‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 135 sur 189 · Lemontey, Histoire de la Régence, [, p. 1'-.''» et · texte numérisé non relu

Lemontey, Histoire de la Régence, [, p. 1'-.''» et

LA. GUERRE A L'EMPEREUR EN SARDAIGNE 2ii:5

« La Hotte préparée avec fièvre par l'abbé dans les ports espagnols, sous les apparences d'une croisade contre les Turcs agréable au pape Clément XI dont il attendait son chapeau de cardinal, n'avait jamais été en réalité destinée qu'à une entreprise sur L'Italie. Il suffit, le moment venu, de l'employer à son véritable objet. Mais l'habile Italien attendit pour se démasquer le jour où Clément XI, satisfait des avantages accordés en Espagne le 14 juin au Saint-Siège, trompé par les préparatifs de l'expédition prochaine eût tenu le consistoire désiré. Jusque-là, il parut insensible aux provocations de l'Autriche et résolument pacifique. Le chapeau de cardinal fut accordé le 12 juillet aux vœux de la cour d'Espagne, aux instances des Farnèse. L'ancien sonneur de la cathédrale de Plaisance devenait prince de l'Eglise romaine. Le lendemain, il ordonnait contre l'Autriche le branle-bas de combat. La flotte espagnole cinglait vers la Sardaigne. »

De ces manèges, soi-disant concertés par Alberoni pour renouveler la guerre dans la Méditerranée, Torcy, l'ancien ministre de Louis XIV, dont les informations dérobées par le secret des postes ont inspiré largement Saint-Simon, a cru trouver la preuve dans les lettres échangées alors entre Alberoni et la cour de Parme. « Il y a lieu de croire que le duc de Parme était instruit fidèlement par Alberoni de l'usage que le roi d'Espagne voulait faire de sa flotte. Il y avait alors de fréquents courriers entre Parme et Madrid !. » L'espionnage de Torcy, sur ce point essentiel, l'a mal servi. Loin de justifier les soupçons et les accusations de duplicité, familières aux adversaires d' Alberoni, la correspondance de l'abbé avec les Farnèse, intégralement conservée aux Archives de Naples, éclaire sa conduite et ses intentions au lendemain de l'attentat autrichien, établit les responsabilités de ses maîtres et les siennes, confirme sa justification et son récit.

Ce fut de Plaisance que la nouvelle de l'arrestation de Molinez parvint à Alberoni et par une lettre du duc de Parme, du 27 mai, arrivée dans la nuit du 7 juin à l'Escurial. Cette lettre était en

1. Torcy, Négociations, II, f" 466. — Saint-Simon, Mémoires, XIV, p. 80, fin avril

deux parties, l'une ostensible et l'autre chiffrée ei secrète : \ ous savez, disait d'abord le duc à son fidèle serviteur, de façon à tromper le public sur ses desseins, par quels motifs que vous-même êtes en mesure d'apprécier, nous n'avons pas cru convenable d'employer cel incident à une entreprise directe sur l'Italie.. » Son langage intime, secret, étaii tout différenl : Cel incidenl de Mur Molinez doit vous faire comprendre comment se pratique la neutralité de l'Italie et quelles peinent être les intentions secrètes de l'Empereur. A vous de considérer s'il n'y aurait pas là une occasion bien opportune de faire partir pour Gênes la Sotte et de répondre à ces provocations par des marques effectives de ressentiment. Sans doute une telle affaire demande bien îles réflexions : nous nous en remettons à votre prudence '. -

Quand cette lettre partit de Gênes par 1rs soins du marquis de Saint-Philippe, gagné sans doute avant tout autre à la politique agressive des Farnèse, personne à Madrid, ni le Roi, ni la Reine, ni Alberoni ne soupçonnaient l'incident Molinez. Déjà cependant le plan d'action dont il fut le prétexte était arrêté, escompté à la cour de Parme. Les précaution- même que le duc prit des ce moment pour détourner les soupçons, pour s'épargner les responsabilités, devaient servir celte diplomatie dont l'Kspagne en définitive ne fut avec Alberoni que l'instrument. Le Secret des Farnèse, en cette crise décisive, a échappé à l'histoire. Alberoni eu a porté le poids, s;ms avoir eu l'initiative. Il n'avait point encore envisagé ave • les souverains espagnols ni l'incident à peine connu à Madrid, ni ses suites, que le S juin il adressait à Parme sa réponse, expression sûrement fidèle celle-là, parce que spontanée, de ses véritables sentiments. Le ton n'était pas d'un homme d'Etat servi dans ses calculs et ses ambitions par l'attentat de l'Autriche ou par la perspective d'une guerre. -t'ai reçu de Gênes au milieu de la nuit le courrier de Saint-Philippe et votre lettre. L'attentat esi barbare, mais

1. Le duc de Parme à Alberoni, 87 mai 1717 \*ca. Nu-.. Fantestan Dans Les Wëgociations do Torcy, II. 498 Saint-Simon, XIV, 133] on trouve une allusion à la partie ouverte de la dépèche, toute différente de la partie chiffrée.

— Lettre d'Alberoni à Rocca, 10 juillet 1717. i

La guerre a L'empereur EN sardaicni: 2îjs

aiissi < j 1 1 « • 1 1 o folie, cette conduite de ce misérable Molinez, d'aller traverser l'Etal de Milan ! Le voilà bien cel homme <|ui a passe auprès de ce peuple pour un oracle, alors que dans toul son ministère il s'étail fail remarquer par des extravagances de ce genre et des fautes absolues contre la règle, le bon sens el l'ordre'! » Le premier cri de l'abbé, c'esl un cri de surprise et de colère: « Que diable allai! l'aire Molinez dans cette galère? » (Comme le personnage de la comédie, le premier ministre se refuse d'abord énergiquemenl à payer le- frais de l'aventure.

Aux sollicitations des Farnèse il réplique, en des ternies qui ne peuvent laisser aucun doute sur sa volonlé d'abord arrêtée d'employer la Ilot le à une croisade, el non à une entreprise italienne : « Qu'on en vienne à l'idée que vous suggérez de marquer par l'envoi d'une escadre le ressentiment du lioi, il faudra doue abandonner l'entreprise du Levant. Cela ferai! un bien vilain etTet dans le monde : nous aurions l'air d'avoir fait cet armement comme un prétexte2. »

Et six jours plus tard, le 1 I juin, après tous les débats de l'inçidenl dans les conseils du Roi, malgré l'insistance de Philippe V, de ses minisires, du confesseur, voici ce qu'Alberoni, réflexion faite, à bout de résistance et d'arguments écrivait à Parme : « Pour l'amour de Dieu, que \ otre Altesse Sérénissime se garde bien dedonnerà l'Empereur la moindre ombre de prétexte à querelles et le plus léger motif de mal l'aire. Car je le sais de source sûre : il s'ini»énie à en trouver'. »

Le 9 juillet enfin, l'abbé se décidait à la guerre : trois jours avant sa promotion au cardinalat et quinze jours au moins avant d'avoir pu en reeevoir la nouvelle. 11 avail résisté un mois à la pression de la cour d'Espagne. Il n'avait pu fléchir les exigences des Farnèse. Pour le duc de Parme, la première lettre du *?7 mai n'avait été qu'une entrée en matière, celle qui suivit bien vile, allait être, le 2 juillet, plus explicite et plus formelle : « Vous ne

1. Lettre d'Alberoni au duc de Parme, S juin 1717 Arch. Nap., Farnesiana, 59).

Le texte de cette lettre a été très certainement connu de Torcy, Négociations, II, f° 477, dans Saint-Simon, XIV, p. 125.

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