‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 110 sur 189 · Lettre d' Alberoni à Rocca, 16 mai 1718, p · texte numérisé non relu

Lettre d' Alberoni à Rocca, 16 mai 1718, p

2. Les dépêches de Bubb à Stanhope, du 26 septembre au 1? décembre 1715, ont été conservées par Coxe, Bourbons d'Espagne, II, p. 261 à 265. Celles de Riperda ont été interceptées et conservées par Torcy, I, 150 ; Saint-Simon, XII. Celles de Monteleone également, I, p. 25. — M. Baudrillart, dans son tome II, p. 22-1, a cité les dépèches tendancieuses de Saint-Aignan au Régent d'après le tome 242 des A. ÉTR., Espagne. Les dépêches confidentielles d'Alberoni à la cour de Parme, notamment celle du 20 avril 1716 (Arcii. Nap., Farnesiana, fasc. 58) marquent nettement dans cpielle mesure Alberoni ajoutait des intentions politiques à ses négociations commerciales avec les puissance^ maritimes.

par les réclamations des marchands anglais à quel point il était urgent d'établir des règles et un code *.

Tandis qu'on accusait, à Madrid et en France, Alberoni d'avoir touché des Anglais la forte somme pour leur livrer le commerce de l'Espagne et de ses colonies, les négociants de Londres déclaraient que l'on venait de leur retirer ainsi les avantages soi-disant inscrits ou promis depuis les négociations de 1713. Le ministère anglais, qui tenait cependant à ménager Alberoni et Elisabeth Farnèse, à les associer à la cause des whigs et de Georges 1er se voyait obligé d'appuyer les plaintes « exorbitantes » de ses nationaux. Pour le maintien de la contrebande qui les enrichissait, qui allait donner naissance à la Compagnie de la Mer du Sud, les Anglais préféraient à tout règlement, si avantageux qu'il parût, la liberté de leurs démarches clandestines et fructueuses. « Ah! si j'avais pu, écrivait l'abbé, me soustraire à l'obligation de prendre parti en ces affaires, un océan, un mare magnum qui dépasse mon entendement! Une junte de négociants de Cadix s'y prendrait mieux que moi2. »

Dans ces négociations commerciales d'Alberoni avec les puissances maritimes, on n'a cherché et voulu voir avec l'envoyé de France, Saint-Aignan, que des intentions hostiles et des démarches suspectes de Philippe V, de sa femme et de son conseiller contre le duc d'Orléans et presque une trahison à l'endroit de la Régence et des Français. Les apparences y étaient. De l'assiento des nègres, du rapprochement commercial avec l'Angleterre, Alberoni disait dans ses lettres à Rocca et aux Farnèse que c'était « orviétan et préface3 » propices à une entente d'un autre genre, « altra cosa ». En faveur de ses plans italiens qu'inspiraient à un égal degré sa haine de l'Empereur et des Allemands, son ambition pour la maison de Parme, il escomptait le concours des puissances maritimes, sous leurs auspices la création d'une ligue politique assez forte pour disputer

I. Lettre d'Alberoni i\ Parme, 3 ;i<>ùl 1716, Arch. Nap., Farnesiana, fasc. 58). — Voir Armstrong, Elisabeth Farnèse, |>. 71 ;'i 78. ?. Ibid.

'■\. Lettre d'Alberoni ."i Rocca, 8 avril 1716, p. 64.

L'ŒUVRE D'ÀLBERONl EX ESPAGNE 193

la péninsule à l'Autriche1. L'erreur serait d'en conclure, avec le duc d'Orléans, ses serviteurs ou les historiens prévenus en sa faveur, que cette ligue fût alors destinée à servir les ambitions des souverains d'Espagne sur la succession de France.

Ce n'était que la diplomatie pour ainsi dire parallèle aux mesures par lesquelles Alberoni poursuivait avec fièvre la reconstitution des forces militaires de l'Espagne. Les alliances et les sympathies qu'il recherchait étaient destinées au rôle qu'il réservait à Philippe V et aux Farnèse, en Italie, le jour où le trésor, l'armée et la flotte des Bourbons d'Espagne seraient de taille à faire reculer l'Empereur dans la péninsule, au profit de la grandeur et de la sécurité des princes italiens2.

A mesure que l'ordre se rétablit dans l'administration, dans les finances du roi d'Espagne, Alberoni presse les moyens de défense et d'attaque qui doivent rendre ce souverain redoutable et glorieux. Il lui a fallu en 1 7 1 G pratiquer encore l'économie la plus stricte pour éteindre les dettes de la dernière expédition que Philippe V avait dû poursuivre contre les rebelles de Catalogne et des Baléares, près de deux millions d'écus ou de piastres3. A partir de 1717, il éveille l'ardeur de Philippe V et d'Elisabeth, le zèle de ses collaborateurs. Le prince de Richebourg reçoit l'argent nécessaire, 300,000 écus, pour hâter les travaux dans l'arsenal, les magasins, la rade du Ferrol qui deviendra le premier port de l'Europe. L'amiral Castagnet a est envoyé en Hollande pour y acquérir des vaisseaux de guerre. Patino se multiplie à Cadix, à la Corogne, à Barcelone.

Lorsqu'on annonça aux ministres espagnols que le Roi avait mis de côté un fonds de 100,000 doublons pour se constituer à Barcelone, dans le courant de l'année 1717, une grande place forte, ils traitèrent l'abbé de visionnaire^. Dès le mois d'avril,

1. Voir la lettre contemporaine d'Alberoni au duc de Parme (Arch. Nap., Farnesiana, 58) qui partit pour l'Italie par le même ordinaire.

2. Lettre d'Alberoni au duc de Parme, 29 juillet 1716 : « Il ne faut pas provoquer de haines et de querelles, mais se mettre en état, sans bruit, avec prudence, de pouvoir agir quand la nécessité et l'occasion le permettront, d'intéresser et de lier toutes les puissances à soutenir les raisons et les droits de l'Italie. »

3. Lettre très précise d'Alberoni à Rocca, 5 avril 1717, p. 533. t. Idem, idem.

Page 1