‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 123 sur 189 · Saint-Philippe, Mémoires, III, p · texte numérisé non relu

Saint-Philippe, Mémoires, III, p

Ronquillo et d'Aguilar. Ronquillo», président du Conseil de Castille, créature de la France au temps du gouvernement de la princesse des Ursins et d'Amelot, avait par une fidélité illimitée, et même farouche, mérité et conservé la confiance de Philippe V : « Le seul bon sujet qui soit en place. » Sa charge lui donnait une fois par semaine l'occasion d'entretenir le Roi en tète à tète et de lui faire parvenir ce qu'il faudrait cacher à Alberoni. On pouvait s'adresser au comte d'Aguilar, quoique avec plus de réserve, et compter sur sa jalousie contre Alberoni plutôt que sur son affection à la France. Avec beaucoup d'esprit, de valeur militaire, et d'expérience en général, ce personnage orgueilleux, ambitieux « et à qui les moyens coûtaient le moins » avait été tour à tour l'ennemi de tous les Français, d'Amelot, de la princesse des Ursins, quand ils gouvernaient l'Espagne et d'Alberoni qui leur avait succédé, espérant la gouverner lui-même. « On ne pouvait pas l'estimer, mais il était si plein de nerf et d'ambition qu'il ne fallait pas le mépriser1. »

Beaucoup de grands seigneurs se joindraient aisément à ces chefs pour former à Madrid un parti espagnol : le comte de Las Torrès, maréchal éprouvé, mécontent de n'avoir pas encore la Grandesse-; le duc de l'Infantado qui boudait Philippe Y, comme toute sa famille, mais en homme d'esprit qui sait cultiver son jardin et lui faire rapporter deux millions de revenus par an, très fier et fort différent de ces Grands qui sollicitaient des places pour soutenir leur orgueil3; le marquis de Rivas, cet Ubilla qui avait appelé le duc d'Anjou en Espagne, et, depuis longtemps disgracié, languissait obscurément avec peu de bien et beaucoup de mérite4; le marquis d'Ayetone, grand d'Espagne, capitaine général des armées, qui avait sacrifié ses biens en Catalogne, au service de Philippe V, et dont la femme avait aussi marqué son dévouement à la première reine d'Espagne, mal récompensé d'ailleurs par la seconde"''; le comte de Saint-Estevan de Gormaz, fils aîné

1. Saint Simon, Mémoires, XVIII, p. 85. — Gramont, Tableau de la cour d'Espagne dans Baudrillarl Ibid.. p. 687 . 2 Saint-Simon, XVIII, p. 134.

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