‹ La diplomatie pontificale au XIX siècleChapitre 60 sur 68 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

seconds cessèrent d'espérer nue Bonaparte serait un autre Monk.

Telle fut, il y a un siècle, la première République.

La République française d'aujourd'hui est bien différente de celle-là. Ses frontières sont resserrées. Ce n'est plus le Rhin qui lui sert de barrière au nord-est ; ce sont des forteresses, des canons, des escadrons armés, prêts sur un signe à consommer sa ruine. Au midi, ces petits états, foulés, il y a un siècle, par ses cavaliers et ses fantassins en bonnet rouge, maintenant unis et compacts contre l'étranger, toujours sujet à caution, présentent à la troisième république un front en armes. La Prusse, liguée avec l'Italie et l'Autriche, tient suspendue au-dessus de sa tête l'épée d'Arminius, et en fait à tout propos brillera ses regards l'éclat menaçant. La Russie, froide reine du Nord, se fait un ornement et s'engraisse avec les fonds républicains ; matronne calculatrice, elle fait à sa vaniteuse compagne le semblant d'un salut et l'aumône d'une visite furtive. Albion, l'antique rivale, lui lance des flancs cuirassés de ses navires le veto guerrier, qui interdit aux fiers enfants de la tremblante Gaule républicaine, le pas en avant dans les conquêtes africaines, et les force, frémissants, à replier les ailes de leur vol hardi.

Pour juger de l'état intérieur auquel la troisième République a réduit un pays qui, en hommes et en richesses, fut en tout temps à la tête de l'Europe, qu'il suffise de toucher deux plaies énormes, qui lui rongent le sein et les entrailles.

La troisième République est le pays où les particuliers et les familles paient les impôts les plus lourds qui grèvent un peuple dans tout l'univers. Le chiffre de la dette publique, qui atteint la somme phénoménale de trente-deux milliards est le plus élevé parmi tous les peuples de la terre qui ont un livre de la Dette publique (1).

(1) Les dernières statistiques donnent des dettes internationales les chiffres suivants : l'Allemagne, 2 milliards 795 millions ;l'Autriche, 8 milliards et demi ;ritalie, 12 millards 915 millions ; la Russie , 15 milliards et quelques millions ; la France,

552 CHAPITRE VINGT-QUATRIÈMB

L'autre mal, de nature plus iulime et plus significatif comme symptôme, c'est la diminution des naissances, qui sont sans proportion avec le nombre des décès et avec celui de la population. Encore ici, dans l'accroissement annuel de la population, la troisième République est au dernier rang parmi toutes les nations de la terre ; c'est reconnu de tous. Par suite, ses colonies, son industrie, son commerce, exsangues, inertes, déclinent toujours en pire (1).

Quel horrible rapprochement ! quel changement a produit l'œuvre destructrice d'un seul siècle ! En 1802, la gloire de la Republique française brillait dans toutes les contrées de l'Europe; on en redoutait le nom ; si tous ne l'aimaient pas, tous en respectaient la puissance ; on conteiiiplait, des Pyramides au Rhin, les glorieux trophées de ses victoires. En 1902, la troisième République, pour tout dire en un mot, est une République vaincue, et plus d'un de ses nobles fils rougit de porter semblable nom. Mais c'est peu. Qui dit une nation vaincue lait aussitôt naître dans l'esprit la pensée d'un gouvernement actif, appliqué à ramasser toutes les forces nationales, h les préparer pour la revanche. Il en devrait être ainsi ; il en fut ainsi dans le passé. Rome, après les désastres de Trasimène et de Cannes, fit des prodiges contre le formidable Africain ; la Prusse, après les ruineuses journées d'Iéna et d'Eylau, unit secrètement comme en un faisceau les cœurs et les forces de toute l'Allemagne, dans le but d'accabler l'ennemi envahisseur. Et le sfouvernement de la

32 milliards, avec un budget annuel de 3 milliards 900 millions !!! Le chiffre est audessous de la réalité. En 1801, il était à peine de 40 millions ; en 1814, il ne s'élevait qu'à 63, 307, 637. Le budget de 1 902, avec son déficit de près de trois cent millions, forme un horrible constraste avec celui que le Premier Consul réglait en 1802 dans ses notes du 25 germinal an X (15 avril 1802). II l'équilibrait avec 40 millions (t'o/r correspaudauce de Napoléon l"', VII, n. 6039, 6040).

(1) D'après la dernière statistique, en 1900, les décès excédaient les naissances de 26.000 ! En cette même année 1900, les naissances étaient inférieurds de 20,330 aux naissapcgg de 1889, ptles décès étaient de 37,052,

Page 1