‹ La diplomatie pontificale au XIX siècleChapitre 44 sur 68 · III · texte numérisé non relu

III

Portalis et Dernier rapportèrent naturellement au Premier Consul la réponse donnée par Caprara au sujet de l'institution canonique qu'il conférerait aux constitutionnels après ses « remarques et ses représentations ». Bonaparte aura été content de cette déclaration, mais elle ne lui suffisait pas ; tacticien emèrite qu'il était, avant d'aller plus loin, il voulait assurer ses derrières et être maître des positions dangereuses. Il voulut avoir par écrit et signée de la main de Capara lui-même la promesse qu'il avait faite de vive voix à ses deux chargés d'affaires. Pour l'obte* nir, on va voir la petite machine qui fut montée, plus digne en vérité du théâtre comique que de l'histoire.

Le 27 mars, Caprara fut averti c par ordre du Premier Consul » de l'entrée solennelle qu'il devait faire le lendemain, avec toute sa suite, dans l'église métropolitaine de Paris, pour la cérémonie qu'avaient coutume d'accoTnplir les Légats pontificaux d'après l'ancien cérémonial. On lui marquait également les jours où il recevrait les visites des autorités constituées, et où aurait lieu sa présentation officielle au Premier Consul. Il en fut informé par billet de l'abbé Bernier (1), qui, ce même jour, a deux heures de l'après-midi, en compagnie de « l'un des prélats du palais consulaire », lui signifia de vive voix « ce qu'avait réglé le Premier Consul au sujet de son entrée, le lendemain, dans l'église Notre- Dame, etc. »

Or, le jour même, et trois ou quatre heures seulement après cette visite de Bernier, le Cardinal « était à dîner », quand on vint lui annoncer la visite du Conseiller Portalis et de l'abbé

(1) Le billet de l'Abbé était conçu en ces termes : « Pour suivre l'ancien cérémonial, demain (28 mars), Son Eminence entrera à Notre-Dame de Paris. Il recevra leg visites des autorités constituées, jusqu'au 11 (geraainal, 1 avril). Le 15 (5 avril), il aura sa grande audience, et consacrera ensuite les nouveaux évoques {Docum. Concord.\, 262, note I), »

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Dernier, qui se présentèrent chez lui < de la part du Premier Consuli.Il faut entertdre idi la relation qu'envoya Caprara au card. Gonsalvi (4 avril 1802), au sujet de la conférence qui eut lieu entre les trois interlocuteurs :

Le conseiller Portails entra le premier en scène : « A la cérémonie de demain, dit-il, c'est-à-dire au Te Deuin qui sera chanté à Notre-Dame pour rendre grâce au Seigneur de la conclusion de la paix, l'intention des consuls est de faire intervenir les deux clergés, c'est-à-dire les ecclésiastiques que vous appelez légitimes et qui jouissent de la communion avec l'Eglise romaine, et les constitutionnels . »

Votre Eminence, continue Caprara, se persuadera facilement qu'une pareille proposition ne me démonta pas, car il était facile d'y répondre et de convaincre en même temps le conseiller Portails, qui jusque-là était le seul à porter la parole {l'abbé Bernier avait gardé le silence), que la demande dont il était chargé ne pouvait en aucune façon se combiner avec les principes de la religion qu'il professe lui-même. De fait, après lui avoir vivement exposé les motifs pour lesquels je ne pouvais absolument me prêter à ce qui m'était demandé, le conseiller Portails parut convaincu ; mais, changeant la nature de la question, et sautant, comme on dit, du coq à l'âne (di palo in frasca), il se mit à m'adresser mille interrogations l'une après l'autre ; puis il dit que répondre tout crûment, par un refus pur et simple, à la demande du Premier Consul qu'il m'avait faite par son ordre en commençant, c'était la même chose que de vouloir tout ruiner, et rendre infructueux les efforts du Saint Père et du gouvernement français qui avaient abouti à la signature du Concordat, et faire ainsi que la France continuât à vivre dans le schisme auquel ma mission de Légat avait justement pour but de mettre un terme.

Devant ces détours du rusé magistrat français, Caprara tint bon, et ne céda pas un pouce de terrain, reconnaissant d'un côté l'absolue nécessité de la pacification du pays, et témoignant son admiration pour le zèle qu'y apportait le Premier Consul. D'autre part, cependant, il ajouta qu'il ne croyait pas qu'une réponse négative dans une affaire de ce genre, entièrement contraire et à sa dignité et à ses devoirs, pût produire en l'esprit du Premier Consul « un dégoût tel que tout fût perdu pour cela. »

Ah ! reprit le matois conseiller, vous ne le connaissez guère, ou vous feignez, eu ce moment, de ne pas le connaître. II veut que le clergé soit très

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nombreux à la cérémonie de demain afin de la rendre plus solennelle, et tout ce qu'on peut lui dire là-contre ne sert qu'à l'irriter. Vous serez responsable devant le monde et envers la France d'avoir, pour un si petit objet gâté une affaire si grande.

— Quant à moi, répliqua le Cardinal, à cela je ne ils qu'une réponse ; C'est que je m'étais prêté, que je me prête ei me prêterai à tout ce qui est compatible avec mes devoirs ; mais on ne doit pas, je pense, s'imaginer qu'on obtiendra ce que me défend la conscience et l'honneur.

Je ne changeai pas de langage, ajoute- le Légat. Le conseiller, après avoir tenté, mais en vain, de me persuader, reprit : — Allons, cette affaire doit s'arranger, et j'ai promis de le faire, car le Premier Consul en attend le résultat avant sept heures pour prendre les résolutions qu'il jugera plus à propos. Et il me dit qu'en y faisant bien attention, je pouvais donner une réponse qui, si elle n'était pas affirmative, serait au moins de nature à mettre comme on dit, de l'eau sur le feu, et d'en venir à une composition équitable. Tranquillement et en souriant je lui dis : — J abhorre la guerre, j'aime la paix, je suis ici précisément pour la faire régner. Pourvu que les principes catholiques soient saufs, je ne ferai aucune difficulté d'écouter ce qu'on aura à me proposer, et d'admettre ce qui ne sera pas en opposition avec mes devoirs.

Que de choses (et avec qtiel art de prestidigitation ! ) sont moiitiées, retiiées, chaufrées sous les veux du vieux (Cardinal! On le surprend à table, on lui propose d'assister à nn solennel Te Deum pour remercier Dieu de la paix qui vient d'être conclue, et on exige qu'il y assiste avec les prètre.5 jureurs et scliismatiques : évidemment c'était trop. Le Légat s'y refusa, comme c'était son devoir, dignemetit. On lui dépeint alors, d'une part-, les grands mérites et les grandes fatigues du Premier Consul pour le bien de la religion ; de 1 autre, on (ait resso.'tir les conséquences qu'aura un relus, fait à un tel homme, et pour un si minime motif. Il faudiait trouver au moins une transaction : si le Légat pontifical ne peut, ce à quoi personne n'a le droit de l'obliger, manquer à ses devoirs, n'y aura-t-il pas un moyen pour tout concilier et éviter un naufrage... dans le port ! On y avait pensé.

Epuisé et ému après cette lutte, le card. Légat songeait à

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quelque plauche de sahit pour sortir d'embanas, cjuaiid elle lui fut offerte inopiuément par l'abbé Dernier, dont on parlait déjà pour l'archevêché d'Aix (1), et qui jusqu'à ce moment avait fait le rôle du silencieux. Il faut écouter la relation de Caprara :

Ce fut alors le tour de l'abbé Bernier de prendre la parole : t favais préçu, dit-il, que vous ne i^ous prêteriez pas à la proposition d'admettre les constitutionnels à la cérémonie de demain. .. J en avais exprimé à l'avance mon sentiment à M. Portails / c'est pourquoi^ vue la connaissance que j aie de la manière de voir du Premier Consul et de ses deux collègues, fai concerté avec lui la réponse que V. Eminence pourrait faire par écrit. »

Et tout aussitôt l'abbé Bernier tira de sa poche un papier quii me donna à lire, et ajouta : « Le contenu de ce papier ne peut blesser le moins du monde vos sentiments, ni porter atteinte à vos devoirs. Il est très probable que le premier Consul trouvant mêlées à votre refus des expressions qui sont selon son cœur, la chose s'arrangera d' elle-même ; // renoncera à sa demande, ou acceptera autre chose en compensation. Et il ajouta comme conclusion : Différemment moi aussi je craindrais que le Premier Consul, ne se voyant pas écouté dans la commission dont s'est chargé M. le Conseiller auprès de V~ Eminence, en soit courroucé et qu'il n^en découle de funestes conséquences. »

(1) Dans sa note du 15 mars 1802, le Premier Consul se décidait à nommer « le citoyen Bernier... comme ayant rendu de grands services au système «.Dans l'audience dotïnée à Caprara. le 30 du même mois, il dit : « Je désire, comme cela est juste, que Bernier soit fait Cardinal » De plus, dans la lettre pariiculière que le card. Légat écrivait à Consalvi (4 avril), il semble que Caprara lui-même ait « insisté, dans l'entrevue avec le Premier Consul, pour que, selon que paraît être l'usage, l'abbé Bernier fut nommé cardinal par une sorte de nomination anticipée : [Docum Concord., V, 234, 279, 28'2). » Au lieu de cela.Bern er fut seulement nommé à l'évèché d'Orléans ; et il est mort simple évêque de cette ville (1806).

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Bien étrange et bien curieuse était cette pièce que Bernier donna à lire et à signer au card. Légat. Nous la donnons ici toute entière :

€ Les évèques et prêtres constitutionnels sont certainement prêtres et évêques, à ne pas avoir besoin de recevoir de nouveau les ordres. Je conviens de ce principe avec M. le conseiller d'Etat. Je conviens encore avec lui que le Premier Consul pourra nommer, parmi les évêques constitutionnels, ceux que dans sa sagesse il en jugera dignes. Je conviens encore avec M. le conseiller d'Etat qu'il faut réunir tous les partis : ainsi, après l'institution canonique donnée aux évêques qu'il plaira au Premier Consul de nommer, je procéderai à leur réunion, de manière qu'il ne puisse rester aucun germe de troubles ou occasion d'humiliation.

« Mais je prie M. le conseiller d'Etat d'observer, qu'avant l'institution canonique donnée aux évêques constitutionnels et par eux demandée dans la forme d'usage, ils ne communiquent point avec Sa Sainteté, par qui ils n'ont point été institués. Il faut donc que cette communication soit établie, après la publicalion du concordat, par les institutions canoniques données et demandées en exécution de ce concordat, avant que moi, Légat, je puisse reconnaître ceux qui n'ont eu, ou cessé depuis dix ans toutes les relations usitées avec le Saint-Siège. — J'observe à M. le conseiller d'Etat qu'il a raison de dire qu'il faut finir le schisme, mais j'ajoute que l'on n'a demandé la démission aux anciens et l'abandon aux constitutionnels, que pour pouvoir, en exécution du concordat et par l'institution canonique donnée à tous ceux qui seront nommés par le Premier Consul, faire cesser les différends qui ont produit le schisme.

« Je conviens avec M. le conseiller d'Etat que l'église métropole de Notre- Dame de Paris continue d'être église, que les actes religieux par lesquels on imprime le caractère, qui y oui été célébrés, n'ont pas besoin d'être réitérés, et c'est en conséquence de cela que je ne me fais aucune peine d'aller à Notre-Dame. Je ne demande point à être assisté d'anciens évêques ni d'autres prêtres tenant à eux ; car venant pour la paix et pour finir le schisme, je veux éviter tout ce qui pourrait occasionner des troubles. — Mais j'observe à M. le conseiller d'Etat que je ne puis non plus avouer, avant la publication du concordat et avant les institutions canoniques demandées et données en conséquence, les évêques et prêtres avec lesquels je ne puis entrer en communication que par ces deux choses.

« J'ouvre mon cœur à M. le conseiller d'Etat, et je le prie de juger combien mes intentions sont droites et pures. Je ferai tout pour entrer dans les vues du Premier Consul, qui ne veut que le bien. Il peut nommer tel ecclé-

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siastique qu'il jugera convenable pour me recevoir à Notre-Dame, et y faire la prière pour la paix glorieuse qu'il vient de procurer au monde. « Je prie M. le conseiller d'État d'agréer l'assurance.., »

En lisant attentivement cette pièce, dont Gaprara,en la signant, s'eno-ageait à exécuter le contenu, on s'aperçoit que le card. Légat s'oblige formellement à donner l'institution canonique à tel évêque qu'il plairait au Premier Consul de nommer ; que cependant il ne peut se prêter à cela qu'après la publication du concordat, et la réconciliation des constitutionnels avec le Saint- Siège. On remarque en second lieu, que la teneur d'un semblable compromis n'a qu'une relation bien indirecte avec ce que Portalis, au nom du Premier Consul, avait demandé par cette mise en scène théâtrale et cette anxieuse attente que nous avons vue. Enfin on en conclut que les deux mess:igers consulaires ont monté toute cette machine dans la seule fin d'arracher au card. Légat la promesse écrite de consacrer les évèques constitutionnels ! C'est donc au nom du Premier Consul que Portalis et Dernier tendirent au vieux card. Légat une embûche aussi malhonnête (1) !

ii) Lorsqu'on lit « celte suite de perfidies vulgaires » comme les appelle fort iustement M. d'Haussonvile dans son bel ouvrage [L'Eglise Romaine et le Premier Empire I, 184), on éprouve devant ce manque de dignité d'un gouvernement, un dégoût qui n'a d'égal que la pitié qu'inspire la faiblesse de caractère de ce Légat qui se laisse aiusi jouer ! Gonsalvi, Antonelli ou di Pietro auraient eu une tout autre attitude !

On dirait que Caprara, selon un bon mot d'un archevêque devenu cardinal, a adopté la théorie facile de l'ABGD [Abbé, céiez, cédez toujours!). L'exemple a été, malheureusement, trop bien suivi, en France ! C'est commode, mais n'a rien d'héroïque ni de commun avec la parole du grand évêque de Constantinople : Lupo generose resistamus, quoiqu'il en coûte, tribulatio, famés, rincula, gladius, mors (Trad.)

Il faut voir maintenant de quelle manière, en présence de procédés si indélicats je ne dirai pas pour le fond des choses qu'on lui demande, mais pour les égards dus à îa dignité dont il était revêtu, se conduisit le Représentant du Souverain Pontife. Nous devons citer ses paroles :

« A la vue du tableau qu'ils me présentaient tous les deux, j'éprouvai quelque inquiétude, et je me mis à lire cet écrit, je fis à son sujet les remarques que je jngeai opportunes, et sur lesquelles nous tombâmes d'accord. Enfin me voyant réduit à 1^ dure alternative, ou de risquer de tout ruiner, ou de devoir choisir un moyen qui était de nature à diminuer la bourrasque, je me retournai vers l'abbé Dernier et je lui dis : « Puisque vous qui avez examiné le contenu de cette pièce de sang froid, et non en un moment comme moi, vous me donnez en conscience l'assurance qu'elle ne renferme rien qui blesse ni nos principes ni nos maximes, je ne vois point de difficulté de faire transcrire cet écrit et de vous le remettre signé de ma main. »

Franchement, en voyant un cardinal Légat du S. Siège, venu en France pour éclairer et pacifier les peuples,feprésentant dans sa personne pour ainsi dire la personne même du Pontife romain, en venir à demander ce que pense un prêtre pour le moins gallican et suspect, et sur ce jugement intérieur h l'égard des priri' principes et des maximes romaines reposer son propre jugement et sa propre conscience, on a de la peine à étouffer un sentiment de pitié et de révolte.

A ce moment du moins le card. Caprara commença à soupçonner sérieusement que le Premier Consul nommerait quelques constitutionnels. Et il avoue ingénument que, selon que le Pape lui-même l'avait promis dans la note de Consalvi à Cacault, refuser l'institution canonique en mettant en avant les conditions exigées, c'était à peu près impossible. Enfin le bon cardinal, ne sachant à quels moyens recourir pour empêcher ce choix fatal, se retranche dans l'expédient qu'il invoque si souvent envers lé

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Pontife elle card. Consalvi^ et qui au moins prouve certainement son bon cœur et les bonnes intentions qui l'animaient. « Ma conduite jusqu'à ce moment, dit-il, a été d'assumer sur moi seul la responsabilité entière de toute divergence d'idées, afin d'épargner à Sa Sainteté tout froissement, tout ennui ? »

Mais trois jours après, ayant demandé et obtenu une audience du Premier Consul afin de présenter ses félicitations au sujet de la paix conclue à Amiens, il apprit de la bouche même de Bonaparte « que. parmi les sujets destinés aux nouveaux évêchés, il n'y aurait qu'un petit nombre de constitutionnels ». A cette nouvelle, Caprara « se donna du courage », et fit valoir toutes les raisons qu'il jugea les plus propres à le dissuader de ce parti : il lui rappela les espérances qu'il lui a{>ait toujours données à ce sujet^\n\ exposa la peine qu'en éprouverait le Pape, les dangers de discorde fomentée par ces choix, et la tache d'incapacité qui en rejaillirait sur le Légat, de n'avoir pas réussi à obtenir du Premier Consul « un objet où sa propre gloire était intéressée >.

En réponse à ces humbles et presque gémissantes supplications, le Premier Consul, dans un langage plein de majesté, développa les raisons très graves qui le faisaient agir ainsi, et que Caprara rapporte dans toute leur clarté, ainsi qu'il suit :

« A ces doléances, dit le cardinal, où se faisaient jour les angoisses qui m'agitaient^ le Premier Consul répondit : « je veux deux choses, et je dois cous dire à ce sujet que ce sont les évêques démissionnaires eux-mêmes qui disent quil ne peut y avoir de mal, ni rien qui blesse la religion {^propositions que je connaissais dé/à), à nommer des évêques constitutionnels, pourvu qu'ils fassent ce que leur prescrira le Pape pour se réconcilier. Le Pape lui-même m'a écrit, dans la note par laquelle il a été répondu à Cacault, qu'il recevrait les constitutionnels dans son sein, et qu'il leur ferait donner l'institution canonique. Il est donc tout à fait inutile de parler de cela à V avenir. Mon parti est pris : on.

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ceci OU rien. Il y aura dix constitutionnels, dont deux seront archevêques, les huit autres éçêgues. »

Cette déclaration était bien laite « pour m'alterrer », ajoute Gaprara ; il expose ensuite les raisons par lesquelles il chercha à combattre le parti pris ; « mais ce fut en vain, on se borna à répéter les mêmes paroles que j'ai rapportées plus haut. »

A ce moment de l'audience, intervint un autre interlocuteur, dont les paroles ne furent ni modérées ni justes comme celles du Premier Consul. Elles méritent d'être citées, telles que Caprara les rapporte dans sa dépêche à la cour romaine :

Pour mettre le comble à ma douleur et à mon embarras. dit le card. Légat, le conseiller Portalis, qui jusqu'alors s'était montré on ne peut plus opposé aux constitutionnels, à ce point qu'il n'en avait pas compris un seul dans les trois listes qu'il avait remises au Premier Consul (comme j'en prévins votre Eminence en son temps), le conseiller Portalis se constitua le défenseur acharné des constitutionnels, et enchérit encore sur la marchandise, pour me servir de l'expression vulgaire. J'eus donc alors non plus seulement un, mais deux adversaires à combattre sur ce même objet. Je dis tout ce qu'il était humainement possible de dire... Le conseiller Portalis m'ayant objecté que c'étaient là les principes romains que je soutenais, je répondis avec la plus grande franchise, que je me faisais un devoir de suivre et de propager les principes romains, parce qu'ils étaient sains et catholiques, et non les siens tirés de je ne sais quelle philosophie. Et à ce moment nous échangeâmes quelques paroles sur cette différence de nos principes, sans que je cédasse un pouce de terrain.

" Cette discussion avec Portalis, dont il put au moins alors connaître les vrais sentiments, ayant quelque peu ranimé ses esprits le cardinal attaqua de nouveau le Premier Consul, qui en guerrier adroit, répétait toujours : ou ceci,ou rien^se basant sur les raisons de concorde et d'unité nationale et religieuse. S'emparant de cette même raison, Caprara s'en servit pour sa thèse, disant « que les laïques aussi bien que les ecclésiastiques des diocèses respectifs refuseront de reconnaître les constitutionnels pour évêques... » Bonaparte reprit alors : Les ecclésiastiques qui se permettront d^agir ainsi, je ne les déporterai point à Cayenne^

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71011, mais je les enverrai tous sans exception dans la Romagne, en les disséminant entre les dii'erses villes de cette province (1).

Vue cette insnrmontiible volonté du Premier Consul, le bon Caprara balança dans son esprit, d'un côté la nécessité de la publication du Concordat, et de l'autre l'obligation peu bonorable pour le Pape de consentir à l'acceptation des constitutionnels. Et il conclut : « En présence de cette situation, je me dis : dans une extrémité à laquelle il est impossible d'échapper^ il vaut mieux que le monde m'accuse, moi, d'avoir adhéré à une pareille mesure, que d'en laisser remonter la responsabilité au Saint- Père. »

Il pria donc de nouveau et demanda « en grâce », qu'au moins « on ne nommât pas autant de constitutionnels « ; n'ayant rien obtenu, il fit un effort courageux ; « Eh bien ! dit-il, puisqu'on est sur que le Pape a cédé quant à la nomination et à* l'institution canonique des constitutionnels, qu'on soit sûr aussi que je ne m'écarterai pas d'une ligne des instructions qui m'ont été données sur ce point: à aucun prix je ne procèderai au moindre acte, avant que les constitutionnels aient rempli, jusqu'au bout, toutes les conditions qui leur sont imposées par le Saint Père, et laissant de côté leur caractère de constitutionnels, ils peuvent compter que je porterai le scrupule au dernier degré, comme c'est mon devoir, sur leurs qualités.

A ces mots, le Premier Consul témoigna un dédain marqué ; mais sans m'émouvoir, car j'avais pris du cœur en parlant, je

(l) Il sei-ait intéressant de rappeler les rapports de Napoléon avec le clergé (voir M. d'Haussoville, I, ch. XIIH. Par ses ordres, dix prêtres du diocèse de Liège sont, par indulgence (!), déportés à Rimini (en Italie].' et il demande à M. Régnier la peine qu'encourt un prêtre qui se sépare de la communion de son évêque... Dieu, dit-il, le punira dans l'autre monde, mais César doit le punir dans celui-ci (v, corresp. de Napoléon I, t. IX, p. 310). Et voilà ceux qui blâment si sévèrement l'inquisition ecclésiastique bien moins sévère, et dénient à l'Eglise tout pouvoir coacLif, ou trouvent déplacé de lui prêter main forte pour faire respecter ges décisions ! (ïrad.)

répétai : « Je crois devoir agir ainsi ; je ne puis en conscience et par honneur tenir une conduite différente. »

Le dédain marqué du Premier Consul, que le card. Caprara constate expressément, ne doit pas, à mon avis, se rapporter à l'objet même qu'a en vue le Légat. Faisant ici abstraction de tout jugement, tant au point de vue politique qu'au point de vue religieux, sur le paiti pris de vouloir pour les nouveaux sièges des prêtres séparés de Rome : en ce qui regardait les qualités morales et religieuses des nouveaux élus, il y avait pensé à sa façon, en excluant entièrement les plus dangereux et spécialement Grégoire (1). Connaissant donc les mesures qu'il a prises sur ce point, et qu'ignore le Légat ; sachant, en outre, les conditions imposées par Rome pour l'admission des constitutionnels, c'est-àdire ce que pouvait et devait faire le Légat, il ne put s'empêcher de sourire devant la naïve menace qu'il fera son devoir. En effet,

(1) Dans sa note du 15 mars, Bonaparte écrivait : Dareste, le constitutionnel qui véritablement pourrait donner de l'embarras, Grégoire, ne sera pas nommé non l'itis que ceux qui dans un temps quelconque auraient, contre le vœu de l Eglise, signé la mort d'un individu quelconque [Docum Concord . , V. 235.) C'est à cela que se réduisaient les qualités, requises par Bonaparte, des nouveaux pasteurs constitutionnels ?

Le choix néanmoins fut déplorable pour la majeure partie. Le card. Consalvi, écrivant aux Nonces, leur disait : « La seconde nouvelle bien amère, c'est que quelques-uns (pas tous) des dits intrus sont absolument reconnus du public comme indignes d'être désignés comme pasteurs, par leur conduite et leur qualités, sans compter leur caractère de constitutionnels [L . Chiffrées aux Nonces, Princes,S mai 1802 Archiv. Vatic.,vol. 276).

Mgr Sala, qui les connaissait de près, en parle aussi dans son Piano di riforme Plan de réforme : «on nomma .. les Constitutionnels, en commençant par les plus ardents à soutenir le schisme ; ce qui surtout servait de règle dans les nominations, c'était la parenté avec les Ministres, ou avec les généraux, l'appui des premiers favoris de la Cour, les relations avec les chefs de la secte philosophique [Miscellanea della R. Società romana di Storia patria. G. A. Sala scritti varii, IV, III). »

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« il se tourna vers le conseiller Portails, et lui dit : « Vous avez compris ce que veut le Légat : i>ous en répondrez. »

Il lui faisait entendre par là qu'il devait trouver le moyen de déjouer également de ce côté les prétentions romaines, d une sa* veur trop chrétienne pour les temps actuels. Nous verrons que Portalis comprit bien la leçon, s*il en avait eu besoin.

Les articles organiques jugés à Rome.

SOMMAIRE

I. Douloureuse impression produite à Rome par la publication simultanée des articles organiques et du Concordat. Le S. Père les donne à examiner à la congrégation dos Cardinaux.

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