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Enfin, la joie lui revient au cœur : « Turin va faire un gros contrepoids aux malheurs d'ailleurs1. » Des hauteurs de Moncalieri et de Chien, La Feuillade bombarde avec soixante grosses pièces de canon et quarante mortiers la capitale de la Savoie. Elle va être mise en cendres (juin 1706). Avec ces bonnes nouvelles, l'abbé réconforte le duc de Parme et ses ministres, les comtes Scotti et Rocca. Sans doute, quand les Allemands triomphaient, les Farnèse redoutaient leurs vengeances. Alberoni, par son courage et son zèle, les aidait à suivre, sur tous les théâtres où elle se livrait, les péripéties de cette lutte colossale dont l'Italie était, autant que l'Espagne, l'enjeu.
Lorsqu'après le désastre d'Hochstett, Villars sauva la frontière du Rhin, reprit Haguenau, secourut le Fort Louis, on se réjouit au camp de Vendôme (mai 1706). On se réjouit à Parme. Alberoni conçut aussitôt l'espoir que les princes d'Allemagne hésiteraient davantage à fournir leurs contingents à l'Empereur et refuseraient de renforcer l'armée du prince Eugène en Italie. L'Empereur les entraîna pourtant, par la menace de les mettre, comme l'électeur de Bavière, au ban de l'Empire. A cette nouvelle, l'abbé éclate encore. La couardise des princes allemands l'irrite. Il a des colères de plébéien qu'excite le danger de sa patrie, « ces grossiers animaux de princes allemands », dit-il, avec le mépris de l'Italien pour le barbare2.
Voilà enfin qu'arriva dans la péninsule la nouvelle de Ramillies. Alberoni la reçut et la transmit à Parme, quinze jours après, le 7 juin. Sa douleur, son mépris pour Villeroi, inspirés par Vendôme, furent proportionnés à l'étendue du désastre : « tout le Brabant perdu en une journée. C'est épouvantable, l'armée abandonnée par son général sans qu'on sache où elle est. — Ah ! le grand général, le grand maréchal ! il était piqué des succès de Vendôme a Calcinato, de Villars à Haguenau. L'envie l'avait pris de faire parler ( de lui. 11 est allé donner de la tète contre l'armée ennemie, sans sçavoir où elle était. 11 a voulu se faire battre comme un chien ; il a réussi et après, il a laissé par
1. Lettres d'Alberoni à Rocca, '.'3 el 25 mai 1700, p. 19 et 20.