Lettre d'Alberoni à Rocca, 8 mars 1717, d. 52G
186 GOUVERNEMENT D'ELISABETH FÀRNESË
iration clos revenus provinciaux. C'était fort bien d'arracher 1rs revenus de la gabelle à la bande de fermiers malhonnêtes qui s'en étaient emparés et pressuraient sans scrupule la nation. Mais surtout les impôts levés dans les provinces, et c'étaient les plus nombreux, les plus durs au peuple parce qu'ils pesaient sur tous les fruits de la terre depuis leur production jusqu'à leur consommation, alcabala et rentes annexes, millones et aides de toutes sortes, ordinaires ou extraordinaires sur la soie, le sucre, l'eau-de-vie, la glace et la neige, se levaient par des fermiers sans scrupule qui volaient le Roi et épuisaient le contribuable: «Ah! ces impôts payés par les provinces, disait l'abbé, tous levés à titre provisoire, dontpas un, peut-être, nepeut se dire légal, quimettent en mouvement une armée de percepteurs, ce maudit tribut des millones surtout capable de faire qu'il n'y aura bientôt plus d'Espagnols, quel mal ils font au peuple, au Roi ! Le monarque n'en louche pas la moitié1. » D'autres après Alberoni diront même, le dixième au plus. Il eût voulu, lui, un remède héroïque, la suppression de ces contrats abusifs qui, depuis quinze ans, enrichissaient des financiers avides du plus clair des revenus de la monarchie. Philippe V, par scrupule de conscience et respect de la parole donnée, lui refusa cette victoire décisive sur les abus qu'il combattait, disait-il, à armes inégales.
Ce fut donc ailleurs qu'il dut chercher des revenus. La mise en valeur du domaine espagnol avait toujours paru son principal souci. Avec la Reine, il se désolait du nombre des couvents qui absorbaient la main-d'œuvre et diminuaient la population; il s'indignait de la paresse, de l'inertie des Espagnols : « 11 n'y a pas à vingt milles autour de Madrid une maison de campagne, mi arbre, un fruit. Voilà, disait-il, une nation qui a gouverné les plus riches pays d'Europe et prétend vivre à la façon des nègres2. »
Au printemps de 1717, Alberoni (il appel à ses compatriotes pour donner aux Espagnols l'exemple et la leçon. Il résolut d'installer à Aranjuez de pauvres cultivateurs du Parmesan,