‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 120 sur 189 · Cellamare, Mémoires manuscrits. British Muséum, n · texte numérisé non relu

Cellamare, Mémoires manuscrits. British Muséum, n

2. Ces négociations ont commencé dès février 1716 par un entretien 'le Bubb avec Alberoni Coxe, Bourbons d'Espagne, II. 271 . Elles s'accentuèrenl en février 1717 (Alberoni ;ni duc de Parme, 8 février 1717, Am.ii. Nap., Famesiana, fasc. 59 . La contradiction entre les deux politiques se marqua surtout autour d'avril 1717 (Coxe, il. 323. — Ain h. Nap., Famesiana, IV aoûl 1717, fasc. '.'.' .

3. Instruction du marquis .le Louville envoyé en Espagne par S. A. 1'.., 4 juin 1716 A. ÉTR . Espagne, t. 251, l 11...

Dans son ambition éveillée par ses courtisans, aigrie par le refus de Philippe V, le duc d'Orléans se trompait vraiment de ton, d'époque et d'objet. Le roi d'Espagne n'était pas demeuré l'enfant que les ambassadeurs de Louis XIV ou M"IL des Ursins avaient tour à tour gourmande et gouverné, qui n'avait au lieu de volontés que des caprices. Si, par une sorte d'impuissance maladive et incurable à faire sa fonction royale, il en laissait toujours la charge à Elisabeth Farnèse et à ses ministres italiens, il n'était plus ni d'âge, ni d'humeur à souffrir la moindre discussion de ses droits et de ses prétentions. De la royauté que sa femme exerçait à sa place, et dans le même esprit, cela constituait même L'essentiel et presque le tout. Devant cette volonté, d'autant plus obstinée qu'elle se limitait à deux ou trois idées rares mais fondamentales, l'espérance d'un retour en France, la haine de l'Empereur, le regret de l'Italie perdue, les ministres, italiens ou non, s'inclinaient. Ils n'en disposaient qu'en s'y pliant.

La grande erreur du Régent fut d'écouter les conseils complaisants, et d'accueillir les haines des Français qui se figuraient la cour d'Espagne et les souverains toujours semblables au milieu et aux souverains responsables dix ans plus tôt de leur disgrâce. La colère de d'Estrées qui avait tant intrigué pour établir l'autorité de Louis XIV à Madrid contre Mmc des Ursins sans y réussir ni se consoler de son échec, l'influence du duc de Noailles, mécontent de n'avoir pas trouvé auprès de Philippe V la fortune de Vendôme, le cercle des Beauvilliers auquel appartenait le duc de Saint-Aignan, s'unirent pour persuader le duc d'Orléans qu'il fallait se débarrasser des Italiens, serviteurs damnés du roi d'Espagne. Et, avec une ignorance des situations que le désir d'une revanche peut seul expliquer, ils imaginèrent de remettre en faveur à Madrid l'ancien adversaire de la princesse des Ursins, le menin autrefois tout-puissant et complètement oublié du duc d'Anjou, le marquis de Louville.

Très intelligent, avec un excès d'imagination, courageux et hardi, mais sans mesure ni dans l'esprit, ni dans la conduite, Louville attendait une revanche, dévoré d'une ambition à qui la fortune avait souri d'abord et qu'elle avait brisée. Il ne pouvait se consoler, ayant été un instant par la faveur de Philippe V

comme le maître de l'Espagne, d'en avoir été rappelé par Louis XIV à la demande de Marie-Louise de Savoie, de Mmc des Ursins, protectrice des Italiens. Quoique le roi Philippe l'eût depuis oublié totalement, il n'avait pas oublié l'Espagne : retiré dans sa terre de Louville, il composait et adressait aux ministres de Louis XIV des mémoires sur les affaires et l'administration espagnoles. Gendre d'un ambassadeur, le marquis de Nointel, il rêvait toujours de cette ambassade française à Madrid où les courtisans de Versailles s'obstinaient à voir une sorte de viceroyauté réservée à leurs talents par l'union des couronnes.

Or le choix de Louville était ce qu'on pouvait trouver de plus propre à accentuer le malentendu créé depuis longtemps par ces prétentions des grands seigneurs français. Le plus significatif fut que chacun, après l'échec, en déclina la responsabilité. Louville lui-même prétendit avoir été arraché à ses chères études par le duc de Saint-Simon, qui dans ses Mémoires n'a ménagé le blâme ni à la mission du marquis ni au marquis lui-même, « le dernier sur lequel le choix dût tomber1 ». Si on en croit Saint-Simon, le duc de Noailles « pour tout faire à Paris comme à Madrid », aurait déterminé le Régent, et il n'est pas douteux que les instructions de Louville furent rédigées chez le duc de Noailles par un érudit qui lui servait de secrétaire, et demeura l'agent principal de cette intrigue secrète, le baron de Longepierre.

Enfin, Cellamare qui, de bonne heure informé du projet el du choix, essaya d'éviter au duc d'Orléans cette démarche maladroite a cru pouvoir avec certitude en attribuer l'initiative aux d'Estrées. Tous ces courtisans, mauvais conseillers du Régent, s'étaient concertés à l'insu de la diplomatie officielle, du maréchal d'Huxelles el de Torcy, pour désigner à son ambition un agent dont le seul mérite «'tait de réparer par un grand service rendu au nouveau maître ses disgrâces passées.

I. Sur la mission de Louville, outre les Mémoires < 1 ■ 1 marquis lui-même el de "-.nui Simon, Mil, j>. 136, il faut consulter, d'une part, les documents inédits de cette mission \. ÉTR., Espagne, I. 251 à 254 . ceux que M. Baudrillarl ;i publiés d'après îles Archives privées (tome I. p. 230 el appendice . mais aussi la correspondance d'Alberoni avec |a cour de Parme qui lui' naturellement la contre

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