Lettres d'AIbefoni ;i Rocca, p, 11, 13, il
2. Voir par exemple s;i Lettre à Rocca do camp de Rivoli, 6 juin I7or>, p. 25.
avec lesquels il confectionnait sa cuisine diplomatique '. Le duc de Parme trempait lui-môme dans ce complot de bonne chère et mettait ses fournisseurs au service d'Alberoni. N'avait-il pas lui-même, en vidant ses caves pour Philippe V et sa suite, donné l'exemple et le précepte ?
Bon cuisinier, Alberoni eut l'art aussi d'être un joyeux convive. Le mérite n'était pas mince de tenir sa place, et de réussir par l'esprit dans l'entourage des Vendôme, dans cette société du Temple, célèbre entre toutes les compagnies spirituelles du temps. L'abbé, ici encore, servait des plats de sa façon ou de son pays, qui plaisaient à ces palais blasés, par leur goût de terroir, l'imprévu, le naturel et l'àpreté, bouffonneries peut-être, saillies d'une verve originale et chaude qui eussent moins étonné à Plaisance. Pour les juger, en effet, sans parti pris d'indulgence, il faudrait retrouver le ton des propos qui s'échangeaient entre les amis et les protecteurs d'Alberoni. Ses lettres au comte Rocca nous en ont conservé les échos : il paraît bien que le comte Gazzola, plus tard ambassadeur à Londres, Don Honorato, ou tel autre de la compagnie, n'étaient guère scrupuleux en matière de goût et de bienséance2. La fille du duc François, Elisabeth Farnèse, n'était ni fine ni délicate. Elle plut ainsi à Philippe V et se plut beaucoup avec l'abbé, qui excella plus tard à lui rappeler le pays natal par des plats et des propos lombards.
L'erreur, à ce qu'il semble, a été de juger Alberoni, comme un aventurier sans patrie, sans attache, son caractère et sa fortune, comme une anecdote cueillie au hasard des circonstances dans la vie accidentée de Vendôme. Enlevé à son milieu qui l'explique et qu'ignorait Saint-Simon, il paraît Gil Blas ou Crispin. Ses lettres aujourd'hui retrouvées, officielles ou intimes sont le cadre nécessaire à sa vraie physionomie, l'écho de la petite cour lombarde, dont il a les procédés et le ton.
Tandis qu'on l'a cru au service de Vendôme par les plus basses flatteries, on le retrouve, clans sa correspondance, ce qu'il était, l'agent empressé et apprécié des Farnèse. Le duc