AVANT PROPOS XI
République inaugura cette série de lois et d'attentats qui se continue, elle eût trouvé un épiscopat ferme, inébranlable et unanime, le clergé rangé autour de ses évoques, et des fidèles résolus, coûte que coûte, à suivre leurs chefs spirituels et leurs pasteurs, y aurait-il eu en France assez de prisons pour nous y enfermer tous ? Ils s'en seraient bien gardés, et nous auraient laissés tranquilles. Voyez l'Allemagne ! L'épiscopat, le clergé, les catholiques ont formé un bloc qu'on n'a pu entamer et contre lequel se sont brisés les efforts des puissants ! Il a fallu compter avec eux. Le Centre, dans cet empire en majorité luthérien, est-il une force négligeable ?
Voyez encore la Belgique ! Ces comparaisons sont une honte pour nous.
Qu'attendons-nous ? Ne ressemblons-nous pas à ce peuple léger d'Athènes, auquel Démosthène reprochait de ne s'occuper que de futilités, tandis que Philippe de Macédoine enveloppait toute la Grèce de pièges habilement tendus, où tôt ou tard devait expirer la liberté et- même 1 honneur !
Tant d'éléments de vie qu'il y a eu en France, et qui ne demandent qu'à s'organiser, non pas au son cadencé et harmonieux de périodes académiques propres à endormir plutôt qu'à réveiller les mâles courages, mais sous la discipline de chefs dignes de ce nom, alertes, vigoureux, infatigables, organisateurs, étendant leur action et leur influence jusqu'au dernier hameau et à la dernière chaumière de France ! Il faut être des hommes, secouer sa torpeur et vouloir virilement. » Je nai pas peur de Mayenne, disait Henri IV. // passe plus de temps à dîner que moi à dormir ! »— Pour que le Lé gat Caprara ne vît pas trop clair dans ses manigances contre la religion, le Pren^ier Consul (qui travaillait 18 heures par jour) l'en-
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voyait jouer aux cartes, au réversis, avec Mme Bonaparte ! Voilà qui serait plus au goût de beaucoup de gens que la vie militante, employée, sous l'œil de Dieu, à déjouer les projets des ennemis de l'Eglise ! La foi simple des Bretons a vu plus clair et plus loin que nos savants dans les louches manœuvres des sectaires. Et d'humbles femmes peuvent souvent en remontrer aux hommes ! Naguère, dans une souscription pour des prêtres spoliés de leur traitement, je lisais ces simples mots redi s par des milliers d'autres souscripteurs :
Une mère de famille qui veut que ses enfants conservent leur foi. Et cette suscription : une mère chrétienne, pour la liberté ! N'est-ce pas sublime et mieux que les mères de Sparte ? J'ai cru voir, dans ces simples paroles, la réponse de la France à l'O'Connel qui saura lui parler et mettre la main sur son cœur !
Oui, espérons ! Mais la première condition, c'est évidemment que les évoque s'entendent, se concertent, et ne redoutent pas les articles organiques et les foudres ministérielles. Inutile ferrum ! Comme les armes du vieux Priam qui firent long feu : telum imbelle sine ictu .'Pourvu qu'ils veuillent et qu'ils résistent avec ensemble et non un à un ! Et en quelles bouches mieux que dans les leurs doit retentir cette hère parole :
Je crains Dieu,cher Abner,et nai point d^autre crainte ! {1)
N'y a-t-il pas lieu de rougir de son pays, quand on voit des prêtres éminents traînés comme des malfaiteurs
(1) Depuis que ces lignes ont été écrites, l'Episcopat français s'est ressaisi, et son premier d^cie (car il sera suivi d'autres) a été cette Pétition, ou plutôt cette magnifique protestation devant laquelle s'agite en vain le despotisme démagogique !