Mêmes lettres et lettre du 26 juin 1713, p
faire, aux dépens de sa santé el même de ses plus chères espérances, pour s'attacher les souverains d'Espagne, en flattant leurs caprices et leur amour-propre. Il se rendait fort bien compte qu'il n'avait rien à gagner au rêve dont se berçait Philippe V d'un établissement en France. L'Espagne qu'il gouvernait sans obstacle, il l'écrivait au duc de Parme, était pour sa politique, un terrain, un appui autrement solide que la France, difficile à conquérir, à conserver sur le Régent et ses partisans1. Mais il n'eût pas disputé à del Giudice et à la faction italienne les faveurs de Philippe V et de sa femme, s'il n'eût paru servir leur colère contre les Renonciations, leur prétention à la couronne de France. Il flattait Elisabeth Farnèse de l'avenir que les querelles des partis en France semblaient réserver à son mari et à elle-même pour jouer un grand rôle dans le monde et se rendre immortelle. Il montrait à Philippe V des lettres reçues de France, pleines de promesses pour le jour où, Louis XV venant à manquer, il se résoudrait à revendiquer le trône de ses pères2.
Et de même dès le début de 1716, il faisait entrevoir à ce Roi un rôle glorieux contre l'Empereur en Italie, plus prochain peut-être qu'en réalité il ne songeait à le lui donner: c'était, disait-il, le thème des entretiens confidentiels qui assuraient son crédit. S'il déterminait Philippe V à envoyer une escadre au secours du Pape menacé par les Turcs, ce n'était pas dans le seul dessein d'obtenir du Saint-Siège le chapeau de cardinal, mais pour permettre au roi d'Espagne d'escompter le concours des princes italiens, et l'occasion d'une revanche en Italie'5. Au seul nom de l'Empereur, au seul mot qu'on prononçait sur sa puissance et sur ses convoitises italiennes, Elisabeth Farnèse frémissait de colère et de jalousie. N'était-ce pas en éveillant l'amour-propre susceptible de cette Reine passionnée qu'Alberoni avait pris le pouvoir aux dépens de M"ie des Ursins? Pour disposer de
1. Lettre secrète en chiffres et très précise, du 5 octobre 1710, d'Alberoni à la cour de Parme (Arch. Nap., Farnesiana, fasc. 58). Cette lettre a été connue de Torcy, Négociations, I, f° 774 ; Saint-Simon, XIII, p. 176, 177.
2. Alberoni à la cour de Parme, Madrid 31 août (Arch. Nap., Farnesiana, fasc. 58).
3. Lettres du 31 août 1716 ainsi que du 7 septembre 1716 (Ibid.).
l'Espagne, le jour venu, il se mettait au ton des ambitions qu'il avait éveillées; il en soignait et surveillait le cours, de manière à s'en trouver maître à toute heure.
Mais, préoccupé avant tout de réussir, il calculait intimement la nécessité de ne rien brusquer, de ne risquer aucune entreprise que l'Espagne ne lut assurée de ses forces, et de sympathies solides en Europe. C'est en ce sens qu'il faut interpréter son propos au moment de la mort de Louis XIV: « Il faut espérer que le nouveau gouvernement sera tranquille, et s'efforcera de maintenir la paix au dedans et au dehors1. » Dans le même esprit, l'abbé, qui avait reçu des avances amicales du duc d'Orléans, y répondait d'abord par des protestations de dévouement. On lui a fait un grief des négociations très actives qu'il poursuivit au début de 1716 avec l'Angleterre et la Hollande, et les historiens décidés à plaider, à gagner contre lui la cause du duc d'Orléans ont cru y trouver la preuve d'entreprises déjà formées contre le Régent et la paix. Il en a trop nettement marqué et indiqué la portée à ses amis de Parme pour que les soupçons du duc d'Orléans prévalent encore contre la réalité de ses intentions. « C'est aux Allemands, écrivait-il, que cet arrangement va déplaire. Je m'efforce de mettre le Roi en paix avec toutes les puissances atin qu'un jour il soit en état de faire la guerre à ceux qui lui refuseront son amitié-. » Et au duc de Parme lui-même, il écrivait : « Laissez-moi, pour l'amour de Dieu, faire l'impossible pour ne pas donner aux Allemands le molif de nous chercher querelle. Mes projets ne sont pas encore digérés. Mais soyez sur que je ne serai pas pris au dépourvu : je compte bien profiter des relations amicales que j'ai établies avec les puissances maritimes. » De toutes parts ainsi, au Portugal, auprès de la Savoie dont il cultivait l'envoyé, Alberoni cherchait, attendait les moyens de gagner «lu temps, sans laisser prendre d'avance ni d'avantages à l'Empereur.
Ce qu'on n'a point assez noté, pour le juger définitivement, ce furent les entreprises formées à cette époque par la diplomatie autrichienne. Louis XIV n'était pas encore mort que, malgré ses