‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 118 sur 189 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

3. Le maréchal d'Huxelles au duc de Saint-Aignan, 24 février 171<>, signale et blâme très fortement ce travers.

L'exemple d'ailleurs était alors donné de haut par l'ambassadeur de France, le duc de Saint-Aignan. Second fils du fameux duc de Saint-Aignan que Louis XIV consultait en sa jeunesse sur ses poésies et ses amours, frère du duc de Beauvilliers qui plaisait au vieux Roi par sa dévotion, l'ambassadeur de France en Espagne était aussi différent de son frère que semblable à son père. Agé seulement de trente ans, il était comme son père « tout romanesque en galanteries, en belles-lettres et faits d'armes ». 11 s'était vaillamment battu à Oudenarde. En 1714, Louis XIV l'avait chargé de porter à la nouvelle reine d'Espagne, Elisabeth Farnèse, les présents et les amitiés de la France, emploi de courtisan qui fut la source de sa fortune dans les deux pays.

Il était le type du courtisan accompli : le visage régulier et fin, le regard gracieux plutôt que sympathique, les lèvres délicates, sensuelles et sceptiques, avec un certain air de suffisance dans l'ensemble l. Le duc de Saint-Aignan ne négligeait rien pour plaire aux souverains et aux femmes surtout. Le soin de sa toilette lui importait au moins autant que les missions d'affaires dont il était chargé : il préférait arriver en retard à une audience royale que d'y paraître négligé. Il entretenait gravement le ministre à Paris, comme d'une négociation manquée, d'un bal qu'il se proposait de donner aux dames et que le roi Philippe V l'avait prié de contremander -. Cette façon d'entendre la diplomatie lui attirait tout de suite des répliques méritées : le vieux maréchal d'Huxelles le félicitait « de la grande victoire qu'il venait de remporter sur lui-même et eût souhaité d'en avoir de semblables à remporter3 ».

Très futile en somme, autant occupé par les petites choses que par les grandes, avec un certain esprit, une plume élégante et facile, le goût des belles-lettres qui lui ouvrit plus lard les portes de l'Académie, le duc de Saint-Aignan, riche, fastueux et toujours gêné parle besoin de paraître, faisait sa cour à tout le monde, sans avoir le moyen de bien servir personne. Avec cela hautain et cassant, il se figurait qu'il gouvernerai! l'Espagne. Il

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