‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 107 sur 189 · Lettre à Rocca, 28 décembre 1710, p · texte numérisé non relu

Lettre à Rocca, 28 décembre 1710, p

jours faire la distinction entre la monnaie idéale et la monnaie réelle, entre celles des différentes provinces et celles d'Amérique ou d'Espagne? L'abbé s'était mis pourtant courageusement à l'étude, où nous ne le suivrons qu'en partie, desréaux, doubles réaux, ou demi-réaux, des piastres, pièces de huit ou demi piastres, des pièces Mexicaines, Péruviennes1. Il en remit toute une collection au marquis Scotti quand celui-ci vint en 1716 féliciter la Reine à Madrid de son accouchement. Il le priait de solliciter pour lui les avis et l'examen de Rocca, l'homme le plus compétent de Parme en matière de finances et de monnaies2. 11 n'eut de cesse qu'il n'eût reçu de réponse, et s'obstina à la recherche de la solution.

Le problème à ses yeux, si l'on voulait restaurer le commerce et la richesse de l'Espagne, ne pouvait demeurer en suspens. Comme la monnaie espagnole était de mauvais aloi et presque toujours réduite par les rogneurs d'espèces3, les commerçants étrangers exigeaient le paiement en pièces récemment arrivées des Indes avec les galions, si bien que tout le numéraire de bon aloi ne faisait que passer en Espagne, et qu'on n'y trouvait que la monnaie défectueuse, peu propice aux échanges, au négoce, et défavorable au crédit du Roi lui-même4. On raconte que les Français, très nombreux alors dans les affaires d'Espagne, en tiraient annuellement jusqu'à cinquante millions de numéraire : « un vrai commerce, et lucratif».

Le remède eût été peut-être, comme le faisait remarquer le comte Rocca, que les Espagnols eussent moins acheté à l'étranger, et davantage produit dans leurs propres fabriques, s'ils en avaient eues, s'ils y avaient travaillé. Faute de pouvoir transformer d'un coup cette nation paralysée par l'apport du numéraire américain, Alberoni s'efforça de relever au niveau de ce numéraire la monnaie d'Espagne aussi mauvaise qu'abondante.

1. Sur la monnaie espagnole consulter l'abbé <l«' Vayrac, État de l'Espagne, III, vi, p. :;s7. ci Desdevises du Dézert, L'Espagne au XVIII* siècle, Richesse cl civilisation, p. I ls h suivantes.

2. I. ri lies d'Alberoni ;'i Rocca, '-'I décembre 1716, 28 décembre 1716, p. r.i? ci 513. :;. Voir ri- que 'lii L'abbé de Vayrac des rogneurs d'espèces qui pullulent en

Espagne, p. :!'.'.">.

i. La lettre capitale esl celle d'Alberoni ;'i Rocca du s mars 1717. p. 527.

II reprit l'essai tenté en 1710 de frapper à Ségovie pour tout le royaume des pièces de deux réaux en grande quantité et de bon aloi, calculées de façon que les étrangers et les négociants voulussent bien les prendre et que le Trésor royal n'y perdit pas.

C'était d'ailleurs sur le commerce des Indes qu'aidé de Patino, le ministre tout-puissant allait porter son effort et particulièrement essayer l'efficacité de son ardeur réformatrice : « Comment comprendre, écrivait-il, qu'un pays comme l'Espagne, puissant par lui-même, si avantageusement situé, avec les ressources infinies d'un vaste monde comme les Indes, demeure sans force1?» Dès le mois de mars 1716, il avait réuni en conférence les négociant espagnols et étrangers de Séville, Cadix et Madrid pour étudier la réforme du commerce transatlantique. Au mois de septembre, il faisait paraître des règlements et des avis dont le principe n'était pas encore sans doute la suppression du commerce par (lottes royales, mais du moins la régularité absolue de ce commerce, la promesse d'une date certaine, en 1717, pour le départ des flottes et l'accès de tous les étrangers à ce bienfait. « C'est un pas de géant2 », disait l'abbé. Et l'expression ne parait pas excessive quand on songe que parfois les départs s'espaçaient sur quatre années, et qu'en 1715, la flotte chargée pour l'Amérique attendit des mois à Cadix le bon plaisir du gouverneur, le prince de Santo Buono, qui voulait emmener sa femme et ne trouvait pour elle, ni ses affaires jamais assez prêtes, ni la saison assez propice. Et cependant c'était un homme de valeur qui, de lui-même, pour mieux gouverner, avait offert un démembrement de sa vice-royauté trop vaste.

L'essentiel fut de tenir parole: sans relâche durant l'année 1716 Alberoni,ses collaborateurs, Patino, André del Paëz travaillèrent à reconstituer la marine de l'Espagne. C'était avec une joie véritable que l'abbé annonçait, redisait à Parme les progrès, les résultats de cet effort. Il avait bien fallu que l'évêque de Cadix,

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