‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 132 sur 189 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

autrichien auprès de Philippe V pour déterminer le duc d'Orléans à ne s'occuper que de l'Espagne. Il s'indigne avec les Grands d'Espagne enrôlés déjà dans son parti de ce rapprochement entre l'Angleterre et la France qui parait une menace pour les revendications du patriotisme espagnol dans la Méditerranée : « Je sais que vous traitez avec l'Angleterre, ne vous laissez pas amuser par elle1. » L'émoi n'était pas moins grand à Hanovre pour l'abbé Dubois, s'il apprenait tout d'un coup, en septembre 1716, les pourparlers secrets entamés par Stair, l'envoyé d'Angleterre avec le duc de Noailles, avec Louville et les confidents du Secret espagnol. Du Secret encore inachevé qu'il avait formé avec les whigs, ministres de Georges Ier, le profit ne lui échapperait-il pas ?

L'histoire a longtemps ignoré ces trames obscures formées autour d'un prince ambitieux, irrésolu et sceptique, qui paralysèrent et finirent par remplacer à son profit, au préjudice de ses confidents, la diplomatie officielle de la France. L'ambassadeur d'Espagne à Paris, informé par les grands seigneurs qu'il fréquentait, en avait découvert de bonne heure à sa cour l'existence et la portée. « Les projets du duc d'Orléans et les manèges en vue des éventualités futures, écrivait, au début de 1717, Alberoiii au duc de Parme, sont trop publics pour que Votre Altesse les ignore-. » Dès le mois de septembre 1716 il avait signalé les démarches du Régent auprès des puissances maritimes aux Farnèse qui s'étaient hâtés d'envoyer à Hanovre un agent, Claudio Ré, pour les suivre, s'en garder et en tirer peutêtre avantage3. Mais tout entier à l'peuvre de réorganisation qu'il avait entreprise en Espagne, à la poursuite du chapeau de cardinal qui devait consacrer son autorité et ses projets, Alberoni ne paraît pas alors s'être plus troublé des intrigues de Dubois avec Stanhope que de celles de Saint-Aignan avec les Grands d'Espagne.

1. Saint-Aignan à Louville, il octobre L716, juin 171 / (Louville, Mémqires, II, p. 220, 230 à 237).

2. Lettre d'Alberoni au duc de Parme, 1 r février 1717 Arcs. Nap., Farnesiana^ fasc, :>'.» .

3. Lettre d'Alberoni au duc de Parme, 4 janvier 1717 (Iuu... ibîd., fasc. 59).

A Plaisance, les Farnèse ne gardaient point la même indifférence. Comme le supposai! Alberoni, ils avaient très vite ouvert les yeux sur l'intrigue et les voyages de l'abbé Dubois. Dès le 7 août 1716, ils savaient que le «lue d'Orléans insistait pour se faire garantir par les puissances maritimes la Succession de France et promettait en retour sa garantie à la dynastie protestante en Angleterre, et aux Hollandais le maintien de la Barrière1. « Continuez, disaient-ils encore à l'abbé le 13 novembre 1716, à recueillir toutes les indications possibles sur la personne, les idées et les manèges du duc d'Orléans : elles nous serviront de lumière pour nous permettre de mieux prendre toutes nos mesures 2. » Ils attendaient et observaient, se méfiant que la ligue, où pour ses intérêts le Régent venait d'entrer, ne servît en fin de compte les ambitions de l'Empereur sur l'Italie, ne fît fort à leurs espérances. Qu'adviendrait-il de la paix de l'Italie et, en cas de guerre, des destinées de leur Duché, le jour où les alliés de La Haye, whigs depuis longtemps attachés aux intérêts de Charles VI, hommes d'État hollandais et français décideraient l'Europe en faveur des Habsbourg. L'Empereur ne venait-il pas de fermer encore sa porte brutalement au diplomate Passerini que la cour de Parme avait tenté d'accréditer à Vienne? (août 1716) 3. « Il ne faudrait pas tarder davantage à prendre des mesures pour la péninsule, pour le duché de Toscane surtout. Prenons garde, écrivait le duc à l'abbé le 12 mars 1717, qu'une surprise nous enlève les moyens de défendre les intérêts de notre État. Je crains quelque traité secret *. »

Les craintes des Farnèse n'étaient point chimériques. Au moment où le roi d'Angleterre allait s'engager avec le duc d'Orléans, où certains de ses ministres l'y poussaient, au mois de septembre 1716, Georges Ier n'oubliait pas les égards qu'il devait, électeur de Hanovre, à l'Empereur, ni Stanhope, chef d'un cabinet whig, les engagements anciens, renouvelés en 1716, de son parti avec la cour de Vienne. Ils avaient cherché le moyen de

1. Le duc de Parme à Alberoni, 7 août, de Colorno (Arch. Nap., Farnesiana, 58).

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