Lettre (TAlberoni à Rocca, 27 avril 1716, p
182 GOUVERNEMENT D'ELISABETH FAhNÊSE
royauté de Philippe V songeait à corriger1. Alheroni procéda par degrés à cette réforme capitale. Il commença par faire savoir à tous les agents du Roi que le maître voulait connaître ses affaires, directement et sans intermédiaire. Si des ambassadeurs, comme Beretli-Landi à La Haye, Acquaviva à Rome croyaient bon de se ménager comme autrefois des appuis auprès des conseillers d'Etat, l'abbé, auteur et confident des plans d'Elisabeth Farnèse, délivré de del Giudice, et bientôt premier ministre à la fin de 1716, leur apprit que c'en était fini « de cet aréopage de vieillards », et de leur prétention à donner des lois à leurs souverains2. Puis, au mois de janvier 1717, la grande réforme s'opéra dans les services et les serviteurs de la monarchie.
Le Conseil d'Etat, cette institution vénérable où l'honneur suprême pour un Espagnol était d'entrer, et qui avait souvent absorbé et remplacé la royauté, subit le premier assaut. La Présidence, qui faisait presque une royauté, fut supprimée. Par égard pour le vieux titulaire qui l'occupait depuis plus de vingt ans, le comte de Frigiliane, les appointements seuls lui en furent conservés. Puis il fut décidé que toutes dépèches de la monarchie ne passeraient plus par ce Conseil, qu'elles iraient directement au Roi par les soins de son secrétaire Grimaldo.La substitution de la via reservada à la via de Estado, c'était la fin des pouvoirs du Conseil d'Etat qui, n'ayant plus ni le maniement ni la connaissance des affaires, fut réduit désormais à un ensemble de fonctions purement honorifiques3.
L'ordonnance du 20 janvier 1717 atteignit ensuite le Conseil de Castillc, au moins aussi puissant que l'autre pour le dedans, pourvu d'une compétence presque universelle en matière administrative. Elle l'atteignit dans son chef, le gouverneur de Castille dont le traitement l'ut réduit du tiers, puis dans la situai ion des conseillers et des procureurs fiscaux diminuée d'alitant *. Tous les revenants-bons dont ils abusaient, indemnités de logements,
1. Cellamare ;'i Mdnteleone, 20 septembre 1715 \. 1 : 1 lî. , Espagne, L248, f° 11G).
2. Torcy, Négociations, II. I" 81,5e1 Saint-S n, éd. Chéruel, .XIII, p. 312.
!î. Lettres d'Alberoni ;'i Rocca, 25 janvier 1717. ri |surtou1 I'.! juin 1718, )>. .">s">. — Torcy, Mémoires, II, p. 62. — Sainl Simon, Mil p. 308-309.
4. Torcy el Saint-Simon, Ibid., H en outre Desdevises 'In Dézert, Les Institutions, p. 61 fi 62, d'après là Novissima Recopilacion, l\, m. I.
L'OEÙVRÈ D'ÀLBERONl EN ESPAGNE IX:î
amendes el dispenses, versements à leur compte d'un intérêt de
4 pour 100 sur tous les emprunts contractés par les villes et les provinces furent supprimés. Désormais les membivs, soumis au contrôle plus rigoureux des gens du Roi, mieux rattachés à la royauté par l'intérêt et par l'amour-propre durent se plier aux exigences d'une administration nouvelle dont la Heine disposa1. Le Conseil de guerre fut ébranlé plus profondément encore. Quoique la présidence demeurât au marquis de Bedmar, ses attributions se trouvèrent ramenées à des fonctions de justice et de contentieux confiées à quatre conseillers de robe qui n'avaient plus aucune autorité sur l'armée. Encore le Roi se réserva-t-il, à lui ou à des hommes d'épée choisis par lui, le jugement des officiers généraux2. Au Conseil des Indes que l'on ne pouvait de la môme manière annuler, sans ruiner toute l'administration de l'Empire, ce fut un grand progrès que l'exclusion décisive des fonctionnaires créoles, un remède opportun à la corruption, au mal essentiel de ce gouvernement colonial. La direction en fut d'ailleurs confiée à un homme tout à fait sur, passionné pour le relèvement de la marine espagnole dont il était une des gloires, l'amiral André del Paëz (25 janvier 1717)3. Le choix que l'on fit ensuite pour président des finances, à la place de l'évèque de Cadix, du prince de Campoflorido, était moins heureux. La faveur de la Reine pour ce grand seigneur italien, dont la santé était délabrée, l'avait déterminé, mais ne le justifiait pas.
Après tout, ce qu'on voulut alors, ce fut, faute de pouvoir supprimer d'un coup l'antique organisation des Conseils, l'emploi de moyens détournés, mais propres à la rendre moins onéreuse à l'Etat, moins nuisible aux intérêts généraux de la nation. Une habile politique, dont l'honneurrevient à Alberoni, faisait de ces Conseils des instruments dociles de la volonté royale qui put se porter ainsi à des œuvres essentielles, comme la transformation de la bureaucratie espagnole en ministères distincts,