Lettre d' Alberoni à Rocca, 3 août 1716, p
4. Le duc de Parme à Alberoni, 12 mars 1717 (Arch. Nap., Farnesiana, 59).
servir les Habsbourg en se rapprochant des Bourbons : l'offre préparée dès le mois de septembre 1 7 1 G , présentée en décembre aux Impériaux, de leur donner la Sicile au lieu de la Sardaigne, pourvu que Charles VI laissât l'Espagne à Philippe V et qu'il promit la France au duc d'Orléans. Combinaison à coup sur ingénieuse et susceptible de réussir, puisqu'elle pouvait satisfaire les puissances qui disposaient de l'Europe, la France, l'Angleterre, l'Empereur, et même l'Espagne tentée peut-être par la promesse faite au fils d'Elisabeth Farnèse de l'héritage de Parme et de Plaisance.
Ce remaniement de territoires italiens ne devait après tout faire de victimes qu'en Italie : le duc de Savoie averti dès le 5 décembre 1716 du plan formé contre lui à La Haye, les Farnèse inquiets des progrès menaçants de la puissance impériale. Pour juger ce programme qui devait avoir sur les destinés de l'Europe et de l'Espagne une influence décisive, il ne faut point oublier qu'il a précédé la convention de Hanovre et l'alliance de La Haye. L'échange de la Sardaigne et de la Sicile figurait déjà secrètement parmi les articles de la coalition renouvelée à Westminster, en juin 1716, par les ministres whigs avec l'Empereur. Quand ces mêmes ministres négocièrent à Hanovre avec 1 abbé Dubois, soi-disant pour le bien de la paix, ils se réservaient d'avance le droit de régler cette paix sur les prétentions ambitieuses de l'Autriche, et de modifier, deux ans à peine après les traités d'Utrecht, les conditions territoriales péniblement imposées à l'Italie par ces traités.
Singulière confirmation, on doit l'avouer, de la paix d'Utrecht qu'un plan formé pour arracher le consentement de l'Europe aux conditions renouvelées de la Grande Alliance de 1701 entre les Habsbourg, les whigs et la Hollande! El ce n'était rien moins cependanl que ce qui se préparait au printemps de 1717, à la suite de l'entente établie par le Régent de France et l'Électeur de Hanovre pour le succès de leurs ambitions particulières1.
L'Espagne et les Farnèse ne furcnl officiellement informés par les auteurs du complot d'abord que des offres destinées à
1. Voir notre tome I", Le Secret du Régent, p. 193 et suivantes.
procurer la paix entre Philippe V et son ancien rival. Pour ne pas éveiller 1rs susceptibilités du roi d'Espagne, on ne devait lui parler ni de la Succession ;iu trône de France, ni des avantages promis à l'Empereur en Italie. « Il paraît dune extrême importance, avait même ajouté Dubois, que l'on ue puisse pas supposer que l'on soit disposé de ce côté-ci à déroger à la moindre chose sur ce qui a été stipulé à Utrecht. Il serait très important que le roi d'Angleterre parût agir de son propre mouvement à Madrid et à Vienne : la négociation souffrira beaucoup moins de difficulté du côté de l'Espagne, lorsqu'il paraîtra que la France n'y a point de part1. »
Les Bourbons d'Espagne étaient alors représentés à La Haye par un diplomate parmesan qu'Alberoni avait, pour plaire au duc de Parme, fait envoyer en Hollande, Beretti-Landi. Actif et intelligent, cet homme d'Etat n'avait pas ménagé sa peine pour procurer à l'Espagne l'amitié des puissances maritimes. Et jamais, malgré le rapprochement qui s'était opéré entre les puissances et l'Empereur, il n'avait voulu désespérer d'une entente entre la monarchie de Philippe Y, l'Angleterre et surtout les Provinces-Unies2. En vain Alberoni lui avait-il intimé l'ordre de faire savoir au grand pensionnaire (janvier 1717), qu'à la moindre négociation des Provinces-Unies avec l'Empereur, son ennemi, le roi d'Espagne manifesterait son indignation en le rappelant aussitôt. Beretti avait atténué à dessein le message, et gardé les moyens de négocier avec les hommes d'Etat anglais et hollandais3.
Lorsque le 15 janvier 1717 Stanhope, revenant de Hanovre en Angleterre, passa par La Haye, il n'eut garde de taire à Beretti-Landi les propositions de médiation que les alliés allaient adresser à l'Empereur et au roi d'Espagne. Pour entrer