes et aux intrus, ne rencontrèient pas celte soumission docile et filiale qu'on aurait désirée dans les conjonctures difficiles, bien rares, et peut-être uniques dans les fastes de l'histoire de l'Eglise. On s'y attendait du reste, à Rome, et on savait auasi la raison d'une telle résistance. Les évêques légitimes,

(1) Arebiv. Vatic., Francia Appendice Epoca Napoleonica, vol. XXV ; le manuscrit, constamment conforme à l'exemplaire imprimé, a été mis par Mgr Di Pietro (ou par son secrétaire) dans le vol. XIV de la même série, où il se trouve encore.

CHAPirnE SEIZIEME

la plupart de ceux surtout qui étaient à Londres, se voyaient non seulement soutenus mais poussés à faire opposition par l'ancienne monarchie, représentée par le Comte de Provence, plus tard Louis XVIII; et la protection de la cour d'Angleterre contribuait nécessaireuient à les maintenir dans ce même esprit (1).

En eflfet les évê(}iies émigrés à Londres se réunirent le 18 et le 20 septembre [>our se concerter au sujet de la réponse à faire au Saint Père. Sur 18 membres de cette assemblée ou qui y adhéièrent plus tard, plus des deux tiers furent pour la résistance ; et au lieu de répondre chacun individuellement, comme les y engageait Mgr Erskine, agent du Saint Siège en Angleterre, ils rédigèrent une lettre collective, dans laquelle ils alléguaient les motifs qui les portaient à prendre du temps pour se décider : ce qui équivalait à un refus, d'après les termes du bref pontifical.

« Le bruit qu'ils ont fait, écrit Mgr Eiskine, aussitôt le bref reçu et la manière dont ils ont apprécié, même publiquement par la presse et les journaux, la démission qu'on leur demande, montre assez l'esprit de parti qui les anime, et dont il est bien difficile qu'ils reviennent (2) ».

(1) Voir Ricard, Correspondance de Maury. II, 117 — 170.

(2) Erskine à Gonsalvi, 29 septembre 1801 (Archiv Vatio). Qu'on remarque les paroles qu'adressait l'Archevêque de Narbonne à Louis XVIII, dans une lettre du 21 octobre : «... J'ai la présomption de penser que V, M. était bien convaincue d'avance que je ne souillerais pas mes cheveux blancs par une bassesse (aux Docum. Conco'd., IV, p. 97, note 2). » Les mêmes sentiments se font jour également dans la Réponse de quelques évêques de France au bref du 15 aoiil 1801 par lequel Sa Sainteté leur demande la démission de leurs sièges. Londres 1802. On en trouve une copie manuscrite aux Archives Vaticanes [Frauda Appendice Epoca Napoleonica, vol. I, Carton C) de 31 pages. Nous en citons quelques passages, qui donnent une idée suffisante du ton de ce manifeste :

« ... Il est du devoir d'un évèque de l'examiner (le bref), d'exposer les raisons, car enfin V. Sté est le Chef visible de l'Eglise, mais Elle n'en est pas le souverain Maître.

« Jésus-Christ qui établit votre puissance sur la terre, étublit aussi les évêques pour gouverner l'Eglise sous votre juridiction, il leur imposa des devoirs dont ils

Plus prompts et plus nombreux furent les évêques constitution* nels à envoyer leurs démissions; il y en eut quarante-neuf durant les mois de septembre et d'octobre. « Mais, dit Consalvi dans les renseignements qu'il donne à la Congrégation des cardinaux nommée pour les affaires de France, les évèques intrus, bien loin de se conformer aux prescriptions du Bref, se sont bornés à se démettre des sièges qu'ils occupaient, et à le faire dans les termes qu'on voit dans les exemplaires de leurs lettres adressées au Souverain Pontife.... »

Eu même temps que le bref Posi multos, Mgr Spina avait reçu en effet de Rome, pour être envoyée h ces évèques et souscrite par eux une Formule adressée à Mgr Spina, pour être par lui communiquée aux Evêques intrus, et employée par eux pour se démettre des Eglises qu ils occupaient, et faire profession d'obéis' sance au Pontife Romain, et de soumission aux jugements du Siège Apostolique.

EgoN. N.f qui Archiepiscopalem, seu Episcopalem Sedem N.N, absque Apostolicae Sedis institutione occupavi, profiteor ohedientiam et subniissionem Romano Pontifici^ atque declaro judiciis

ne peuvent être dispensés par votre puissance, et que la confiance en V. St<5ne peut les justifier d'abandonner..,

P. 17 « Mais, nous dit V. S^â ^vos démissions simultanées sont le seul moyen de conserver la religion en France. — Ti'ès Saint Père, le premier devoir d'un Pape est de conserver la loi de Dieu et celles de l'Eglise. Si Jésus-Christ eût voulu que ses vicaires pussent négoi;ier de sa loi, <;omme les princes négocient de leurs étals, il les eùtétiblis au-dessus des lois, mais il s'est contenté de les y soumettre. »

P. 21. « Il nous reste à prouver que jamais en aucun siècle, en aucun temps, pour aui^unes circonstances, les lois de Dieu et celles l'Eglise n'ont reconnu aux papes l'autorité que s'attribue V. Slé dans son bref du 15 août 1801. »

P. 30. « Nous ne croyons pas, Très Saint Pèie, poufoir vous donner les démissions de nos sièges é/iiscopaitx, jusqu'à ce que, instruits de vos motifs et containcus de la réalité des biens que vous en attendez, nous puissions alors en sûreté de conscience, nonpas en faire le sacrifice^mais nous délivrer du plus lourd des fardeaux . (Archiv, Vdtic, I. c.). »

Sedis ApostoUcae super ecelesiasticis Galliarum negotiis einanatis sincero et ohsequenti animo adhaerere ac plane subjectam esse ; atque supradictam Sedern Archiepiscopalem, seii Episcopalem N. N. ex nunc dimitio. En quorum etc. — Ego etc.

Cette formule cependant ne leur fut pas envoyée par Mgr Spina, qui se contenta d'envoyer une copie du bref à lui adressé à tous les évéques constitutionnels, à commencer par Royer, archevêque intrus de Paris, en l'accompagnant d'une lettre particulière.

Le Clergé Constitutionnel et le Gouvernement de la République

SOMMAIRE

I. Attitude des évêques constitutionnels devant l'invitation de Pie VII à se âOtimeltre aux décrets du S. Siège. Texte des réponses des Intrus Grégoire et Ro* yer au bref « Post mullos labores. » Le gouvernement se fait leur protecteur; façon timide et faible avec laquelle le card. Caprara s'est conduit dans cette affaire.

II. Transaction proposée par Rome au gouvernement français, pour l'exclusion des constitutionnels dans la nomination aux sièges épiscopaux: grave erreur que commet le premier Consul en n'y consentant pas.

III. Douloureuse impression ressentie à Rome pour les réponses de quelques évê» ques constitutionnels à l'invitation de renoncer à leurs sièges, et de se soumettre aux jugements du S. Siège.

IV. Pro-Memoria privé destiné au Card. Caprara, dans lequel lui sont tracées les règles doctrinales et pratiques, suivant lesquelles il doit exiger strictement certaines conditions déterminées, pour consentir à leur nomination aux sièges épiscopaux. Admirable travail composé par Mgr. Oi Pietro.

V. Déclaration que devront écrire et signer les constitutionnels nommés aux nouveaux sièges.

Se trouvant à Paris depuis plusieurs jours, et ayant déjà pris langue sur l'état des choses et des esprits, le Card. Caprara commença bientôt la dilHcile négociation pour la réconciliation du clergé constitutionnel. Il reçut donc lui-même la réponse au brel pontifical et à la lettre de Mgr Spina, par laquelle ces évêques devaient se soumettre aux décrets du S. Siège et renoncer

à leurs sièges qu'ils occupaient illégitimement. Voici comme le card. Légat en informait Consalvi, le 18 octobre 1801 :

« Une grande partie des évêques constitutionnels, c'est-à-dire 47 comme il résulte de la Liste ci-incluse, ont donné jusqu'ici par écrit leur démission des Sièges Episcopaux qu'ils occupaient et accompagnant cet écrit d'une Lettre à mon adresse, m'ont prié de présenter leur démission h sa Sainteté. J'ai répondu à chacun en ces termes précis : J'ai reçii^ Monsieur, le papier que cous avez joint à la vôtre datée du. .. coarard. Je m empresse de Vous assurer, que f en ferai l'usage convenable, en attendant que j'aie l'honneur d'être...

« Par les deux copies des susdites démissions, que je remets à V. E., Elle s'apercevra que les dits Constitutionnels ne se sont nullement conformés à ce que le S. Père avec tant de douceur et de clémence, leur recommandait dans le Bref que Mgr Spina leur a fait parvenir; et que, en outre d'avoir dit ce qui n'était aucunement nécessaire, ils se sont même servis, pour le dire, de tournures du plus clair jansénisme. »

Il est nécessaire de rapporter ici entièrement la formule de soumission que Royer, intrus au siège archiépiscopal de Paris, envoya au Légat, ainsi que celle du fameux Grégoire, qui se disait évêque de Blois. Elles furent envoyées par Caprara avec l'indication A et B, et là ensuite imprimées afin d'être distribuées aux cardinaux de la congrégation pour les affaires ecclésiastiques de France. Celle de Royer portece titre :

Formule employée par quelques Evêques Constitutionnels pour se démettre des Eglises qu'ils avaient occupées.

A Notre Saint Père le Pape Pie VII.

Très Saint Père, Il n'est ni sacrifices, ni démarches, ni privations qui coûtent au Cœur d'uu Evêque, quand le bien de la religion et l'amour de la paix l'exigent.

Pénétré de ces religieux sentiments, je déclare donner librement, purement et simplement la démission de mon Siège de Grenoble.

Je voue à Votre Sainteté, comme successeur légitime de Saint Pierre, obéissance et soumission, conformément aux canons, et aux Saints décrets de l'Eglise. J'adhère à la convention relative aux affaires ecclésiastiques de France et aux principes que votre Sainteté et le gouvernement y ont consacrés.

Ma foi est celle des Apôtres : je veux vivre, et mourir dans le sein de l'Eglise Catholique^ Apostolique et Romaine, et dans la Communion du S. Siège centre de l'unité.

Tels sont ef ont toujours été mes sentiments, mes principes, et mes vœux, Je prie Votre Sainteté d'en agréer le témoignage, et d'y joindre sa bénédicdiction Apostolique.

Paris, 12 Octobre 1801.

Henri Reymond, évêque.

Autre formule employée dans les démissions de quelques és'êques Constitutionnels..

A Notre Saint Père le Pape Pie VII.

Très Saint Père,

Il n'est ni sacrifices, ni démarches, ni privations qui coûtent au cœur d'un Evêque, quand l'amour de la religion et le bien de la paix l'exigent.

Dans ces sentiments nous déclarons avoir donné à l'exemple de plusieurs saints Prélats volontairement, librement, spontanément la démission pure et simple de nos Sièges où nous sommes montés^ il y 'i plus de dix ans sans aucune opposition canonique, et dans l'unique but de subvenir aux besoins pressants des Eglises qui ne pouvaient rester sans pasteurs.

Quoiqu'appelés par une élection libre, nous n'avons consenti qu'avec une extrême répugnance à nous laisser imposer le redoutable fardeau de l'Episcopat, et à recevoir l'ordination sainte, mais c'est avec joie que nous voyons arrivé le moment, où il noua est donné de pouvoir quitter nos places sans compromettre les intérêts de la religion, ni ceux de la République.

Soumis dans tous les temps au chef visible de l'Eglise, nous vouons à Votre Sainteté, comme Successeur de S. Pierre, toute l'obéissance que nous imposent lés Saints Canons.

Péaélrés de reconnaissance pour l'intérêt que le Premier Pontife prend à pacifier les dissensions religieuses, nous concevons la douce espérance que l'arrangement concerté entre V. Sainteté et le Gouvernement Français relativement aux affaires ecclésiastiques terminera toutes les dissensions, et nous ferons tous nos efforts pour que la religion et la patrie en recueillent les plus grands avantages.

Notre foi fut toujours celle des Apôtres, à laquelle Dieu nous a fait grâce de rendre témoignage, même à la vue de l'échafaud. Notre résolution fut toujours de vivre et de mourir dans le sein de l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, et dans la communion du S. Siège centre de l'Unité.

Tels sont nos sentiments, nos principes et nos vœux.

Nous prions Votre Sainteté d'en agréer le témoignage, et de nous accorder sa bénédiction Apostolique.

F. H. Moïse, ancien Evêque de S. Claude. H. Grégoire, ancien Evêque de Blois.

J'atteste que le Rév. Michel Joseph du Fraisse, Evêque Métropolitain de Bourges, m'a chargé aussi d'annoncer sa démission.

H. Grégoire, ancien Evêque de Blois.

Paris, le 10 octobre 1801 de J. C, le 2 Vendémiaire, an 10 de la République Française.

Nous avons tout intérêt historique à savoir la conduite tenue par le card. Gaprara devant la systématique, froide, persévérante obstination de ces évêques schismaliques, qui, après avoir méprisé les avertissements et la comdamnation de Pie VI, sous le voile de l'orthodoxie dogmatique rejetaient maintenant, en subtils jansénistes, l'invitation du Souverain Pontife Pie VII. La pacification religieuse de leur pays, ils y concouraient certainement en faisant reconnaître et même ratifier publiquement par le Pape lui-même la pureté de leur conduite passée, c'est-à-dire en donnant un démenti public aux documents doctrinaux et solennels du Pontife son prédécesseur !

Le lecteur remarquera la manière quelque peu embarrassée^ pour ne pas dire timide, avec laquelle Gaprara raconte tout ce qu'il dit et fit pour ramener ces obstinés à l'unité avec le Chef de

LE CLERGE CONSTII UTIONNeL Et LA REPUBLIQUE FRANÇAISE 385

l'Eglise, dont ils vivaient séparés depuis si longtemps. Voici ses paroles dans la lettre déjà citée :

«... 11 y a encore ici les Evêques qui ont participé au prétendu Concile national. Le plus grand nombre, ou même tous, je crois, soit en compagnie, soit individuellement, sont venus me trouver; et m'ayant, en paroles, manifesté les sentiments de la plus parfaite oilliodoxie, je leur ai dit que j'étais bien aise d'apprendre qu'ils nourrissaient de tels sentiments, mais qu'on verrait à leurs œuvres si leurs paroles était sincères. Que le premier pas d'une conduite vraiment catholique devait être de se soumettre humble* ment aux sentences du Pape, du Vicaire de Jésus-Christ, et que 1 un des principaux indices de ces dispositions était d'adhérer exactement à tout ce qui leur était suggéré dans le bi-ef qu'au nom et de la part de Sa Sainteté leur avait communiqué Mgr l'Archev. de Corinthe, chose que, à dire vrai, je ne trouvais pas dans certaines formules de démission qui m'avaient été adressées pour que je les présente au Saint-Père.

« A un discours de cette nature, ils me demandèrent d'un commun accord que je leur lisse voir une de ces formules ; et jiaragiaphe par paragraphe, ils voulurent en rendre raison, et justiiler leurs expressions. Et, d'abord, ils s'appliquèrent à me faire entendre qu'il fallait interpréter simplement et dans un sens catholique l'expression « Conformément aux Canons et aux saints décrets de l'Eglise. En second lieu, au sujet du paragraphe : J'adhère à la convention relative aux affaires ecclésiastiques y au lieu de dire : aux jugements du S- Siège, ils prétendirent avoir cru qu'il en avait été parlé dans la dite convention. Quant à l'endroit : Mafai est celle des Apôtres, ils affirmèrent que ce mode d'exprimer leur démission leur avait été donné par le Conseiller Portails au nom et par ordre du gouvernement; et même quelques-uns ajoutèrent qu'ils avaient pensé que cette formule avait été concertée avec moi,

« A des raisons si piètres et si sj)écieuses, je répétai ce que je leur avais, dit au commencement ; et leur ayant demandé comment ils avaient pu en consr cience occuper et garder des Sièges épiscopaux sans institution Canonique aucune, et même du vivant des Evoques légitimes, ils répondirent qu'ils y avaient été forcés par le Gouvernement ; qu'ils avaient déclaré être prêts à restituer le siège à l'évèque légitime, et qu'enfin ils croyaient avoir ainsi empêché les peuples de perdre entièrement la religion, pour laquelle ils avaient tant souffert, même la prison et toute sorte de persécutions.

« Après cela, je crus qu'il valait mieux me taire; ils me parurent persua-

RiNiERi— La Diplomatie Pontificale au. XIX siècle. — Tome I. 25

dés qu'en agissant ainsi ils faisaient cause commune avec la Nation, comme m'en avait déjà averti le Premier Cousul, près duquel ne manquent pas des gens qui, en leur faveur, jettent feu et flamme, ne pouvant absolument avaler ces expressions : Plenam eoi uni singuli scriptis ad nos Litteris ohedientiain, et siihmissionem profite antur Romano Pontifici, judtciis Sedis Apostolica super ecclesiasticis Galliarum negotiis enianatis etc.. rapportées dans le Bref spécial pour eux, parce qu'ils cherchèrent à leur donner une extension et une interprétation bien différente du sens de ces paroles, ainsi que j'eus lieu d'en être convaincu, et dans l'audience du Premier Consul, et dans la discussion avec le conseiller Portalis avec lequel, comme je l'ai dit, nous ne pûmes nous mettre d'accord (1). »

De tout ce qui est rapporté dans cette lettre du Légat pontifical, et de tout ce qui avait été concerté en haut lieu, dans le but de régler d'une façon uniforme la conduite des constitutionnels, résulte un fait d'une gravité singulière, qui a échappé à la vigilance de Caprara : du moins dans ses lettres on n'en voit aucune trace. C'est que cette réponse donnée avec ensemble par tous les évèques intrus avait été dictée par le gouvernement lui-même. Ce qui signifie que \e gouvernement français lui-même détourna ces évêques dissidents d'opérer leur réconciliation avec le Chef de l'Eglise; que cela fut cause qu'ils ne se soumirent pas pleinement aux dispositions et aux exigences fraternellement exprimées par Pie VII ; qi:'en travaillant d'une main à la pacification des esprits, de l'autre main il maintenait les germes d'une scission vieille de plus d'un siècle, laquelle, notons-le bien, avait été la première source des maux qui ensanglantèrent la France.

La vérité d'un pareil fait se tire de l'uniformité, observée par tous les intrus dans la formule qui fut présentée au Légat, et dans les paroles proférées devant lui, comme on l'a vu dans la lettre du cardinal. Mais cette conclusion devient certitude, quand on sait que le conseiller Portalis, nommé ministre pour les affai-

(Ij Archiv, Valic.j Frauda, Appendice Epoca Napoleonica, toI XXV.

LE CLEJIGE CONSTITÙT(ONNËL Et LA. KEPUBLIQUE FRANÇAISE

res eccicsiiistiqiies, le déclare ouveilement clans un rapport au Premier Consul, daté du 14 octobre, où, après avoir annoncé que le nombre des démissions jusf[u'à ce jour était le 61, il ajoute : «Je joins également copie de la formule de démission, que l^avais rédigée après de loiirj^ues conférences, et qui a concilié tous les esprits.. (1) »

Nous avons dit, en outre, que ce fait si grave a échappé au card.Caprara : nous devons ajouter que le bon Cardinal se laissa payer de balivernes par le ministre du Premier Consul. Voici comme il en parle dans la lettre déjà citée : « Ils ont trouvé aide et encouragement [dans leur résistance)', ils ont dit que la formule de démission leur avait été donnée par le Conseiller Porta-' lis ,' de quoi d'ailleurs celui-ci ne convient pas pleinement. A mou humble avis, quelqu'un des Evèques a imaginé et rédigé la formule en question : il l'aura faite voir h M. le Conseiller, et lui, sans s'occuper, comme il est naturel, d'une chose qui les regarde uniquement, aura répondu qu'il lui semblait quelle allait bien. » (2)

(1) Suit la formule, Ielle qu'elle sortit de la plume de Portails, et la même que Celle donnée plus haut, sauf les quelques mots écrits en italique {Doctim. Concord., JV, n. 9J5).

Portails (Jein-Etienne-Marie baron) était un ancien magistrat du Parlement d'Aix ('I7'i5-1807), partisan de l'ancien régime qu'il avait défendu au barreau d'Aix contre Mirabeau, et contre les cruelles hvpocrisies du Directoire. A peine revenu de l'exil auquel avaient été condamnés tous les hommes de sa trempe, il fut choisi pas Bonaparte comme Directeur des affaires ecclésiastiques. Il était resté fidèle aux vieilles croyances religieuses, mais fortattacbé aus^i aux maximes gallicanes, et même au jansénisme. Avec cela il était faible de caractère, ce qui en fit un instrument souple et docile aux volontés et aux projets du nouveau souverain de la France : il a offert chez ce peuple le premier exemple, mais non le dernier 1 d'un laïque chargé de la Direction des choses et du personnel ecclésiastique [ce qui est une absurdilé) . Autant son œuvre, comme nous le verrons, a été utile et large de faveurs à l'égard des sectes protestantes, autant elle a été préjudiciable à une restauration complète de la religion catholique dans la catholique France.

(2) C'est toujours le mùtne système ; l'Elat se mêlant de tout, donnant à son clergé des formules toutes faites, dispensant ses fidèles de rétracter les erreurs et les fautes; l'Etat réglant le temporel, réglant le spirituel et dirigeant, les cens-

Voilà ce que dit le légat pontifical, qui ne parait pas avoir déployé toutes les forces dont il était capable, et auprès du gouvernement et auprès des évêques constitutionnels, afin d'étouffer et de détruire, en ce premier moment, le plus décisif, ces germes anciens et tenaces de mésintelligence qui éloignaient de Rome l'Eglise gallicane, ce poison subtil et violent du jansénisme qui couvait dans son sein. Il est fort probable que si le réprésentant pontifical s'était démené un peu, avait agi énergiquement, par menaces, par manières douces, et ft\it valoir les mille raisons d'une cause aussi sainte et aussi avantageuse même pour eux, il aurait porté le gouvernement et les évêques à trancher alors ( la circonstance était propice), la racine même de ce mauvais esprit et de ce désordre religieux. Certainement la plus grande partie des évêques s'y serait conformée ; seuls quelques dissidents auraient porté et enseveli avec eux dans la tombe une opposition inutile et sans effet ; le gouvernement surtout y avait tout à gagner.

Mais pour cela il aurait fallu que le nouveau gouvernement républicain eût montré envers le Pape et la religion des sentiments vraiment sincères, désintéressés, libres au moins de ces préjugés qu'on a tort de décorer du nom de maximes nationales, dans la grande œuvre de la pacification de la France. Mais il n'en fut pas ainsi : Portails, Talleyrand, l'abbé Dernier lui-même, pour ne pas parler des évêques constitutionnels, portaient dans l'âme les maximes gallicanes et jansénistes dont ils avaient été

ciences, ayant l'œil et la main à tout... excepté à ce qui le regarde essentielle" ment et à ce qui est de sa vraie compétence. Compétence ! on ne comprend plus le sens de ce mot ! Leur idéal du clerg-é et du prêtre, ce doit être le i>ope russe sous la férule du Czar ! Ke distnt-ils pas comme l'ancien maire de Paris en 1791, le fameux Bailly : « Messieurs, quand la loi parle, la conscience doit se taire » ! Quand donc serons-nous débarrassés du monstrueux fétiche du DIEU-ETAT ?

ijrad.)

imbiis dans leur jeunesse, qui s'y étaient inaintenues et fortifiées au milieu des agitations de cette époque par le sentiment mal compris de nationalité. On regardait donc comme palladium du clergé national cette formule des quatre articles issus en 1682 de la fameuse et peu théologique assemblée de Paris. Ces articles qui, au point de vue doctrinal, n'ont aucune valeur, signifiaient, d'un côté, la rébellion contre l'autorité du Pape, et de l'autre, la servitude du cleigé à l'égard du gouvernement : toutes les lois sur le clergé faites par les assemblées de 1790 et 1791 étaient autant de rejetons pullulant du tronc des quatre articles : et penser qu'un Bossuet en fut l'auteur ! C'est pourquoi le gouvernement consulaire s'employa de tout son zèle à soutenir contre les exigences de -Pie VII ces évêques constitutionnels, gardiens jaloux des sacro-saintes maximes.

Ce fut là une très grave erreur que laissa commettre le Premier Consul, s'il n'en fut pas le propre instigateur : c'est-à-dire qu'il voulut empêcher la complète soumission des intrus aux décrets du S. Siège, et en outre exiger la nomination de (j^uelqnes-uns d'entre eux comme éi>êques. Il est vrai (jue ces évêques et prêtres intrus avaient servi la république et la révolution ; il est vrai qu'ils étaient encore influents auprès des sectes qut n'avaient pas entièrement disparu , il est vrai également que le nouveau gouvernement leur devait certains égards. Mais il est encore plus vrai que, si Bonaparte ne les avait pas soutenus, toutes les prétentions et les cris des Grégoire et des Rover auraient été réduits au silence ; comme il est surtout plus vrai, que le bien général exigeait un renouvellement profond des personnes et des choses, si on voulait asseoir la pacification nationale sur des bases sûres et inébranlables.

Voilà ce que vit le bon sens romain^ ce que comprit à merveille Pie VII, ce que conseilla instamment et énergiquement le card. Consalvi, jusqu'à offrir, au sujet des nominations épiscopales, une transaction entre la France et Rome, qui, comme nous

allons le voir, aurait résolu en toute justice cette épineuse question, et aplani les difficultés à la satisfaction de tous. Mais Bonaparte voulut ici faire le premier essai dans la voie de l'arbitraire et de la prépotence, qui mettaient l'amour-propre et l'égoïste satisfaction personnelle au dessus du bien général de la France; or ce bien général, chez les nations catholiques comme est la France, ne peut se séparer de l'avantage, ou, ce qui est la même chose, de la libre influence de l'Eglise et de la religion catholique.

L'oppositon des anciens évêques, émigrés en Angleterre, auxquels il f;uit ajouter ceux qui étaient en Allemagne, en Espagne, et en Italie, mettait le S. Siège dans de grandes angoisses. « Je dois dire h V. Emce, écrivait Consalvi au card. Caprara (11 novembre 1801), que les nouvelles qu'on a des évêques résidant en Allemagne... sur les dispositions qu ils manifestent,c'est que, à l'exception d'un très petit nombre qiii donneront leur démission, tous les autres feront cause commune avec les opposants de Londres. On risque ainsi d'avoir une importante masse de trente ou quarante évêques qui formeront un vrai schisme, d'autant plus dangereux que celui des intrus, qu'il aura pour lui la bonne opinion qu'une grande partie des catholiques français gardera desdits évêques dans leurs diocèses.» Recourant aux libertés gallicanes, auxquelles ils tiennent beaucoup, ils seconderont l'appel que ces évêques feront « au futur concile, ou du Pape mal informé au Pape bien informé... Et il se fera en France une grande scission.,, et on n'obtiendra pas cette entière tranquillité et cette union, qui a été le but des décisions du Premier Consul. »

Mais une autre considération mettait le S. Siège dans un sérieux embarras, dont le card. Goiisaivi exposait toute la gravité au [jégat pontifical. Je veux dire l'arguuieut dont se servaient les évêques légitimes pour justi fier leur lésistance : « Ils disent que le Gouvernement français veut leur donner pour successeurs des prêtres intrus, qui pour eux sont des loups et non des pasteurs.»

LE CLEnCÉ CONSTITUTIONNEL ET LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 391

Voila la cause de leur ainerluiue, de leur profoud chagriu : voir leurs sièges occupés par des' prévaricateurs (Iji, C'est pourquoi ajoute Gousalvi, le S. P. veut que votre Eince fasse bien connaître et examiner tout ceci au Premier Consul, et lui démontre la nécessité de ne nommer aucun intrus, quand même il donnerait des signes de retour à la communion avec le S. Siège... Le bien de la ,France et de la religion exige en cette cir(;onstance cette mesure, le Premier Con'^ul pouvant, s'il le veut, faire du bien aux èi'éques constitutionnels de mille autres manières^ sans nuire à l'œuç're de réunion et de tranquillité...

C'est ainsi que le Pontife de Rome avait à cœur le vrai bien de la France ; mais, malheureusement pour la France, Bonaparte entendait ce bien d'une facon différente. Le S. Siège en vint même à proposer cette espèce de transaction qui aurait tout sauvé, et écarté aussi bien les oppositions et le mécontentement des uns, que les murmures outrageants et les critiques des autres.

«Le Pape, ajoute le card. Gousalvi, etî arrive à dire que, dans le cas oli le Premier Consul {>oudrait absolument les traiter tous sur le même pied d'égalité, il y a moins de mal' à ne réélire aucun des èi'éques légitimes (quoique le S. P. ne laisse pas de voir là aussi des épines, le sue spine) que d'élire aucun des intrus. » (2)

(1) «... Le point de défense le plus solide, sur lequel s'appuient tous les opposants, c'est qu'on va leur donner pour successeurs les constitutionnels, et que ceux-ci soient traités avec tant de faveur. Vous ne s juriez croire tout ce que, dans ce sens, les évêques écrivent au Pape, et ce qui s'imprime dans les feuilles publiques. Pour ce seul motif on court risque d'avoir trente ou quarante évêques opposants. . . »

(2) Gonsalvi à Gaprara, 11 novembre 1801 (Archiv. vatic ; Docum, Concord. IV n. 966). Cacault, ministre français à Rome, conseillait, suggérait au moins de prendre le même parti, quand il écrivait (2 décembre 1801) à Portails, préposé aux affaires du culte : « Le Pape me paraît croire, qu'il vaudrait mieux que le premier Consul, dans ses pi'einières nominations, ne cboisit aucun des anciens évoques ni aucun des constitutionnels, plutôt que d'en placer de l'un et de l'autre parti. » Et il déclare que ce qui a été fait par rapport aux préfets choisis dans les divers partis et opinions ne peut s'appliquer aux évêques, parce que « en ma-

392 CHAPITHB DIX-SEPTIÈME

Et dans une autre lettre : « Si le Premier Consul ne nommait aucun éçêqne coiistitutionnel [tn ne nommant non plus aucun des évêques légitimes, s'il croyait nécessaire de les traiter de la même manière, le S. Père dit quon verrait cesser en un instant toute Vopposition des susdits éi>êques titulaires (à la réserve tout au plus de cinq, ou de six, ou de sept) et on y gagnerait un immense avantage, on s'épargnerait un schisme, qui peut être fatal à l'Eglise et à la paix intérieure de la France — (1) »

A parler sincèrement, on ne peut imaginer des raisons plus fortes ni exprimées avec plus de clarté ou meilleure bonne foi. Et on les recommandait d'une manière particulière à l'attention et au zèle du card. Caprara : « V. Emce, lui disait Consalvi dans la lettre déjà citée, fera connaître encore ces raisons... qui ont aussi une grande valeur. Tel est l'ordre que je reçois de Sa Sain, teté. »

Mais le sort en était jeté. Nous verrons bientôt, que le Premier Consul voulut impérieusement, entre autres choses qu'il imposa au Légat par ruse ou violence, la nomination de pbisieurs constitutionnels, avec menace de rupture entière en cas d'opposition de la part de Rome. Cet ordre, il le combina d'abord lui-même, aidé de ces ministres subalternes (2) qui l'entouraientjet il l'exécuta ensuite avec une bravoure digne d'une meilleure cause et d'adversaires plus intrépides que n'était le cardinal Légat : cependant comme nous le remarquerons de plus en plus, celui-ci,

tière de religion on ne connaît que l'unité... » D'Haussonville, L'Eglise r»niaine et le premier empire, I, 163; Docum. Concord., [V, 253.

(-1) Gonsalvi à Caprara, 1 décembre 1801 (Archiv. Vatic, ; Docum, Goncord.. IV. n. 1000.

(2) M. d'HaussonVille, (ouvr. cité, p. 157) dit fort justement de Portails : « Avec l'esprit d'un sage, il avait l'âme d'un sul)alterne. » Nous trouvons cependant qu'au oh. XVI, p. 36Ì . t suiv., cet auteur a pour Portalis, pour « son babileté, son infinie délicatesse » académique et diplomatique, et son a accent tout à fait chrétien » une admiration par trap exagérée, aux dépens du Pape Pie \H\{Trad.)

avec les meilleures intentions du monde, en présence de Bonaparte et de son ministre Portalis, avait l'air de ne remplir d'autre rôle que celui d'exécuter les ordres que lui transmettait ou imposait la chancellerie de Bonaparte.

Mais avant de raconter ce nouveau trait de supercherie consulaire il est nécessaire d'exposer aux lecteurs, d'une manière à la fois pré(;ise et détaillée, quel cas on faisait à Rome de ces évêques constitutionnels, que le gouvernement voulait h tout prix mettre sur le chandelier des nouvelles Eglises pour les illuminer ! 'et montrer en même temps quelle était l'altitude du Saint-Siège devant l'audace dont faisaient preuve les constitutionnels dans leurs lettres de fv^inte soumission, et en face de la folle prétention du Premier Consul de vouloir justifier devant le monde l'acte par lequel ce clergé, jurant d'observer des lois spoliatrices de l'Eglise et injurieuses h son Chef, s'était jeté dans la voie du schisme.

Les lettres par lesquelles les évêques constitutionnels avaient témoigné leur soumission, de la manière prescrite par le gouvernement, comme nous l'avons vu un peu plus haut, n'avaient pas tardé à arriver à Rome. Depuis des siècles on connaît, à Rome, l'opiniâtreté des hérétiques ; depuis des siècles on y connaît la tactique suivie par les gouvernements qui, prenant la défense des erreurs et des errants en matière religieuse, ont donné cours au schisme, et l'ont soutenu et imposé aux peuples* par la violence et par le sang ; sans les princes électeurs allemands dans les trente premières années du seizième siècle, sans l'œuvre aussi néfaste d'Henri Vili et d'Elisabeth en Angleterre, les peuples Anglo-Saxons n'auraient jamais abandonné la foi de leurs pères et des saints de leur nation, pour se faire les partisans d'un moine oerdu de mœurs !

394 CHAPITRE DIXSEPTIKME

Si donc le cœur du souverain pontife Pie VII éprouva une amère douleur en voyant l'obstination de ces évèques auxquels il ouvrait les bras, il fut encore plus péniblement surpris de la prétention autoritaire du Premier Consul qui voulait les voir intronisés sur les sièges des nouveaux diocèses. Confier à la conduite de pasteurs que l'Eglise Romaine regardait comme schismatiques, le soin et la garde des peuples, eût été une vraie extravagance à laquelle le pape ne se serait jamais assujetti ; le gouvernement français non plus ne le voulait pas, et il l'avait fait clairement entendre. Il fallait donc, pour que ces évê(|ues pussent recevoir l'institution canonique du Pape, renoncer à la dépouille schismatique et revêtir les insignes épiscopaux, mais brillants et purs de toute tache aux yeux du Chef de l'Eglise et des peuples chrétiens. Le gouvernement français, lui aussi, était d'accord sur le principe : mais il n'en fut plus de même quand il fut question de la manière pratique d'appliquer le principe. Le Premier Consul, Portalis, ministre des cultes, et jusqu'à un certain point aussi l'abbé Dernier qui devint ensuite évêque, ne voulurent ou du moins ne demandèrent d'autre rétractation d'erreurs^ni d'autre soumission aux décrets du S. Siège que \a pure et simple accepta^ tion du Concordat.

Sous quelle forme une pareille notification, ou plutôt ce commandement devait être intimé par le Premier Consul au card. Caprara,et par lui au S. Siège nous le verrons bientôt. Nous anticipons ici un peu sur la rigoureuse chronologie des faits pour faire connaître les sentiments du S. Siège relativement à ces évèques,qui, par leurs lettres en réponse au bref pontifical, s'étaient montrés indignes de la haute dignité episcopale; et les conditions expresses et formelles moyennant lesquelles le Pape, mis dans l'alternative de tout ruiner ou de seconder les volontés du tout puissant Bonaparte,consentirait à leur donner les bulles de l'institution canonique.

Dans la multitude des documents qui se rapportent à ce point,

LE CLERGÉ CONSTITUTIONNEL ET Là REPUBLIQUE FRANÇAISE 395

et dont une grande partie a été récemment publiée, j'en choisis un qui est encore inédit (1), à cause de son importance singulière.

Il fut composé par Monseigneur di Pietro, corrigé et apostille par le card. Consalvi, après les décisions prises par la congrégation des cardinaux réunis entre le 20 et le 25 novembre, et, par ordre du S. Père, envoyé à Paris au card. Légat, pour lui servir de di/'cctiJ ire particulier dans cette affaire aussi délicate qu'importante pour la religion et l'utilité publique du peuple français.

L'usage spécial auquel un tel document était destiné, la réfutation qui y est faite des maximes mêmes des évêques jureurs et intrus, la manière dont y sont démasqués leurs projets soigneusement déguisés dans leurs réponses au bref du Pape, la preuve de leur hérésie dans les efforts qu'ils font pour méconnaître le primat apostolique du Chef de l'Eglise, l'apologie des condamnations fulminées contre eux par Pie VI, et enfin la justesse et l'équité des conditions requises par le Pape, pour qu'ils soient institués légitimes évêques, tels sont les motifs qui me portent à donner dans son intégrité cette exposition magistrale. Il a pour titre.

Pro-Mémoire privé pour M. le Cardinal Légat. De sièges épiscopaux à donner aux Constitutionnels, il n'en fut pas question dans la comention.

(1) Il a échappé à tous ceux qui ont traité cette matière. Boulay de la Meurthé lui-même se contente d'en donner une idée fugitive dans une note {Docrtm. Concord. IV, 332), où il parle de trois annexes ou additions aux instructions envoyées à Caprera (1 décembre 1801). Il se peut qu'aux archives de Paris (Cultes, Archives de Caprara) ce document soit divisé en trois parties. Cependant à cause de la partie doctrinale qu'il contient, et de sa destination à servir de règ-le privée ou de ligne de conduite au card. Caprara, son importance dépasse celle des autres instructions envoyées çn même tepaps <jue ce document, et qui pouvaient être montrées.

Il est très important que M. le Cardinal Légat soit bien instruit des raisons qu'a eues Sa Sainteté de spécifier les conditions à exiger pour le cas où il faudrait donner l'institution canonique à quelque évoque constitutionnel, nommé à quelque église par le Premier Consul,

Durant toute la longue négociation qui a eu lieu à Paris pour le rétablissement de la Religion en France, jamais il n'a été question d'installer dans quelque Eglise un Evêque Constitutionnel (1). La Convention fut conclue et signée le 15 Juillet par les Plénipotentaires, et ratifiée ensuite par Sa Sainteté. L'article IV détermine que la nomination aux Eglises appartient au Premier Consul, et que l'institution canonique sera donnée par le S. P., suivant les formes établies par rapport à la France avant le changement du Gouvernement: dans cet article, pas plus que dans toute la Convention, on ne parle de Constitutionnels (2). Le Pape avait donc toutes les raisons pour croire que la justice et la bonne foi du Premier Consul lui auraient ôté même la pensée d'en présenter un seul pour être promu à une Eglise, et bien moins encore auraient obligé le P^pe à lui donner l'institution. Les formes établies en France avant le changement du Gouvernement étaient que le Nonce de Paris ferait une enquête régulière, d'où devait résulter non seulement l'orthodoxie du sujet nommé par qui en avait alors le droit, mais encore la bonté des mœurs et la parfaite union avee le Saint-Siège. En s'en tenant donc littéralement au Concordat, Sa Sainteté pouvait être certaine qu'on ne penserait jamais à nommer un Evêque Constitutionnel.

Il devait en trouver une autre assurance dans la lettre qui lui avait été écrite l'année précédente par M. le Cardinal de Martiniana, pour l'inviter au nom du Consul à traiter de la réconciliation ; or, l'un des points propo.

(1) Sur ces paroles, B. delà Meurthe fait remarquer qu'elles sont peu exacles : « le mémoire commence par affirmer,., (ce que nous avons écrit en italique), ce qui est peu exact {Docuni. Concord., IV, 332, note). » S'il est vrai qu'une négocia, tion est terminée à partir du moment où elle a été conclue et signée, tout ce qu'affirme ici Consalvi doit être nécessairement exact. En effet le Premier Consul ne parla de vouloir pour evêque aucun constitutionnel que le 16 Juillet 1801, c. à. d, le lendemain de la conclusion et de la signature de la convention. Si bien que Joseph Bonaparte, en traitant ce jour-là avec Gonsalvi, déclara que s'il avait su qu'on excluait les intrus, il n'aurait jamais signé le Concordat. L'affirmation de Gonsalvi est entièrement exacte. Il est vrai que Bonaparte avait manifesté quelque désir ou velléité de nonimer des intrus, dès le mois de janvier 1801. Mais les représentations de Spina, et même de Bernier l'en dissuadèrent, et on n'en parla plus

(2) Nouvelle confirmation de ce qu'il avait déjà dit.

ses par lui même était de mettre de côté tout-à-fait les Evêques Constitutionnels. Devant une proposition aussi propre à faciliter l'affaire, le Souverain Pontife se décida aussitôt à envoyer à Verceil l'Archevêque de Corinthe, en qualité d'Ablégat, et même à le faire aller à Paris.

Les Constitutionnels n'ont pas répondu à l'im'itation du S. Père : on examine leurs réponses, et on prout'e théologiquenient qu'elles sont entachées d'hérésie.

Malgré cela, et après la signature de la Convention, le susdit Consul ayant exprimé le désir de faire cesser les divisions et de ramener les dits Evêques à l'unité Catholique en leur faisant quitter les Eglises qu'ils occupaient sans institution canonique, le S. Père y consentit tout de suite et leur écrivit pour les y engager. 11 faut bien noter qu'il n'était question que de réconcilier, de réunir au centre de l'unité ces membres séparés, de ramener au bercail ces brebis errantes.

Rien n'était plus conforme aux désirs paternels d'un Pontife qui aime tant la paix. Il écrivit donc aussitôt un Bref à Monseigneur l'Archevêque de Corinthe, et lui prescrivit d'inviter tous ces Evêques qui n'étaient pas en communion avec lui à revenir à l'union Catholique ; et, pour leur faciliter ce retour, il leur imposa les conditions les plus douces et les plus bénignes. Mais il s'agissait d'une simple et pure réconciliation, d'une réunion au centre de l'unité, d'un retour au bercail, et pour les y ramener et les sauver, à l'exemple du bon Pasteur, le Saint Père aurait volontiers porté sur ses épaules cette portion de son troupeau. Ces Evêques ont-ils obéi, ont-ils répondu à l'invitation, ont-ils rempli les conditions qui leur avaient été marquées dans le Bref à Mgr l'Archevêque de Corinthe ? Non certainement ; ils ont plutôt désobéi, et ont accompagné leur désobéissance de l'obstination dans leurs erreurs. Pour le montrer, il n'y a qu'à analyser les deux lettres qu'ils ont écrites au S. Père, à la date des 10 et 12 octobre dernier.

La seconde, qu'a souscrite Grégoire, est encore plus audacieuse que la première.

Le commencement est le même dans les deux, et pourrait très bien convenir dans la bouche d'un Evêque légitime, pour lequel il n'y a aucun sacri' fice ni privation qui coûte à fou cœur, quand le bien de la religion le demande. Les Constitutionnels ne renoncent donc pas à leurs églises parce qu'ils les ont occupées illégitimement, ni parce qu'ils sont obligés de le faire pour ne pas persévérer dans leur scandaleuse intrusion, ni parce que le Pape le leur a commandé, mais uniquement pour le bien de la Religion et pour l'amour de la paix, de la même manière que fit S. Grégoire de Nazianze en abandouaaut l'Eglise de Constanlinople, et comme ont fait et feront à leur

398 CHAPITRE DlX-SEPTlftME

honneur les Evèqnes légitimes de France. C'est à eux, semble-t-il, que se rapporte l'expression de la Lettre du 10 octobre où il est dit qu'on renonce à telle Eglise à l'exemple de plusieurs Saints Prélats.

Les deux lettres déclarent ensuite que cette démission, ils la font volon~ tairement, librement, simplement : autre preuve de leur opiniâtreté à soutenir leur intrusion comme légitime. Ce qu'on fait par devoir, par obligation de conscience, pour réparer le scandale, pour renoncer à un poste illégitimement usurpé on ne le fait pas purement, simplement et spontanément, mais on le fait en déclarant généreusement qu'on répudie ce qu'on ne peut garder sans violer les droits du Siège Apostolique et les sacrés liens de l'unité. C'est pour ce motif que dans le Bref déjà cité, Sa Sainteté leur avait enjoint de renoncer à leurs Eglises, parce que hoc ah eis postulat, hoc universa expectat Ecclesia, hoc ab iisdem spiritualis eorum salus exigit

Cet esprit d'opiniâtreté se manifeste encore plus ouvertement là oii Grégoire, dans sa lettre, ne craint pas de soutenir, que la possession de son Eglise durant dix ans n'a rencontré aucune opposition canonique, comme si les Brefs dogmatiques et publics de Pie VI de sainte mémoire n'aient pu faire obstacle à son intrusion, ou que l'autorité Pontificale, qui a déclaré cette intrusion illégitime et sacrilège, ne soit pas canonique Elle ne trouvera non plus d'opposition canonique dans le 7« canon dogmatique de la 23« session du Concile de Trente, de Sacramento ordinis : Si quis dixerit, episcopos... qui nec ab ecclesiastica et canonica potestate rite ordinati, nec missi sunt, sed aliunde veniunt, legitimos esse verbi et sacramentoruin ministros, anathema sit. 11 n'y en a pas dans ce passage de l'Evangile : Qui non intrat per ostium in ovile ovium, ille fur est et latro ; ni dans cette maxime de S. Paul : Quomodo praedicahunt nisi mittantur ? Et de qui a-til reçu cette mission ? De l'Assemblée Constituante, de la Constitution civile du Clergé, condamnée par Pie VI comme hérétique et schismatique ? Jugement auquel se sont fait un devoir de se conformer et d'obéir tous les Evoques de l'Eglise catholique. Cette Assemblée, cette Constitution, et une élection faite par une poignée de laïques réfractaires et schismatiques, sont pour lui un titre plus que canonique pour être évêque ; au contraire, l'opposition du Pape et de tous les Evêques n'est pas capable de lui faire au moins craindre d'être un évêque illégitime, un intrus !

Et en qui donc réside la plénitude de pouvoir pour donner la mission ecclésiastique, sinon dans le Pontife Romain, lequel autrefois l'exerçait aussi par le moyen des Synodes Provinciaux ou des métropolitains, et depuis plusieurs siècles, en particulier en France, non seulement en vertu de son propre droit, mais en vertu également du concordat spécial conclu entre Léon X

et François I, s'est réservé à lui-même ce pouvoir, et l'exerce privativement sans aucun conteste dans toute l'Eglise latine, et même dans l'Eglise Orientale, en donnant seul l'institution aux Patriarches, et par eux, aux Evêqaes de leurs Provinces ? Le S. Concile de Trente vénère et respecte cette prérogative du premier siège, et suggère au Pontife Romain les moyens les plus salutaires el les plus efficaces à prendre dans l'exercice de cette autorité, et dans le choix des sujets dignes d'être promus à l'Episcopat.

Que Grégoire, en preuve de sa mission canonique, nous montre qu'il a été en communion avec le CheF de l'Eglise et avec le centre de l'unité, ou du moins avec tous les autres Evêques du monde catholique. Pie VI et Pie VII l'ont toujours repoussé et regardé comme un intrus : tous les Evêques se sont fait un devoir de n'avoir avec lui et ses autres Collègues aucune communication ; et si l'un d'eux a communiqué avec lui, il l'a fait en cachette, et, souillé de la même tâche, a cherché à élever un autel profane contre la pierre, c'est-à-dire contre S. Pierre, sur lequel s'appuie l'édifice de l'Eglise Catholique.

Les Evêques signataires des deux lettres en viennent à promettre d'obéir au Pape, mais en lui ils ne reconnaissent d'autre caractère que celui de Successeur de S. Piene. C'est ainsi que l'Evèque de Lyon pourrait se dire successeur de S. Irénée ; et tous les autres evêques, successeurs de leurs devanciers Mais le Concile général de Florence ajoute quelque chose de plus : Romanuin Pontificem in uni\'ersum Orheni tenere primatum, et ipsum Pon- ^ificem Romanuin, successorcni esse B.Pelri Principis apostoloruni, et veruni Christi s'icariuni,lotiusqae ecclesiae caput, et omnium christianoruni patrem et doctoreni existere, et ipsi in Beato Petro pascendi, regendi, et guberriandi iiniversaleni ecclesiani a domino nostro J. C. plenum potcstatem traditam esse, qy.emadmodum etiam in gestis oecumenicorum Concilioi uni, et in sacris canonihus continetur. Ainsi ont parlé tous les Pères de l'Eglise, toutes les universités catholiques, en un mot c'est une doctrine de foi, que le Pontife Romain ala Primauté de juridiction sur toute l'Eglise. 11 ne suffit donc pas que les Evêques Constitutionnels le reconnaissent et l'appellent successeur, de S. Pierre ; il faut encore qu'ils le croient Primat Universel, Pasteur et maître de tous les fidèles.

S il en est ainsi, ils doivent, comme disait Bossuet, lui être tous obéissants et soumis ; « Tous lui sont soumis, pasteurs et brebis, peuples et Rois. » Mais non, répliquent les Constitutionnels, nous professons à l'égard du Pape, en tant que successeur de S. Pierre, toute obéissance et soumission en conformité avec les Canons et les Décrets dejta Sainte Eglise. — Quand Jésus-Christ a dit à S. Pierre : Quodcumque solveris super terrantt

ei'it solutum et in cœlis, et quodcumque li^avevis super terrain, erit ligatum et in cœlis, il n'a pas ajouté la restriction de cette conformité aux Canons de l'Eglise. Le Pontife Romain est tenu, lui aussi, vi directiva à observer les Canons ; mais il a en même temps le pouvoir d'y déroger, quand la nécessité ou l'utilité de l'Eglise le demande ; et les exemples de ces dérogations et de cette autorité Pontificale datent du commencement même du Christianisme. Mais les sujets ne sont pas juges de leur supérieur, et ne peuvent sans témérité désobéir à ses commandements et à ses lois. On sait, d'ailleurs, que cette obéissance canonique, qu'affichent aujourd'hui les Evêques Constitutionnels, est la même qui tant de fois a servi de prétexte, surtout aux Jansénistes, pour désobéir aux Constitutions Pontificales dogmatiques contre Baius, Jansénius, Quesnel ; mais qui a toujours été réprouvée par les Pontifes Romains, et par l'universalité des Evêques.

Dès lors, pour nous dispenser d'apporter les témoignages des Pères sur tin sujet très connu, il suffira de citer l'autorité de S. Thomas (2-3, q. 11, art. 2. ad 3) qui, traitant cette question, dit : quae essent auctoritate universalis ecclesiae determinatae, si quis tali ordinationi pertinaciter repugnaret) haereticus censeretur. Quae quidem auctoritas principaliter residet in suinmo Ponti/ice. Et Yves de Chartres : Sedis apostalicae judiciis, et Constitutionibus obviare plane est haereticae pravitatis notant incurrere. Nam haereticum esse constat qui Romanae ecclesiae non concordat.

Il est inutile d'analyser plus longuement toutes les propositions, contenues dans les deux Lettres des Constitutionnels. Nous n'avons besoin, pour notre but, que d'avoir prouvé que de ces Lettres, de leur contexte et de toutes les paroles si artificieusement combinées, il se dégage une semence d'erreur et de division. Il suffit d'y reconnaître une persévérance obstinée dans leur prétendue installation canonique dans ces Eglises. Il suffit d'y ti^puver la désobéissance manifeste au Bref de Sa Sainteté, adressé à l'Archevêque de Corinthe. Il suffit d'y voir la constante répugnance à se soumettre aux jugements du Siège apostolique et de toute l'Eglise, prononcés sur les affaires de France.

Pour tous ces motifs, quand même il n'y en aurait pas d'autres, Sa Sainteté est justement fondée à soupçonner que ces gens soutiennent encore la division et le schisme, et n'ont aucun désir sincère de retourner à l'unité de l'Eglise. S'ils l'avaient, ils exécuteraient promptement et entièrement les ordres non seulement du successeur unique de S. Pierre, mais du Vicaire de Jésus-Christ, mais du Primat en juridiction de toute l'Eglise Catholique. Malgré tout, la patience du S. Père ne se décourage pas. S'ils remplissent fidçleiuent tout ce qui leur a été imposé dans le Bref écrit à Mgr l'Archevêque

de Corinthe, il les accueillera volontiers et les rétablira dans la commuaion Catholique.

Mais cette seule pénitence si légère pourra-t-elle suffire pour qu'ils soient promus avec une légitime autorité au gouvernement de quelque diocèse? C'est ici que Sa Sainteté éprouve une répugnance invincible. Il ne peut s'empêcher d'avoir présentes à la pensée les qualités éminentes et les vertus que S. Paul, dans ses lettres à Timothée, demande dans un Evêque ; il y est dit, entr'autres, de ne pas imposer les mains à qui n'est converti que de fraîche date ; il ne peut non plus négliger les règles excellentes et les précautions si délicates que spécifie le Concile de Trente dans le choix des sujets propres à l'Episcopat. Un converti de la veille n'est pas digne de monter sur le trône épiscopal. Tous les Canons des Conciles généraux, à commencer par le l^r de Nicée; tous les Pères de l'Eglise sont unanimes à dire qu'il faut attendre quelque temps, et donner des preuves certaines et indubitables d'un vrai et constant repentir, afin que les nouveaux mérites aient fait oublier les démérites précédents de quiconque désire être promu à l'Episcopat. Les Evèques Constitutionnels eux-mêmes, qui professent tant de rigorisme parfois dans la morale Chrétienne, conviendraient de cette vérité, et verraient de mauvais œil le Saint-Siège élever à l'Episcopat quelqu'un qui n'aurait pas conservé l'innocence du baptême; mais quand il s'agit de porter un jugement sur eux-mêmes, ils se croient innocents; ce n'est rien à leurs yeux, que ce schisme qu'ils ont fait hors de l'unité de l'Eglise, que leur intrusion dans des chaires épiscopales, du vivant même des Evèques légitimes, sans mission légitime, sans institution canonique aucune du Chef de l'Eglise.

Pour les admettre comme évêques, on exige une certitude morale de leur amendement, et on expose quelques conditions qu'il est absolument nécessaire de remplir.

Néanmoins, telles sont les circonstances de la France, tel est l'ardent désir de Notre Seigneur d'y voir refleurir la Religion Catholique, que, s'il pouvait avoir une assurance morale que quelqu'un d'entre eux était réellement et sincèrement désireux de retourner à l'unité Catholique, et que le Premier Consul fût résolu à rompre tout traité plutôt que de renoncer à le nommer. à une église, malgré son extrême déplaisir, Il ne s'y refuserait pas. Mais cette certitude morale de résipiscence, Sa Sainteté l'exige absolument pour tranquilliser sa conscience, pour ne pas scandaliser le monde, pour ne pas trahir son Ministère Apostolique. C'est pourquoi il ne peut ici se contenter des deux seules et simples conditions prescrites dans le Bref à Mgr l'Archev. de Corinthe. Mais il ne veut pas, pour cela, faire peser sur eux un joug insuppor-

RiNiBRl. — La Diplomatie Pontificale au XIX siècle. — Tome I 26

CHAPIXnE DIX-SEPTIEME

table, et leur imposer des conditions très dures. Il n'exige autre chose qu'un témoignage certain de foi droite et d'obéissance sincère aux jugements du Siège apostolique, et d'une filiale soumission envers le Pontife Romain.

Ce témoignage n'ayant pas été jusqu'à présent donné p;ir les Evêquos Constitutionnels, il est nécessaire qu'ils le donnent au moins par une déclaration écrite, et, à cet effet, Sa S** a prescrit certaines conditions que V. E. lira dans l'Instruction ci-jointe (1) Quiconque est soupçonné de quelque fante s'efforce, par mille moyens, de manifester son innocence, s'il a vraiment honte de paraître coupable. Si donc les dits lîvèques croient vivre dans le sein de l'Eglise Catholique, Apostolique^Romaine, et dans la Communion du S. Siège centre de l'unité, pour éviter que le Chef de l'Eglise, et tous les évèques qui sont en communion avec lui, n'aient, à leur sujet, une autre opinion, qu'ils se hâtent de démentir cette fausse opinion, et ne refusent pus d'accepter les conditions par lesquelles non seulement on croira publiquement à leur parfaite unité avec l'Eglise, mais ils en auront encore, de la part de son Chef et maître, des témoignages publics el authentiques. Sur l'intégrité de la Foi, disait S. Jérôme, chacun doit être jaloux de son propre honneur ; il répugne au caractère d'un bon Catholique de ne pas prendre en main la défense de sa propre foi, quand, même, sans qu'il y ait de sa faute, on répand sur elle quelque soupçon. Quelle ne sera donc pas l'obligation d'un Evèque, à cet égard, si sa Foi est soupçonnée par le Pontife Romain, juge et dépositaire de cette Foi ?

Combien sont raisonnables et nécessaires les conditions imposées par le Saint Père.

Il reste à montrer que les conditions proposées ne sont ni pénibles, ni honteuses. On ne peut le dire ni de la première, ni de la seconde ^2); car les

(1) Voir ces conditions plus loin : la forme [modula) de la déclaration à faire par écrit, dont parle ici Consalvi, est également rapportée plus loin.

(2) La première condition était ainsi exprimée : « Qu'il fasse (l'évêque constitutionnel) profession de foi selon la formule de Pie IV. »

La seconde portait : « Qu'il jure fidélité au Pontife romain, selon l'une ou l'autre des deux formules déjà mentionnées plus haut. » Instructions au Card. Caprara du l"' décembre 1801 (Archiv Vatic, Francia, et Appendice Epoca Napoleonica vol. XXV ; Docum. Concord., IV, n 999). Les formules dont il s'agit ici pour le serment de fidélité au Pontife Romain font allusion à quelque variante du texte du Pontifical Romain, variante exigée par Josoph II, et ensuite par l'impératrice Catherine pour les évè<pies de leurs Eiats. Bien qu'en France on eût toujours employé l'ancienne formule entière, le Pape, cependant, permettait au Légat de la modifier, au gré des chefs du nouveau gouvernement.

LE CLERGÉ CONSTITUTIONNEL Et LA REPUBLIQUE FRANÇAISE 4Ó3

deux soat exigées de quiconque est promu Evèque ; serait-il le plus digne, il n'y a pas d'exception.

Ce n'est pas non plus la-troisième, car c'est la même qui fut imposée par le Bref écrit à Mgr l'Archev. de Corinthe, Bref qui a été vu, lu et agréé par les ministres eux-mêmes du Gouvernement Français. Le S. Père ne peut pas en dispenser aujourd'hui un Evèque Constitutionnel, car il se contredirait lui-même. S'il l'avait prescrite quand il n'était question que de leur réconciliation, à plus forte raison le doit-il pour la promotion à l'Episcopat. El si le S. Père l'omettait, quel scandale pour l'Eglise ! quelle infamie pour le nom de Pie VII ! hien plus, quelle prévarication dont il aurait un jour à rendre un compte très rigoureux au Tribunal de Dieu !

La quatrième condition qu'impose sa Sainteté à celui, parmi les Evèques Constitutionnels qu'on voudrait absolument promu à l'Episcopat est de renoncer à l'adhésion à ces Conciles convoqués par eux durant le schisme et leur séparation de la Communion avec le S. Siège.

Tout ce qui vient d être dit démontre sufllsamment combien ces conditions sont raisonnables, et même nécessaires. Les Conciles ne sont autre chose que la réunion d'évêques légitimes sous la présidence d'un Primat légitime, pour un Concile national ; d'un métropolitain légitime, pour un concile provincial; ou d'un Evèque légitime, s'il s'agit d'un Synode diocésain. Et nul Primat, Métropolitain, ou Evèque ne peut être légitime, s'il n'est en communion avec le Siège Apostolique. Or, tous les Evèques Constituliqnnels avaient été séparés et retranchés de cette Communion par les sentences dogmatiques de Pie VL C'étaient par conséquent des rameaux coupés du tronc, des ruisseaux séparés de la source, des rayons ne communiquant plus avec le soleil, selon l'expression de S. Cyprien. L'autorité qui a convoqué ces synodes n'étant pas légitime, il s'ensuit que dans de pareilles assemblées ne pouvait se trouver l'Esprit du Seigneur, qui est un esprit de charité, de paix, de concorde avec le centre de l'Unité Catholique. Cela suffit pour réprouver ces synodes et les considérer comme des couventicnles d'évêques errants, qui ne tendaient à autre chose qu'à séduire les fidèles par le nom pompeux de Conciles.

Beaucoup plus digne de blâme est le soi-disant Concile nationnl, réuni à Paris au mois de Juillet de cette année. Où est le Primat universel des Gaules, qui ait eu autorité pour le convoquer ? Qui lui a donné cette Primatie ? L'Evêque de Rennes s'est autorisé à présider ce Concile. Mais celui qui, par la qualité de son église, n'est qu'un simple Evèque, de quel droit usurpe-t-il la prérogative de présider la prétendue assemblée de toute la nation ? Il se permet d'écrire, le 15 août, une lettre à Sa Sainteté, et il ne rougit pas d'ap^

peler plusieurs fois cette réunion du titre de Ecclesia Gallicana in Concilium congregata. Qui a jamais donné le noble et illustre nom d'Eglise Gallicane à un conciliabule de Prélats illégitimes, quand il y a des Evêques légitimes de l'Eglise Gallicane qui, bien que dispersés et bannis de leurs Sièges, sans qu'il y ait eu faute de leur part, sont les vrais représentants de l'Eglise Gallicane, reconnus comme tels par le Pontife Romain? Au Concile de Nicée, canon 6, il fut défini : Illud aatein est omnino manifestuin, quod si quis ahsque Metropolitani sententia factus sit Episcnpus, euni magna Synodus definivitnon esse Episcopum, Outre que les Evêques Constitutionnels ne remplissent pas la première et essentielle condition requise, qui est la sentence et le suffrage du Pontife Romain, ils n'ont pas non plus celui de leurs légitimes Métropolitains : donc, d'après ce Concile, ils ne sont pas Evêques ; et s'ils ne sont pas Evêques, comment peuvent-ils se réunir en un Concile légitime, canoniauement convoqué ?

Mais ils répondent qu'ils ont été élus par le Peuple. Il est bien vrai que l'ancienne discipline voulait que le Peuple concourut à l'élection des Evêques mais il n'avait d'autre droit que de donner son consentement, et jamais celui de donner son suffrage, qui était réservé au Clergé, au Métropolitain, au Synode de la Province (1). Celte coutume disciplinaire est abrogée depuis des siècles, et toute l'Eglise a unanimement adopté la nouvelle, consistant à remettre au Pape seul l'élection et l'institution des Evêques. Si on fait ensuite attention quel est ce peuple quia élu les Evêques constitutionnels, une tourbe de se'ctaires de toute espèce, où il y a de tout, excepté des Catholiques, ils devraient plutôt rougir d'avoir eu les suffi'ages de pareilles gens.

Nécessité théologique qui oblige le Saint Père à exiger ces conditions.

Le Saint Père n'a certainement pas examiné longiiement et avec soin la doctrine des prétendus Synodes ou Conciles, pour prononcer sur elle un jugement définitif. Mais qu'importe? Par la source corrompue d'où elle décroule, chacun peut juger de quel calibre elle est. Par une lecture rapide, on en voit (le suite surgir des maximes et des propositions que le S. Siège n'a jamais approuvées. En faisant, en ce moment, abstraction de cet ordre d'idées,

(1) Par là est également réfutée la théorie de M. Emile Olivier, soutenant {U Eglise et l'Etat au concile du Vatican, t, I", p. . Il7) que « la nomination de f l'évêque par le prince n'est ni un droit inhérent au pouvoir laïque, ni une con- € cession purement gracieuse du Saint Siège ; c'est une conséquence nécessaire de " la révolution disciplinaire qui a exclu les laïques des élections épiscopales. » Le peuple n'a jamais possédé un vrai droit dans ces élections; donc, ce droit ne peut avoir été dévolu au prince comme représentant du peuple chrétien, car nemo dat quod non habet. (Note du Traducteur).

la seule adhésion, la signature, la présence à ces assemblées illégitimes est une profession publique de schisme. Et nous voyons que, dès les premiers siècles, et durant tout le cours de l'histoire de l'Eglise, celle-ci a toujours repoussé ces Conciles, quelque nombreux qu'ils aient été, réunis par un parti non en communion avec l'universalité des Evêques, et avec le Chef de tonile Corps de l'Episcopat, le suprême Monarque de l'Eglise, le Pontife Romdin à qui a été confié le dépôt de la doctrine et de la foi. Que de Conciles n'ont pas assemblés les Ariens, et que toute l'Eglise Catholique a rejetés, également pour défaut de compétence dans le pouvoir qui les a convoqués? Mais pour en venir à des faits plus récents, les PseudoE%êques d'Utrecht ont aussi réuni leurs Conciles : or le Siège Apostolique, elles derniers Pontifes Romains, sans même en examiner la doctrine, les ont condamnés pour le seul motif, que c'étaient des réunions illégitimes et schismatiques.

Sa Sainteté, persévérant toujours dans cette modération que lui dicte l'esprit de sa charité Apostolique, et désireuse d'ôter, au plus tôt, tous les empêchements qui peuvent retarder le rétablissement de la Religion Catholique en France, attend pour prononcer une sentence semblable.

S'il y a lieti (en vue toujours d'une absolue nécessité^ de transférer quelqu'un des Constitutionnels d'une chaire illégitimement occupée sans institution canonique, à une chaire légitime, avec une institution régulière et canonique,on ne peut le dispenser de renoncer à tous ces actes auxquels il a participé, ou adhéré, afin de se purger de l'erreur passée, et de donner une j-reuve certaine de son désir sincère de se réconcilier avec la Sainte Eglise Romaine. L'un de ces actes est l'adhésion et la souscription à ces réunions illégales que les Constitutionnels appellent Conciles. Les actes de ces prétendus Conciles sont propagés par la presse dans le monde entier. L'Eglise universelle, par conséquent, et tout le corps des Evêques a en abomination les auteurs de ces odieuses assemblées ; tous les bons Catholiques de France les ont encore plus en horreur. Le Pape est responsable devant les uns et les autres de toute facilité et condescendance dont il aura usé envers les Constitutionnels. [1 n'est pas obligé d'en rendre compte au public ; il se contentera donc de la manière la plus adoucie possible avec laquelle on aura retiré son adhésion • iux actes de ces Conciles, mais il veut au moins pouvoir dire avec assurance ît vérité devant tous, qu'il n'a promu un Constitutionnel qu'après s'être pu- •ifié du passé, et avoir donné pleine satisfaction en ce qu'on lui a demandé. >i le Pape ne dit pas cela, et il ne pourra le dire tant qu'on n'aura pas rempli es conditions qu'il a prescrites, voilà aussitôt les germes de nouvelles lissensions, un scandale général parmi les Fidèles, et l'autorité du Pape en jutte à toute sorte de contradictions et de périls.

406 CHAPirnR dix-septièmk

La cinquième condition (1) n'a pas besoin d'être jusliûée, car elle est évidemment juste et raisonnable, et on ne doute pas quelle n'ait de suite l'adhésion du Premier Consul.

On pourrait s'étendre bien davantage sur ce sujet, mais le temps manque, et, d'ailleurs, on écrit à un Cardinal très instruit, lequel aura encore sous les yeux la note ministérielle de M. le Cardinal Secrétaire d'Etat, où l'on répond aux arguments de M. Portails en faveur des Constitutionnels (2), Nous nous contentons de répéter ici, qu'ils se sont laissés précipiter dans l'abîme des doctrines condamnées par jugement dogmatique de Pie VI, et par l'universalité des Evêques de l'Eglise Catholique. 11 est bien juste que le Pape condescende aussi loin qu'il lui est possible, pour les ramener à la vraie foi, laquelle, bien qu'elle remonte à la source des Apôtres, comme le déclarent ces mêmes Evoques, a été cependant confiée en dépôt par le divin législateur à l'Eglise, et spécialement à son Chef, successeur de S. Pierre, pour qui Jésus-Christ a prié, afin que sa foi ne défaille point. C'est à lui et à l'Eglise qu'il appartient de la faire connaître de temps en temps, selon les circonstances et l'apparition de nouvelles erreurs, ainsi que cela a toujours été pratiqué dans le cours des siècles à légard des erreurs et des schismes qui ont agité la nacelle de Pierre. Mais la condescendance Pontificale ne peut s'incliner là où se trouve l'erreur ; l'égaré doit se remettre sur pieds et remonter, afin que se rétablisse la droiture de la doctrine et la stabilité de la paix : Condescendere nos vobiscum im'itatis ad ima de summis: nos conscendeve vos nohiscum rogamus ad sumina de imis ; Hune igitur sub conspectu illius excelsx just^ciae judicet genus liumanum quis nostrum debeat alteri ohedire... ergo ut erigalur jacens miserantem cons'enit inclinarì, non ut cum eodein precipitetur in foveain. Voilà ce qu'écrivait S. Gélase aux orientaux,, Ainsi a agi Pie VII : il s'est incliné autant qu'il l'a pu, et a offert aux Evoques Constitutionnels de France sa communion, et il pousse la condescendance jusqu'à en remettre au besoin sur la chaire episcopale, munis d'une autorité légitime.

Mais il ne pourra s'incliner jusqu'à eux, s'ils refusent de monter, s'ils ne se relèvent de la profondeur où ils sont gisants, de la manière et selon les conditions que le Saint Père leur a prescrites (3).

(1) Elle portait « qu'on ne nommerait 'ypiwmi les coiiilUiilio'inels) nncun des chefs ; car il est sans exemple dans l'Eglise que, dans la réconciliation des schismatiques, on ait admis jamais t\ l'épiscopat les chefs, lesquels, per mo,ium regulrC, en ont toujours été exclus.

(2) Nous i^arlerons plus tard de cet important document.

(3) Archiv. Vatic, francia Appendice Epoca Napoleonica, vol. XXV.

LE CLERGÉ CONSTITUTIONNEL ET LA nÉPUBLIQUE FRANÇAISE 407

En outre de cette instruction qui était pour son usage privé le Gard. Gaprara avait reçu d'autres instructions claires et ouvertes sur la ligne de conduite h tenir. Pour la partie doctrinale, il devait considérer le clergé constitutionnel comme séparé de l'Eglise, pour avoir juré des lois et des constitutions formellement condamnées par le Chef de l'Eglise, et pris la direction pastorale de diocèses sans institution canonique du S. Siè<Te. Si donc ils voulaient se réunir de nouveau à l'Eglise, ils devaient en accepter les jugements et renoncera leurs sièges. Mais cela ne suffisait pas pour être replacés en qualité d'évêques, à la tête de nouveaux diocèses. Les réponses de quelques intrus à l'invitation du Pape, par les(juelles ils renonçaient, sans doute, aux sièges qu'ils occupaient sans mission légitime, mais n'indiquaient pas une sincère soumission aux jugements du souverain Pontife avaient éveillé à Rome une défiance à leur égard, qui avait sa raison d'être. On fixa donc au Gard. Légat la règle pratique, selon laquelle il devait consentir à leur nomination comme évêques. C'était la volonté formelle et précise du Pape, qu'on ne les admettrait à cette nouvelle dignité qu'à la condition de remplir ce qui leur était prescrit et dont nous avons déjà parlé, et, eu outre, de souscrire une déclaiatiou formelle d'adhésion aux sentences doctrinales du Siège Apostolique.

Et pour ne pas donner lieu à de subtils sophismes ou à des dissimulations étudiées, on rédigea, à Rome, et on envoya à Gaprara la formule {modula) de cette déclaration qu'avaient à signer les nouveaux évêques. La voici :

Formule de lettre pour les Evêques constitutionnels.

Très Saint Père, voulant, comme l'exige mon devoir certain, contribuer à la cessation de ce schisme, auquel j'ai eu une grande part, afin que la religion catholique soit rétablie en France par l'application des mesures opportunes

408 CHAPITRE Diy-SEPTIÈME

que réclame sa situation, et son union nécessaire avec le Pontife Romain, Chef de l'Eglise, et centre de l'unité ; repentant de mes erreurs passées, je me crois obligé de prendre les paternelles exhortations de Votre Sainteté comme règle et guide assuré de ma bonne conduite, selon qu'elles me sont manifestées par M. le card. Légat. Pour m'y conformer, par la presente déclaration respectueuse, je professe pleine obéissance et soumission à Votre Sainteté et aux Pontifes Romains ses légitimes successeurs ; je déclare en outre, adhérer sincèrement et humblement aux jugements que le Siège apostolique a déjà prononcés touchant les affaires ecclésiastiques de France. Par conséquent, je reconnais encore comme illégitime et schismatique la convocation et la célébration djs soi-disants conciles diocésains, provinciaux et nationaux, tenus parles Constitutionnels, et je déteste la coopération que j'y ai apportée. Enfin, dès ce moment.je cesse de m'ingérer dans le gouvernement de l'Eglise N., que j'ai occupée sans institution du Saint-Siège Apostolique. J'ai confiance, dès lors, que Votre Sainteté^ daignant accepter les loyales déclarations que je fais ici, daignera également m'accorder sa grâce et sa Bénédiction Apostolique, que j'implore humblement.

Par tout cet empressement, ces sollicitudes, et par tant de précautions, Rome fit, de son côté, tout ce qu'elle put, afin de ramener à la paix religieuse si désirée le clergé, le peuple et le gouvernement de la France. Mais alors, comme toujours, on reconnut que le mal le plus grand pour la religion et pour le peuple, et, par conséquent, l'épine la plus pénible pour le S. Siège venait d'une partie du clergé, qui, méconnaissant ses devoirs, à la docile harmonie et, entente avec le Chef de TEglise préférait les faveurs et la protection d'un gouvernement, ennemi déclaré ou dissimulé de cette Eglise et de son Chef. Nous allons voir maintenant la conduite tenue dans cette délicate et difficile affaire par le card. Légat.

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