‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 115 sur 189 · Torcy, Négociations, I, f · texte numérisé non relu

Torcy, Négociations, I, f

à agrandir ses Etats allemands, à disputer la couronne d'Angleterre au Prétendant Jacques III que la France n'avait point encore abandonné, les whigs, ses ministres, dont la fortune était liée au maintien de la Succession protestante considéraient l'alliance impériale comme une nécessité, et ne voulurent à aucun prix l'abandonner1. S'ils la renouvelèrent au mois de juin 1716 sous la forme d'une alliance défensive, ce n'était pas sans avoir laissé espérer à Charles VI l'acquisition de la Sicile. L'envoyé du duc de Savoie à Londres, Trivier, en fut presque aussitôt averti : Stanhope n'hésita pas à lui proposer comme un avantage l'échange volontaire de l'île la plus riche, qu'il venait d'acquérir, contre la maigre Sardaigne.

Après, pour ne point se donner le tort d'avoir trahi par cette double négociation à Madrid et à Vienne les espérances de l'Espagne, pour garder aussi le profit de ces concessions commerciales, les Anglais vinrent offrir à Monteleone et Àlberoni leur garantie de la paix en Italie. Encore proposaient-ils un remaniement plus favorable aux ambitions de l'Empereur qu'à celles d'Elisabeth Farnèse sur la Toscane et l'Italie. Furieux des concessions accordées par l'Angleterre à son rival, Philippe V qui avait espéré faire perdre à Charles VI le bénéfice de l'alliance reconstituée eût rompu net la négociation confiée à ses ministres. Alberoni fut plus beau joueur, quoiqu'également déçu-: il se contenta de laisser traîner, continua ses avances à Stanhope et à Bubb, pour se donner le temps de voir les Hollandais et la France refuser leur concours à l'Angleterre et à l'Empereur, et pour fâcher peut-être de le leur persuader.

Gagner du temps, telle fut, même après cet échec, sa maxime, la politique qu'il conseillait à l'Espagne. « L'Angleterre, disailil avec une humour qu'il no laissait pas voir, offre des traités à tout le genre humain. Soif! le Roi retiré par la situation de l'Espagne dans un coin du monde devail demeurer quelque temps spectateur de ce qui s'y passerait, éviter fout engagement, remettre l'ordre dans le commerce et les finances,

1. Voir notre premier volume, Le Secret du Régent, Introduction, p. 50 H sui vantes.

2. Torcy, Négociations, I, 4%, 562 Saint-Simon, Mil. 71 et 79).

placer quelques millions en réserve pour les occasions1. » Et tant mieux après tout si les ambitions de l'Empereur, ainsi encouragées par Georges Ier, qu'on pouvait inquiéter d'ailleurs en Angleterre, précipitaient la crise à laquelle l'Espagne et son ministre italien se préparaient.

Tout ce programme a été exposé par l'abbé très nettement le 29 juillet 1716 à la cour de Parme dont il demeurait le sujet fidèle et avisé : « Je ne crois pas qu'il faille provoquer des haines et des querelles : mais il serait bon de se mettre en état prudemment, doucement, sans bruit, de pouvoir agir quand la nécessité et l'occasion l'exigeront. Il faudrait abandonner alors toutes les vues lointaines, comme la Succession au trône de France et profiter de ce sacrifice pour entraîner les mieux disposés à fournir une compensation à l'Espagne, pour les obliger et les lier par les engagements les plus étroits à soutenir les intérêts et les droits de l'Italie-. » Cette lettre écrite par Alberoni au moment où la disgrâce de del Giudice lui assurait la direction absolue de la politique espagnole, est l'exposé le plus clair, le plus certain que l'on puisse donner de ses projets.

Du jour où il devint le maître, ce ne fut pas la Succession de France, ni môme la guerre immédiate qu'il conseilla le plus aux souverains espagnols, ce fut l'effort préparé de loin et avec méthode contre la domination autrichienne en Italie. Mais on a trop oublié la difficulté qu'il eut toujours à faire accepter ses conseils à une Reine ambitieuse et impatiente de servir les ambitions de son mari pour le mieux asservir à son joug : « Si jamais le petit roi de France venait à mourir, le génie et la volonté de la Reine sout entièrement portés à réclamer le trône. C'est un point critique, écrivait l'abbé, une matière où il faut se conduire fort secrètement, fort prudemment : n'a-t-on pas le droit de dire qu'elle abandonnerait le certain pour l'incertain3? » Contre ces desseins en partie chimériques, Alberoni n'a jamais cessé de faire appel au beau-père d'Elisabeth Farnèse, intéressé pour

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