‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 128 sur 189 · Saint-Simon, éd. Chéruel, I\\ p. (Ji · texte numérisé non relu

Saint-Simon, éd. Chéruel, I\\ p. (Ji

:!. Saint-Simon, Mémoires, XVIII, p. 13 à 'X! ; Saint-Aignan ;'i Louville, Il octobre 1 71 s Louville, Mémoires, II, p. 221 ,

l. I,i- chevalier de Bourgk, •-.".» aoûl 1716 A. ÉTR., Espagne, I. 255, f° 54 .

5. D'Huxelles à Legendre, 18 août 1716 Ibid., t. 252, f- 115 .

Ci. Sur Macanaz, voir Saint-Simon, XIII, p. 141, 142; Baudrillart, Philippe V et Louis XIV, cl surtoul de Courcy, L'Espagne après lu paix d'Vtreehti à la tin.

relations avec l'intendant de France et le chevalier de Boursrk, mais refusa d'aller à Paris comme on l'en priait1.

Macanaz et ses amis désapprouvaient la conduite et les projets de l'ambassadeur de France à Madrid : « Il y faudrait une personne plus expérimentée. » Tous déploraient la ruine de l'Espagne, les démarches des Français qui savent mieux conquérir que garder, et proposaient en conclusion comme remède souverain le retour d'Amelot, « le seul Français qui eût jamais connu l'esprit de la cour et de l'Espagne2 ». D'IIuxelles n'était pas partisan du rappel d'Amelot, mais avec tous ses amis et ceux de la princesse des Ursins il espérait déterminer Philippe V, Alberoni lui-même au rappel d'Orry. 11 soupçonnait les projets de Louville, les intrigues de Saint-Aignan, et, quoiqu'il travaillât comme eux à rapprocher l'Espagne et la France, c'était par d'autres moyens, en laissant à Philippe V ses espérances à la Succession de France, à Alberoni son autorité au delà des Pyrénées.

Les deux diplomates s'observaient ainsi, se surveillaient, se combattaient à Paris, à Madrid. Le Régent écrivait à Saint- Aignan : « Il n'y a aucun fond à faire sur Grimaldo qui intrigue avec la princesse des Ursins et d'Orry pour rétablir leur autorité. Redoublez d'activité. J'empêcherai Orry d'aller en ce pays3. » Il attachait à ces mouvements une importance capitale : n'étaient-ils pas contraires à ses propres espérances? Louville, avec ses habitudes de franchise brutale, disait : « Ecoutez bien ceci; les jésuites se lient avec Orry, Mme des Ursins et les bâtards contre M. le Régent4. » Saint-Aignan, écoutait, observait. Il signalait les agissements du marquis d'Espennes, du baron de Câpres, de Caylus, liés avec le maréchal d'Huxelles, Alberoni et Daubenton. Il dévoilait une politique de mariages qui devait appuyer et fortifier ces intrigues secrètes, une alliance du baron de Câpres avec une sœur du duc d'Harcourl, du fils de Popoli avec

1. Legendre à d'Huxelles, 28 août 1716 A. ÉTR., Espagne, t. 253, f° 68), et la réponse du 8 octobre [Ibid., f° 70;.

2. Macanaz à de Bourgk, 1er septembre 1716 (A. ÉTR., Espagne, I. 252, f° 229).

3. Le Régent à Saint-Aignan, 11 janvier 1717 (A. ÉTR., Espagne, t. 257, f°« 27 à 30).

4. Louville à Saint-Aignan, 8 janvier 1717 (Louville, Mémoires, II, p. 228), et le Régent à Saint-Aignan (A. ÉTR., Espagne, t. 144, t'u 200).

M"0 de Boufflers. Il entendait et transmettait les confidences du marquis de Caylus qui s'efforçait de le débaucher, et « parlait du Régent en de fort vilains termes ».

L'ambassadeur n'était pas assez fort pourtant pour déjouer ses projets : ce fut Alberoniqui s'en chargea. Il n'avait paru accepter les desseins de la faction des Ursins, de Macanaz et du maréchal d'Huxelles, que pour achever par leurs rancunes la défaite du cardinal del Giudice. Quand le 22 janvier 1717 cette défaite parut définitive, et son pouvoir assuré, l'abbé n'eut point de peine à décourager ces intrigues qu'il n'avait jamais prises au sérieux1.

Au milieu de tous ces complots formés par la France à Madrid, ce fut d'abord la très grande force d'Alberoni de ne s'en point émouvoir et de poursuivre sa route « pour se moquer après, comme dit Torcy, des ennemis de sa fortune2 ». Si pour détourner ses soupçons le Régent lui faisait passer par des amis communs, par d'Effïat et Monti, anciens familiers de Vendôme, des assurances amicales, l'abbé lui répondait par d'égales protestations de dévouement, le payant de la même monnaie, insinuant seulement qu'il « connaissait à ses côtés certains serviteurs brouillons, intrigants et hostiles ».

Toute l'attention de l'abbé consistait à conserver alors par ses propres moyens son crédit auprès du Roi qu'une grave maladie, causée par son genre de vie, avait menacé au mois d'octobre, ou à retenir par les offices des Farnèse son autorité sur la Reine toujours prête à se livrer à des Parmesans intrigants, capables de la distraire et de l'amuser, à des comédiens, un maître de musique, à la famille de sa nourrice3. Ces dangers lui parurent toujours plus sérieux que les manèges des Français auprès des mécontents de Madrid et des Espagnols impuissants. Les efforts d'ailleurs qu'il faisait chaque jour avec plus de succès pour

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