‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 13 sur 189 · Lettre d'Alltemni ;'i Rocca du 0 juin 17(J(*>, p. 'j · texte numérisé non relu

Lettre d'Alltemni ;'i Rocca du 0 juin 17(J(*>, p. 'j

LES DÉBUTS D'ALBEUONI 21

à Vendôme, lui rendait mille services, faisait ses affaires d'argent, d'art ou même de cœur, et descendait parfois au niveau de ses exigences et de ses goûts qui n'étaient point relevés, il tirait de lui une protection et toutes les indications utiles pour la sécurité et la conduite des Farnèse. Ce n'étaient pas des propos de table ou des flatteries qu'il envoyait à Plaisance, mais des nouvelles du duel engagé par les Bourbons de France aux quatre coins de l'Europe pour la conquête de l'Espagne et de l'Italie.

Voici une grande flotte qui cingle de Lisbonne vers la Méditerranée, flotte anglaise qui porte l'archiduc, le rival de Philippe V dans les États qu'il lui dispute. L'abbé prédit qu'elle va menacer la Catalogne, après l'échec d'une entreprise mal concertée des alliés sur l'Espagne à l'ouest. Si les Bourbons succombaient à celte nouvelle tentative, s'ils perdaient la partie au delà des Pyrénées, les Habsbourg, les Allemands gagneraient du même coup l'Italie. Alberoni le sait ; mais à distance, il connaît et il prédit la résistance des Catalans, que l'archiduc espère débaucher, le nombre et la valeur des troupes espagnoles !. Il apprend quelques mois après, et déplore la reddition de Barcelone (1705), où Peterborough s'est introduit par surprise, mais il note aussitôt les efforts désespérés de Philippe V pour la reprendre, l'armement d'une flotte à Toulon destinée à lui venir en aide : aucun détail de cette lutte sans trêve ne lui échappe2.

Il suit avec la même attention les phases du combat en Savoie. Turin va être assiégé et La Feuillade brûlera la ville affreusement (5 septembre 1705). Berwick se prépare au siège de Nice. L'abbé escompte en 1706 la ruine prochaine de la Savoie, qui permettrait à l'armée des Bourbons d'aller au secours de Philippe V, de passer des Alpes aux Pyrénées. Il faut que Philippe V soit vainqueur : s'il est vaincu, l'irritation d'Alberoni éclate : «Voilà comment vont les affaires gouvernées par des carognes de femmes 3. Le duc de Vendôme est le seul qui serve bien le Boi, de bon cœur et par amitié 4. »

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