Lettre d'Alberoni à Rocca, '-'7 avril
offres d'amitié et les conseils du prince Eugène, Charles VI avait demandé à l'Angleterre, d'avril à juin 1715, les moyens de renouveler la guerre, d'occuper les Baléares, la Sicile, et le cas échéant la Toscane. Bientôt, au début de 1716, il le demanda au duc d'Orléans lui-même, organisant avec ses ministres Pentenridter à Paris, Gallas à Rome, Daim à Naplcs, une entreprise contre la Sicile qu'il convoitait. Le Pape, le roi de Sicile lui-même tremblaient déjà de ce rapprochement qui eût livré l'Italie toute entière à l'Empereur.
Contre ces intrigues qui eussent ruiné toutes ses espérances et ses projets, Alberoni n'avait de recours qu'en Angleterre et à La Haye. Il savait les Hollandais en rapports très tendus avec Charles VI, depuis qu'après la paix et pendant les négociations du traité de la Barrière, il avait essayé tous les moyens de les chasser des Pays-Bas catholiques, leur seul profit dans la guerre de Succession d'Espagne. Par l'intermédiaire de leur envoyé Riperda, si dévoué à l'Espagne qu'il y resta, Alberoni s'était mis en correspondance directe avec le grand pensionnaire, lui dépêchait comme ambassadeur d'Espagne son compatriote Beretti-Landi1. A l'envoyé d'Angleterre, Bubb, il prodiguait les caresses et ménageait la faveur de ses maîtres, tandis qu'à Londres, un autre Italien dévoué à l'union de l'Espagne et de Georges Ier, Monteleone, croyait gagner les whigs et Stanhope, jusqu'alors partisans de la cour de Vienne. Les avantages commerciaux que Philippe V accorda alors aux x\nglais et aux Hollandais, le renouvellement du contrat d'assiento pendant l'année 1716, turent calculés de manière à fortifier cette amitié des puissances maritimes. Qu'importait à Alberoni que ses ennemis l'accusassent de s'être vendu à l'Angleterre aux dépens des intérêts de l'Espagne? N'était-ce pas un dessein conforme à sa politique, que d'opposer ainsi les profits du commerce anglais et hollandais aux ambitions italiennes de l'Empereur?
Il eût peut-être réussi, si l'Angleterre et son roi avaient été uniquement occupés de développer en paix les intérêts de leur commerce. Mais Georges Ipr, Electeur de Hanovre, attentif surtout