Louville. Mémoires, II, |>. 21V
3. Les deux pièces sont aux A. ÉTR., Espagne, t. ^Kù\ f»« 2S7 et 289.
•1. Mémoire pour le duc de Saint-Aignan A. LT1L, Espagne, t. 252, f° 225);
la couronne1 ». Les deux athlètes, au lieu de se tomber, se conduisaient en fins politiques : le duc d'Orléans et Louville en furent pour leurs frais.
Ils ne se découragèrent pas, et continuèrent à stimuler le zèle de Saint-Aignan : « N'oubliez pas que vous ne sauriez rien faire de plus important pour le bien de l'Etat et pour mon service que de travailler à les mettre mal ensemble, afin de tâcher de les perdre l'un par l'autre. » « Il faut détruire ce bon père, il n'y a plus de ménagements à garder avec cet abbé2. »
Pressé, désireux de réussir et de plaire, Saint-Aignan crut enfin avoir découvert un joint. Le père Daubenton ne ménageait Alberoni que par crainte de voir passer sa place à un franccomtois, plus espagnol que lui, le père Malboan. Une première fois l'influence de Mme des Ursins lui avait enlevé le Roi. La reine Elisabeth le lui avait rendu : elle pouvait le lui reprendre. « L'expérience lui avait appris à quel point la haine des femmes devait lui être redoutable3. » Daubenton crut prudent de faire avec les Français ce qu'il faisait avec Alberoni. Pour ménager le Régent et pour le désarmer, il fit à Saint-Aignan toutes sortes d'avances et protesta « de ses sentiments bien français ». L'ambassadeur y répondit, feignant d'être sa dupe, pour le perdre à force de familiarité dans l'esprit d'Alberoni. Le jeu réussit assez bien d'abord ; la défiance, dès cette époque, se glissa entre le ministre et le confesseur : « Il y a eu de vives brouilleries entre eux. Je me suis donné accès auprès du dernier pour qu'il place nos sujets dans les changements projetés4. »
Tout heureux de ce premier résultat qu'il raconta au Régent, à Louville, à Longepierre, Saint-Aignan en escomptait déjà la récompense : la Toison d'or qui serait pour lui le prix de la victoire. Le Régent calma son enthousiasme et
1. Torcy, Négociations, I, 812, 818 ; Saint-Simon, XIII, 207, 208. Les lettres d'Alberoni au Régent ont été conservées, pour 1716 et 1717 auxj A. ETR., Espagne, tome 253.
2. De Noailles, Mémoires, p. 269. Le Régent à Saint-Aignan, 2 novembre 1716 (A. ÉTR., Espagne, t. 253, f° 63).