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LES DÉBUTS D'ALBEHOM 23
une fuite précipitée son armée à la discrétion de l'ennemi1 ».
Il ne faut pas s'y tromper : ce jugement irrité est encore un cri de colère, d'espérances déçues. Avec ses maîtres, pour la délivrance de l'Italie, Alberoni a escompté la victoire de Philippe V. Et partout ses armées et celles de son grand-père sont en déroute. L'Allemagne tout entière, une partie de l'Espagne maintenant, les Flandres appartiennent à l'archiduc, à ses alliés. L'Italie protégée par Vendôme reste comme un ouvrage avancé que de tous côtés vient battre et prendre à revers le flot montant, irrésistible peut-être, des armées impériales, troupes palatines, troupes de Saxe, de Brandebourg, appelées des Alpes dans la vallée du Pô.
Ah ! Si Vendôme pouvait être partout, en Flandre par exemple, comme « le bon compère » rétablirait les affaires ? Ce vœu d'Alberoni n'était pas de ceux qui se réalisent. La façon dont Louis XIV l'entendit et fit de ce rêve une réalité incomplète fut un nouveau coup pour les Farnèse et pour le Parmesan. Tandis que La Feuillade pressait le siège de Turin, Vendôme avait organisé sur l'Adige et le Pô une grande barrière fortifiée pour empêcher le prince Eugène de secourir la Savoie. Des retranchements à Vérone, à Rivoli, à Cavaillon se dressaient pour fermer les fleuves au prince Eugène qui se préparait, avec un gros attirail de canons et de bateaux, à les franchir. Installé à Sainte-Mariede-Zevio, à portée et au centre de tous ses postes, le protecteur d'Alberoni et de l'Italie surveillait, avec autant de sang- froid que s'il eût été en quartier d'hiver, les démarches de son redoutable adversaire (27 juin 1706) 2. Ce fut alors qu'il reçut à la fin de juin, de Versailles, l'ordre de partir sans délai pour la Flandre, d'y réunir l'armée déshonorée par Villeroi, de réparer Ramillies comme il avait fait oublier Crémone, de laisser l'Italie pour sauver la France de l'invasion.
Le 10 juillet 1706, le comte Ranuccio Scotti par ordre du duc de Parme, rencontrait à Castagnaro, dans le Véronais, le général français docile à l'appel de son roi et fier, malgré l'abandon d'une tâche inachevée, des regrets qu'il laissait en l'Italie, des