‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 104 sur 189 · Torcy et Saint-Simon, Ibid. et pages suivantes · texte numérisé non relu

Torcy et Saint-Simon, Ibid. et pages suivantes

2. Lettre d'Alberoni à Kocca, p. 587, et Saint-Simon, XIII, p. 308.

3. Même lettre où Alberoni expose la façon dont la suppression du Conseil des Indes a permis les poursuites contre les mauvais fonctionnaires. — Desdevises du Dézert, ouv. cité, p. 95.

affranchis de l'autorité des grands seigneurs, animés d'un réel désir de réformes et capables de les réaliser.

Il faut, pour comprendre ce grand changement, se rappeler ce qu'étaient devenus, en France, du xvic siècle au xvir3 siècle, les secrétaires d'Etat, entre le temps où, simples secrétaires et serviteurs du Roi, ils enregistraient les décisions du Conseil, et celui où ministres du royaume, ils réglèrent dans leurs départements respectifs toutes les affaires de la monarchie. La réforme du Dispacho, ce Bureau universel dont les commis trop nombreux, occupés de mille besognes obscures, dont les secrétaires, personnages trop modestes, presque scribes encore n'avaient ni rang ni fonctions au-dessous des Conseillers, avait commencé en 1705 et 1714 par l'ébauche de ministères distincts1. Elle se confirma au mois d'avril 1717 par une organisation plus méthodique des secrétaireries qui furent données pour l'Etat et les affaires étrangères à Grimaldo, pour la guerre et la marine à Don Miguel Duran, pour les affaires ecclésiastiques, la justice, la maison du Roi et les finances à Don José Rodrigo y Villalpando2. Tous ces hommes associaient résolument leur fortune à celle d'Alberoni. Le premier avait mis au service du confident de la Reine son crédit sur le Roi. Le second lui devait tout, pouvoir, fortune, noblesse. Don Rodrigo s'élevait, grâce à l'abbé dont il allait servir la promotion au Cardinalat, de la place de fiscal de Castille où il remplaçait et continuait Macanaz à de plus hautes destinées. Tous étaient gens de valeur et très laborieux.

Ce qui caractérisait cette réforme, c'était le choix des agents dont elle établissait la fortune. Au département de la guerre et d(i la marine, Alberoni associait à Don Miguel Duran, l'un des hommes qui devaient faire le plus d'honneur à l'Espagne, Don José Patino, né à Milan en 1666 d'une famille espagnole élablie en Italie au xvic siècle, venu en Espagne après avoir renoncé à la Compagnie de Jésus, pour s'y faire remarquer depuis 1708 par ses talents d'administrateur. Quand l'abbé le fit nommer, le

1. Desdevises du Dézert, ouv. cité, p. 23; d'après Saint-Simon, Mémoires, l. XIX, \>. %. e1 la Novissima Recopilacion, III, si, l.

'„'. Rodriguez Villa, Patino, p. 64. — Torcy, Négociations, II. 70. — Saint-Simon, xin, i>. 309.

28 janvier 1717, intendant général de la marine à Cadix et président du tribunal de la Contractacion des Indes, il lui rendit ce témoignage : « C'est un homme fort habile, grand travailleur, les mains nettes surtout1. » N'était-ce pas son propre éloge qu'Alberoni faisait ainsi devant la postérité? 11 comptait sur la probité et le travail de ses collaborateurs pour le succès de l'entreprise dont il s'était chargé. La tache lui paraissait lourde, ainsi entendue : elle aurait dû lui faire honneur.

Il s'agissait en somme de restituer à l'Etat espagnol les ressources qui se perdaient par la prévarication, les abus et l'inertie et qui empêchaient cet Etat de remplir sa fonction.

Le premier soin de l'abbé avait été de se procurer une liste des revenus généraux de la couronne qui permît les prévisions d'impôt : il lui fallut six mois pour l'avoir. Quand il l'eut, il demeura effrayé de l'arbitraire et du désordre de cette administration. Pour y mettre de la clarté et de l'ordre, il commença par réunir dans un même palais, à sa portée, près du palais royal les bureaux et les Conseils de finances. Il eût voulu établir une comptabilité sévère, une trésorerie générale, capable de surveiller de près les baux passés avec les fermiers de l'impôt royal, et surtout leur gestion. Car ce qui revenait au Roi de ces impôts, monopole du tabac et de la poste, douanes et sels, n'était rien en proportion de ce qu'il aurait dû recevoir"2. Alberoni n'eut que le mérite d'esquisser une réforme capitale réalisée trente ans plus tard par Ferdinand VI. « Les finances, disait-il, c'est ici un autre mare magnum3. » Il y naviguait de son mieux, réduisant en avril 1715 de quinze à trois les recettes et trésoreries (contadurie) qui absorbaient en emplois inutiles les ressources des contribuables, ou installant, à l'exemple d'Orry, des intendants à la tète de chaque province.

Son principal regret fut de ne pouvoir opérer la réforme essentielle des finances espagnoles. Il eût fallu, pour la réaliser, qu'il atteignît le mal dans sa plus grande étendue, dans l'adminis-

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