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Une lettre de Sa Sainteté au Premier Gonsul

5. Les lettres, instructions et facultés nécessaires pour le Gard. Légat et quelques lettres pour des particuliers.

« Le sousigné... (Archiv. Vatic, Nunziatura di Francia, vol. 603). » « La lettre du Pape au Premier Gonsul n'est que le résumé de la note de Gonsalvi à Portalis. On accorde la première et la seconde demande. Quanta la troisième, qui regarde les évèques constitutionnels, nous nous trouvons à notre grand regret dans l'absolue impossibilité d'y accéder, dans les termes où elle est présentée... (Archiv. Yatic). »

(2) Il porte la date du 1" frimaire an X (22 nov. 1801). Le Premier Consul y

que le Pape possède ses Etats dans leur entier, il nous ôte tout espoir de recouvrer ce que nous avons perdu. ^ ous pouvez juger par là de la peine de notre Seigneur.

« Au sujet du traité, je vois que dans cet écrit on en parle non comme du rétablissement de la religion en France, mais comme de la réunion de tous ceux qui professent la même croyance (c. a. d. les intrus) ; or, comme V. E. le voit, il n'en fut jamais question. On attend avec anxiété le résultat du courrier qui a été expédié là-bas avec la réponse au sujet des Intrus. On espère qu'il sera satisfaisant, sachant à quel point, à Paris, on tient à cet article. »

Or, cet état de pénible incertitude où l'on était à Rome, dura, on peut dire, l'espace de cinq mois, c'est-à-dire de décembre 1831 aux derniers jours d'avril 1802 !

A quoi était donc alors occupé le Premier Consul en France ? jamais l'étonnant génie de cet homme fatal ne projeta peut-être des éclairs plus éblouissants que durant ce temps, où l'Europe stupéfaite voyait l'aube d'une paix sereine blanchir le firmament de cette nation, d'où partaient naguère les fulgurantes lueurs des plus sinistres tempêtes !

Les ministres des grandes puissances s'étaient réunis à Amiens pour la conclusion de la paix, signée le 25 mars 1802 ; là s'agitaient pour les Electeurs du Rhin, la Bavière et l'Autriche, des questions religieuses et territoriales ; la Russie, l'Espagne, Naples et l'Autriche se disputaient le titre de grand'maître de Malte ; Naples agissait diplomatiquement au nom du ministre de

expose l'état de la République dans ses conditions intérieures, et dans ses relations avec les autres puissances. A l'égard du S. Siège, il disait : « Le Saint Père, souverain de Rome, possède ses Etats dans leur intégrité. Les places de Pesaro, de Fano, de £lastel-S:»n-Leone, qui avaient été occupées par les troupes cisalpines, lui ont été rendues {Correupondance de Napoléon I, vol. Vit, n. 5873). » Ni Pie VII, ni le card. Consalvine pouvaient être satisfaits de pareilles façons de parler, eux qui espéraient de la générosité du nouveau souverain de la France la restitution des Légations, qui étaient entre les mains des Cisalpins, et d«s duchés de Bénévent et de Pontecorvo, en ;ore occupés par les troupes de Ferdinand IV 1

RiNtBRi. — La Diplomatie Pontifiaale au XIX siècle. — Toma 1 ii

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Marie Caroline, pour revendiquer le haut duiiunne qu'il prétendait avoir sur Bénévent et Pontecorvo, et d'autres droits sur Castro et Ronciglione ; l'Espagne, après avoir gaspillé des millions en faveur de Lucien Bonaparte pour la paix conclue avec la France, intimait à Rome sa volonté de se dédommager sur les bénéfices ecclésiastiques ; la Toscane s'était transformée en royaume d'Etrurie, sous le sceptre de l'héritier de Parme ; les Etats lombards se consolaient des spoliations et des ruines passées et présentes par le vain nom de république cisalpine ; le Piémont,la Ligurie et Lucques attendaient de la République mère le sort des enfants de Médée ! Et le régulateur, l'arbitre de tous ces Etats, et de presque tous ces événements, n'était atitre que le pâle petit officier Corse, devenu Premier Consul de la république française (1).

Il songeait alors en même temps à donner au pacte religieux, établi avec le Chef de la chrétienté, le rang et la force de constitution nationale : il fallait pour cela l'approbation des représentants de la nation, c'est-à-dire du tribunat, du sénat et du corps législatif. Or, ces assemblées se composaient en grande partie d'anciens révolutionnaires, épaves delà convention, de la gironde, et même de la montagne : la plupart hostiles, sinon ennemis jurés de n'importe quelle restauration religieuse. Le tribunat et le corps législatif s'étaient déclarés contre le gouvernement consulaire, en n'approuvant pas les traités de paix qu'il avait conclus, et eu repoussant la première loi du nouveau code civil ; le sénat avait fait échec au Premier Consul en élisant comme sénateurs, de préférence aux candidats du gouvernement, un constitutionnel tel que Grégoire (25 décembre), et le jacobin Daunou, ennemi personnel de Bonaparte (30 décembre).

(1) En ce moment le Premier Consul décide du sort de toute la terre, et le corps diplomatique réuni à Paris n'en a pas seulement la conviction intime, mais il proclame hautement qu'aucuue puissance n'a la force d'obtenir autre chose que ce qu'il veut bien accorder (.Gaprara à Consalvi, 13 dee. 1801).

Miiis on ne plaisantait pas avec cet homme ; c'est pourquoi le 18 janvier, après s'être concerté en secret avec les conseillers d'Etat, il écrivait au consul Cambacérès : « Je vous prie de tenir la main à ce qu'on nous débarrasse ex-.'ctement des vingt et des soixante membres que nous avons dans les autorités constituées. La volonté de la nation est que l'on n'empêche point le gouvernement de faire le bien, et que la tête de Méduse ne se montre dans nos tribunes ni dans nos assemblées (i). » Et comme il voulut, il fut fait : les quatre-cinquièmes du tribunal et du corps législatif lurent renouvelés en quelques moments.

Outre ce remaniement des assemblées législatives, il songea aussi à donner une constitution civile à la république cisalpine. Dans ce but, par ses ordres se réunirent à Lyon, vers les premiers jours de décembre, 500 délégués choisis parmi les notables des diverses provinces de la Cisalpine, afin de discuter et d'établir les bases d'une constitution, propre au gouvernement de cette république. On y comptait beaucoup d'évêques et de curés ; le Premier Consul s'y rendit le 13 janvier ; il prit part à plusieurs délibérations publiques, et, le 26 de ce mois, les travaux terminés, il lut devant toute l'assemblée un petit discours en langue italienne, où il déclarait consentir au désir de tous, de l'avoir pour président de la république. Il y disait que, tant que des circonstances particulières l'exigeraient, il continuerait à se charger de la direction de leurs affaires ! (2)

Une troisième affaire, plus importante que toutes les autres, l'occupait alors jour et nuit : nous voulons parler de la paix

(1) Corresp, de Napol., Vil, n. 5922, Voir F. Manon, Napoléon et sa famUle,Y\, 87 et suiv.

(2) Ce congrès, ou Consulte, comme l'appelle M. Sorel (voir Rev. des Deux Mondes, n° du 1""" août 1902), en raison de son importance historique, mérite une plus longue et plus complète narration. C'est pourquoi nous nous bornons, en ce moment à le mentionner ; le reste sera raconté au second volume.

avec l'Angleterre. La terrible Albion qui, seule parmi les autres puissances, avait humilié les armes républicaines en détruisant la flotte française dans les eaux d'Aboukir et en réduisant à l'impuissance les tentatives de Bonaparte contre Saint-Jean-d'Acre, était aussi la seule qui n'avait pas peur et tenait tête au Premier Consul. L'île de Malte, avec la question très embrouillée de ses chevaliers, était la pomme de discorde : la négociation fut longue et agitée, et peu s'en fallut qu'elle n'échouât. En somme, le léopard britannique ne lâcha pas l'ile. Gomme compensation^ les aigles gauloises s'établirent à Tarente,pour être, de ce point, prêtes à s'élancer vers Naples et Rome. L'accord définitif avec l'Angleterre et avec les autres puissances fut signé à Amiens (25 mars).

Enfin, pour que ces divers arrangements, au point de vue religieux comme au point de vue civil et politique, s'étendissent à toute la nation et à toutes les croyances, une commission que présidait Portails travaillait à réglementer le culte et la hiérarchie des sectes protestantes, et plus tard le culte juif. Un comité de Luihériens, réunis à Strasbourg Cnovembre 1801), et un autre de Réformée qui se tint à Paris au mois de décembre, composèrent un projet de lois réglant leurs rapports avec le nouveau gouvernement. Nous avons vu en partie, et nous verrons encore de quelle manière les protestants et les juifs obtinrent tout ce qu'ils voulurent ; il en fut autrement pour les catholiques, dans une nation entièrement catholique.

A Rome, pendant ce temps, on attendait impatiemment les dernières nouvelles au sujet de la publication du Concordat pour la fête de Noël 1801. Le card. Consalvi, dans les informations qu'il envoyait aux Notices sur l'état des choses, écrivait le 3 janvier 1802 : « Bien que la nouvelle officielle n'en soit pas encore arrivée, divers indices me portent à croire que le Concordat aura été publié à Paris le 25 décembre. » Trois jours plus tard, il annonçait que « l'alTaire avait été remise à l'examen d'une commis-

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sion spéciale, ce qui indique que sur un point unique, celui des Intrus, le débat n'est pas fini et qu'il y a du tirage. Le fait qu'on a laissé passer l'occasion de Noël plutôt que d'en finir sur celte question, nous montre combien ils y tiennent. Le Pape en a été fort contrarié... » Ce n'est pas à Noël de la première année du nouveau siècle, mais à Pâques de l'année suivante 1802, que devait s'accomplir ce grand événement qui devait raffermir sur ses bases le sort religieux de ce grand peuple de France renaissant ou ressuscitant à une nouvelle vie chrétienne.

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