‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 140 sur 189 · Lettre d'Alberuni ;'i Rocci, 13 septembre 1717. p · texte numérisé non relu

Lettre d'Alberuni ;'i Rocci, 13 septembre 1717. p

la personne que Ton sait que Votre Altesse Royale a pris le vrai chemin pour assurer ses intérêts présents et à venir ». Et, désignant pour interprète le marquis de Monti son ami, « il faisait savoir que si Son Altesse Royale voulait entrer dans la ligue, le roi de Sicile se déclarerait contre l'Autriche. Ce serait un bon moyen de rendre votre nom glorieux et immortel * ».

Cette lettre aimable et confiante d'Albcroni au duc d'Orléans, cette tentative de rapprochement qui semblait venir de Madrid a paru une preuve nouvelle de duplicité, à la charge du ministre espagnol. « Ce fut alors le temps, dit M. Baudrillart, qu'Alberoni choisit pour se rapprocher du Régent. Dubois démêla l'artifice, fit sentir à son maître combien était suspecte l'amitié d'un ennemi qui venait se jeter brusquement dans ses bras, quel piège cachait cette manœuvre, dont le but se démasquerait sitôt qu'on aurait séparé la France de l'Angleterre2. »

Explication aisée, mais fausse qui ne résiste pas mieux que les précédentes à l'examen des Archives de Parme. C'étaient encore les Farnèse qui avaient décidé Alberoni à cette réconciliation avec le Régent, et sur une offre venue du Palais-Royal, apportée de Paris à Parme par Peterborough. Et le cardinal plus que le duc d'Orléans se trouvait en droit de dire : « La démarche du duc d'Orléans n'est pas moins inattendue que dépourvue de vergogne. » Et s'il ne la repoussait pas, n'avait-il pas plus de motifs de se défier du Régent que le Régent de lui, et de conclure : « le duc d'Orléans est-il sincère? »

Quand le duc d'Orléans manifestait ainsi le désir de s'entendre avec Alberoni, il faut savoir ce qu'il était advenu des intrigues formées par les soins du duc de Saint-Aignan et sur son ordre. Elles continuaient sous la direction de Louville, et d'une étrange façon. Le crédit de l'ambassadeur français sur les Grands d'Espagne avait baissé, depuis que l'expédition de Sardaigne était venue flatter leur amour-propre et leurs espérances patriotiques. Louville imagina de lui donner un auxiliaire et un guide, un sieur de Boissimène, aventurier né à Bidache qui, après

1. Lettre d'Alberoni au duc d'Orléans, 4 octobre 1717 (A. ÉTR., Esp., t. 260, f" 126 et 127).

Page 1