‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 136 sur 189 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. Lettre d'Alberoni au duc de Parme, Lscurial, 14 juin 1717 ^Aitcu. Nap., Farnesiana, 59).

devez pas abandonner l'Italie à vos ennemis : elle leur servirait à mettre en branle une guerre trop longue, trop périlleuse pour la monarchie espagnole qui ne connaîtra plus aucune tranquillité si l'on ne prend à temps les remèdes les plus énergiques. Un remords tardif ne servira de rien : des ordres étroits sont arrivés de Vienne au sujet de la Toscane et il se pourrait que la famille du Pape fût intéressée par l'Autriche à un règlement où figurerait pour les Albani la promesse d'une principauté en Toscane1. » Il n'est pas difficile de présumer l'effet produit à Madrid, par ces appels et ces menaces, sur l'esprit ambitieux d'Elisabeth Farnèse, sur l'orgueil de Philippe V.

Mais c'était Alberoni, qu'il fallait convaincre et décider : « Vous n'avez pas tort de penser qu'il ne faut pas détourner de l'entreprise du Levant l'escadre destinée au secours de la Hotte chrétienne, que le monde catholique vous en ferait un trop grave reproche. Et pourtant il nous semble qu'on ne peut laisser passer, sans protestations, l'injuste arrestation de Mgr Molinez contraire à la neutralité de l'Italie, au droit des gens, faite pour ne point laisser ignorer les prétentions de l'Empereur à la domination de l'Italie. Le voilà qui se prépare à occuper la Toscane, un autre domaine, et si considérable, de l'Italie, à se rendre maître de Livourne dont il tirera une puissance invincible dans la Méditerranée. Vous savez assez les autres conséquences, et vous pouvez comprendre ce qu'une entreprise si importante exige de fortes et urgentes précautions 2. »

Après ce plaidoyer pressant, le duc de Parme avait dû être satisfait, cette fois, de la docilité de son envoyée Madrid.

Premier ministre d'Espagne et bientôt cardinal, Alberoni n'oublia pas qu'il avait grandi par les Farnèse et pour eux. Ni ses convictions personnelles, ni le souci de son œuvre menacée, ni la crainte d'une lourde entreprise ne devaient prévaloir sur les avis de la cour de Parme, sur ses appels et ses ordres : « Je n'ai rien à ajouter, écrivait-il le '.* juillet, avec une certaine tristesse,

1. Lettre du duc de Parme à Alberoni, 2 juillet Arch. Nap., FarneSiana,

2. Ibid., ibid. Le texte a été connu par Torcy, incomplètement, Négocia/io/is, II, f" 49S à 500; dans Saint-Simon, XIV, 133.

à mes lettres précédentes : j'obéirai à ce que Votre Altesse Sérénissime m'ordonne'. »

Et le même jour, le 9 juillet, un billet chiffré sans signature, qui parvint a Parme le 23 juillet, y porta la nouvelle de la décision prise enfin au Pardo entre Alberoni, Elisabeth Farnèse et Philippe V : « l'escadre que vous savez partira le 17 courant de Barcelone pour la conquête de Sardaigne : on a jugé cette île plus facile à conserver. C'est Tunique motif pour lequel on a renoncé à l'entreprise de Naples. Ce sera un prétexte pour l'Empereur de faire la paix avec les Turcs et de porter toutes ses forces en Italie. On vous recommande le secret"2». Le même courrier passant par Gênes portait au marquis de Saint- Philippe les instructions du Roi, la même nouvelle et la même consigne de secret absolu. Saint-Philippe était originaire de Sardaigne; il connaissait le pays et ses habitants; il avait conseillé hardiment l'entreprise : à lui d'être le guide des armées espagnoles et l'organisateur de la conquête. Alberoni et l'Espagne agissaient.

Ainsi, le duc de Parme n'était point encore au terme de ses vœux, ni de ses instances. Dès qu'il reçut l'avis de l'expédition de Sardaigne, il n'y voulut voir qu'un demi-succès pour sa politique, une première étape de la grande entreprise espagnole. Dès le 23 juillet il demandait mieux; il ordonnait plus à Alberoni dont la docilité l'encourageait : après la Sardaigne, la Sicile et Naples. « Je vais vous donner écrivait-il, des lumières qui me viennent sur ce pays. » Aussi habile d'ailleurs à dissimuler ses avis qu'impatient de les imposer, il ajoutait : « Je vous les enverrai parla voie de Gênes et dès mardi malin, dans une lettre qui partira datée de Naples et signée d'un nom emprunté. Le nom sera Gennaro Felicioni3. » Il n'est pas étonnant que tant de précautions aient détourné de la cour de Parme sur Alberoni les soupçons de l'Europe.

1. Lettre d'Alberoni au duc de Parme, 9 juillet, du Pardo (Arch. Nap., Farnesiana, fasc. 59).

2. Billet sans signature, mais d'Alberoni, conservé dans la minute d'une lettre du duc écrite le 23 juillet 1717 (Arch. Nap., Famesianu, fasc. 59).

3. Lettre du duc de Parme à Alberoni, 23 juillet 1717. La première lettre de Gennaro Felicioni est du 25 juillet.

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