‹ La diplomatie pontificale au XIX siècleChapitre 5 sur 68 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

lu que le Pape protesterait, les désavouerait, mais de manière à ne pas exaspérer le Premier Consul qui, dans un accès de colère, aurait pu tout briser. Et ainsi fut fait, (voir le chap, l^"" du 2^ vol.) Il fallut ménager les susceptibilités de cet orgueilleux qui n'acceptait aucune observation de bonne grâce, et dire diplomatiquement que ces articles étaient inconnus au Pape, et qu'on espérait qu'ils seraient modifiés. » Un des motifs, et même le î)rincipal, du voyage de Pie VII à Paris pour le sacre, fut l'espoir que l'Empereur les retirerait. En tous cas, on se garda bien de reconnaître une compétence quelconque au gouvernement en ces matières.

Pourquoi n'en avons-nous pas fait autant ? Pourquoi avons-nous, en pratique du moins,accepté'quelques-uns de ces articles ? « Ils ne sont pas tous anticanoniques, » a-t-on dit. Vous acceptez donc, en ces matières, l'intervention de l'Etat, pourvu que ces décrets ne soient ni contre la foi ni contre la discipline de l'Eglise ? Vous reconnaissez sa compétence ?

Est-ce que VEcthèse d'Héraclius, V Hénotique de Zenon, et certains décrets de Justinien et autres empereurs d'Orient étaient entièrement hérétiques ? Pourquoi ont-ils été mal vus et mis de côté par l'Eglise, par les Docteurs et les Souverains Pontifes ? Qu'objectait-on à ces princes qui se mêlèrent de régler les questions religieuses % Ce que S. Jean Damascène répondit à Léon l'Isaurien : « qu'en matière de religion il ne connaissait de décrets que ceux de l'Eglise », et que le pouvoir civil est incompétent dans ces questions. Nous offriraient-ils une législation prise toute entière dans le « Corpus Juris Canonici », et, pour ainsi dire, exempte de reproche, nous ne pouvons, nous ne devons pas, nous chrétiens et catholiques, la recevoir

AVANT- PROt>OS Vit

de leurs mains. Ce serait reconnaître leur compétence et rendre à Gésar l'honneur qui n'est dû qu'à Dieu.

Ce culte exagéré pour la loi civile mérite les reproches que St Paul adresse aux Galates qui, après avoir reçu la loi divine de Jésus-Christ, revenaient à la loi Mosaïque et à de vaines observances : « Vous êtes à ce point insensés qu'après avoir commencé par l'esprit (l'Evangile et la loi chrétienne), vous finissez par la chair (la loi humaine, civile.) Quomodo convertimini ad infirma et egena eiementa, quibus denuo servire vultis ? State, et nolite jugo servitutis contineri. Je le déclare à quiconque se soumet à ce joug {d'une autorité incompétente) quoniam « debitor est universse legis faciendse. » Sî vous admettez l'autorité, le pouvoir de l'Etat dans les choses sacrées et spirituelles, ou qui, de quelque manière, leur sont connexes, vous ne pouvez accueillir ses décisions sur un point et les rejeter en d'autres que par un laborieux et absurde éclectisme. Vous êtes désarmé contre lui : debitor es universœ legis faciendse ! Voilà la faute qu'ont commise et que continuent à commettre certains libéraux. Ils admettent comme légitime l'intervention de l'Etat en matière de religion, jusqu'à un certaint point, dont ils veulent être les juges. Puis, quand l'Etat s'avance, d'après eux, un peu trop loin dans cette voie, les voilà qui lèvent les bras au ciel : C'est trop fort ! jamais on n'a vu chose semblable ! quelle tyrannie ! — C'est vous qui êtes plutôt ridicules, odieux : vous avez ouvert la porte aux excès que vous condamnez. Vous n'êtes pas logiques. Ah ! qu'elle est belle et féconde la maxime de l'Imitation :

Principiis obsta : sero medicina paratur Gum mala per longas invaluêre moras !

Vili AVANT-PROPOS

Nous insistons ailleurs sur ce principe, en particulier à la fin du chap. XIV, avant de donner le texte du Concordat (Voir surtout les docum. VIII et IX).

Si nous avons rappelé l'énergie du Pape Pie VII, des card. Consalvi et Antonelli ( pour ne citer que ceux-là), de l'Archevêque de Corinthe et du P. Caselli, c'est que nous avions nos raisons. Il est utile et salutaire pour nous de nous retremper dans ces exemples de fermeté.

C'est de i'Episcopat d'abord que nous avons le droit d'attendre cette vaillante énergie, cette entente, cette Uiianimité nécessaire pour que la résistance aux projets que la secte maçonique est à préparer dans l'ombre, soit efficace.

Supposons que les Evêques du premier Empire (voir notre note de la p. 294) eussent imité le courage de Pie VII et des Cardinaux — ils l'auraient pu sans s'exposer aux mêmes vengeances, — et qu'ils eussent protesté, non pas isolément, mais avec ensemble, contre tant de décrets injustes de Bonaparte. Nous n'en subirions pas en ce moment les dernières conséquences !

On oublie que l'Eglise est, de droit divin, une société juridiquement parfaite, indépendante des pouvoirs humains. Bien mieux, les rois et les princes doivent être soumis à l'Eglise, s'ils sont baptisés. C'est ce que répète constamment la tradition catholique : « Vous aussi, ô Empereur, s'écrie S.Grég. de Naz., en s'dressant à Théodose, « la loi chrétienne vous soumet à mon empire et à mon trône.Car, nous autres Evêques, nous avons aussi un Empire, j'ajoute même un Empire plus excellent .et plus parfait que le vôtre (Disc. 17 à Théod.). » Et S.Jean Damascène (Disc. 1 et 2 sur les Images) : « Ne cherchez pas, ô Prince, à dissoudre l'Etat ecclésiastique. Car l'Apôtre a dit : Dieu a placé dans son Eglise certains hommes com-

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me Apôtres, certains comme Prophètes, d'autres comme Evangélistes, d'autres comme Pasteurs et Docteurs : il n'a pas nommé les Rois ». Et Lucifer de Cagliari, (liv. 1, en faveur d'Athanase) à l'emp. Constance : « Vous dites qu'au Deutér., XVII, 9, Moïse, ce grand serviteur de Dieu, a fait mention du Juge d'Israël aussi bien que des Prêtres. Prouvez que vous avez été fait Empereur pour contraindre par les armes à accomplir la volonté du Démon votre ami. Mais vous ne sauriez fournir cette preuve. Car, il vous a été enjoint, non seulement de ne pas faire peser votre domination sur les Evéques, mais môme d'obéir à leurs décrets. Que si vous tentez, au contraire, de renverser leur.s décisions, si vous et s surpris à vous laisser emporter par votre orgueil, vous êtes d'avance condamné à mort. Dès lors, comment pouvez-vous prétendre au droit déjuger les Evêques, vous qui, en leur désobéissant, êtes déjà frappé de mort devant Dieu ? » Et ce langage vraiment Episcopal de Lucifer de Cagliari a reçu les éloges les plus enthousiastes de tous les Pères de cette époque et de ceux qui les ont suivis. Aussi S. Athanase lui répond : (( Nous avons trouvé en vos lettres et en vos livres l'image d'un Adèle disciple des Apôtres, l'enseignement de la vérité, la doctrine de la vraie foi, la tradition intacte de

nos Pères, la droite règle de l'ordre Ecclésiastique

Croyez-moi. Lucifer, ce n'est pas vous seul qui avez parlé ainsi, mais l'Esprist-Saint avec vous.... » (Athan. ad Luciferum.)

Il faudrait citer encore Osias de Cordoue, les Papes Jutes et Libère etc. Veut-on l'opinion d'un homme, qui n'était pas, k la vérité, un Docteur de l'Eglise, mais qui avait intérêt, au contraire, à soutenir les prétentions du pouvoir civil ? Voici ce que le roi de France Louis VII écrivait dans une de ses lettres, où il parle des agressions

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de Tempereur d'Allemagne Frédéric I contre le pouvoir de l'Eglise : « Cet empereur ignore-t-il que Noire-Seigneur Jésus-Christ, quand il était sur la terre, a commis la conduite de ses brebis au B. Pierre et, par lui, à tous ses successeurs "? N'a-t'il pas entendu dans l'Evangile le Fils de Dieu lui-même dire au Prince des Apôtres : « Simon, m'aimez-vous ? Paissez mes brebis. » Y a-t-il ici une exception faite pour les rois de France ou pour certains prélats ? (Numquid sunt hic Francorum reges, vel aliqu' Prelati excepti)'? (v. Baronius, Annal., a. 1162, n. 10).

Terminons ces citations par ces paroles d'Yves de Chartres à Henri roi d'Angleterre (Ep. 51) : « Songez, nous vous en prions, songez toujours que le royaume de la terre doit être soumis au royaume des Cieux confié à l'Eglise. Car, de même qu'en l'homme, la partie animale doit être soumise à la raison, de môme la puissance terrestre doit l'être au gouvernement ecclésiastique. Quand elle n'est pas gouvernée et régie par la loi de l'Eglise, la puissance de la terre n'a pasplusdevaleurqu'uQ corps soustrait à la direction de l'âme...» ; et par celles d'Innocent III (cap. Solitœ de majorit. et obedientia..) •« Nous ne contestons pas que l'empereur ait des droits de prééminence dans les choses temporelles, sur ceux qui les reçoivent de sa main ; mais le Pape est avant lEmpereur dans le domaine spirituel ; celui-ci est supérieur d'autant au pouvoir temporel que l'àme l'est au corps, (cf. S, Th. 2. 2. q. 60 art., 6, rép. à la 3^ obj,)

Si le clergé, sous Napoléon, avait ainsi parlé, sans doute il y aurait eu appel comme d'abus ! surtout s'ils avaient parlé comme Lucifer de Cagliari — mais qu'importe ? Cela ne tue pas, et nous nous en porterions bien mieux en ce moment !

Supposons encore que, lorsque, il y a 20 ans et plus, la

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