‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 111 sur 189 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

l'œuvre était déjà si avancée que l'Espagne reprenait confiance dans son avenir et dans ses forces. Les fonderies du royaume travaillaient sans relâche aux canons réclamés par l'armée et la flotte, à raison de plus de deux cents pièces par an. On trouvait l'argent voulu pour acquérir d'un coup au prix de 100,000 écus le métal nécessaire à l'artillerie de Pampelune. La Havane, au courant de 1717, fournirait le reste du bronze utile à cette reconstitution de l'artillerie de terre et de mer qui se poursuivait fiévreusement par les soins d'un Milanais de grande intelligence, le maréchal et lieutenant général Dom Marco Aracieli, collaborateur et témoin de Vendôme à Villaviciosa.

Avec un autre Milanais, avec Patino, la marine de guerre espagnole se reconstituait aussi vile. Il n'est pas niable que de la lin de 171G au mois de juillet 1717, le roi d'Espagne a trouvé à sa disposition en Méditerranée une flotte de treize vaisseaux, dont un de quatre-vingts pièces de canons, le Principe d'Astiirias avait été construit, armé à Barcelone en quelques mois1. Et bientôt, un plus grand effort se fit, au courant et vers la fin de 1717, dans les chantiers et les arsenaux outillés pour répondre aux ordres de la cour désormais brouillée par l'invasion de la Sardaigne, avec l'Autriche.

Ce n'était point forfanterie lorsqu'en 1718, Alberoni annonçait, en provoquant la jalousie des puissances maritimes, le dépari d'une flotte de trois cents voiles, trente ou quarante navires de soixante à quatre-vingts pièces cl transports ou galères. La force de celle escadre correspondait à la puissance numérique de l'armée de terre qui comptait au boni de deux ans plus de 50,000 hommes bien équipés, cl appuyés sur une artillerie «le cent vingt pièces de siège ou de campagne. Le tout avec des provisions de matériel et de munitions qui n'avaient pas épuisé les ressources d'un trésor de guerre pourvu de près de deux millions de piastres en réserve. De tels résultats inspiraient à Alberoni un Légitime orgueil2. « Comparez seulement, disait-il à Rocca, les forces de

1. Tôrcy, Négociations, II. f° 276 H 745..— 'Sainl Simon, XIV, p. 38 el suivantes. — Saint-Philippe, Mémoires, III, p. 175.

2. Alberoniau duc de Parme, 25 juillet 1718 Ucn Nap., Farnesiana, fasc. 59 : ;'i Rocca, du 6 juin 1718. — Torcy, Négociations, III. 586. — Saint-Simon, XV, |>. 131.

l'Espagne il y a deux ;uis, et à présent. Voyez la différence, depuis six mois particulièrement n'a-t-on pas trouvé l'argent pour vêtir 60,000 hommes, les recruter, les armer? La remonte de la cavalerie seulement a coûté 100,000 doublons. Depuis un an on a fondu cent pièces de canon aux armes du Roi et de la maison Farnèse. Voilà trois cents voiles qui composent l'armée navale. Elles portent des vivres pour la Hotte et pour les troupes de terre pendant cinq mois. Toutes les troupes au départ ont reçu leur paie d'avril; elles trouveront sur la Hotte un million 200,000 piastres, et le double qui les attend dans les banques de Livourne et de Rome. Tout cela s'est fait avec l'argent du Roi dont on faisait jusqu'ici un usage indigne. Le tout était de le connaître et le bien employer.

« Voilà donc la pierre philosophale trouvée, comme on dit à Paris, par ce fameux cardinal. Le pauvre n'a pourtant pas eu d'argent à fournir de son bien au roi d'Espagne1. »

Sans doute, mais Philippe V et sa femme se réjouissaient de cette renaissance du royaume. Ils n'hésitaient pas à en reconnaître la valeur, comme ils récompensaient les mérites d'Alberoni. Elisabeth mit une obstination particulière à procurer à son ministre principal le chapeau qui devait consacrer en Espagne et en Italie son autorité. Le Pape, à la demande de la Reine et des Farnèse avait opposé une longue résistance, malgré les concessions que l'abbé avait faites en traitant avec le nonce Aldovrandi des droits du Roi et du Pape sur le royaume, malgré ses offres et promesses de croisade. Clément XI avait pourtant cédé le 17 juin 1717, par crainte d'une véritable rupture avec l'Espagne. La fortune d'Alberoni dans l'Eglise s'affirmait, comme son œuvre dans le royaume au service de Philippe V et des Farnèse.

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