Tome II
avoir servi dans l'armée d'Espagne et obtenu la croix de Saint- Louis, avait quitté Bayonne, sans y payer ses dettes d'hôtel, emmenant sa femme accusée d'un vol de nuit. Dès la fin de 1716 le personnage s'était offert au Régent, « pour qu'il fût sur de son fait du côté de Spagne, en promettant de s'introduire auprès de Riperda, et de mieux réussir que l'ambassadeur de France ». Louville, qui le connaissait par Berwick et Caylus, le fit partir pour Madrid en septembre, et organisa avec lui et Longepierre une correspondance secrète toujours dirigée contre les Italiens, dont un banquier de Bayonne, Moracin, était l'intermédiaire1. Singulier confident qui n'eut rien de plus pressé au delà des Pyrénées, que de passer au service d'Alberoni à 18,000 livres dappointement : dès le mois d'octobre le cardinal l'expédiait à Rakoczi, en Hongrie et en Turquie pour former une coalition contre les Habsbourg en Orient (30 novembre 1717) 2.
Les manèges de Louville en Espagne se poursuivaient donc parallèlement à l'intrigue formée en Angleterre par le Bégent. A la nouvelle de l'entreprise de Philippe V, l'abbé Dubois était parti pour Londres, sous le prétexte d'une négociation pacifique qui avait pour objet la réconciliation de l'Empereur et de Philippe V. Il s'y rencontrait avec l'envoyé de Charles VI en septembre 1717, et son objet demeurait le même : intéresser l'Empereur aux droits du Bégent sur le trône de France, par des avantages qu'on lui ferait en Italie; puis obliger Philippe V, gagné par d'autres concessions telles que l'espérance de Parme et de la Toscane et désarmé, à consentir lui-même ces avantages à son rival. Gomme c'était le point délicat de cette intrigue, plus favorable à l'Empereur qu'à Philippe V, réglée par les sympathies des whigs pour l'Autriche et comme h» guerre se trouvait déjà ouverte en Italie, Dubois et Stanhope y procédaient avec douceur3. Ils avaient décidé
1. LcUics de Lûllgepierr^ •'' Saint-Aii;nan, à Hoissiinène. Il et 'J'.i octobre 1717 (A. K'I'i;.. Es,,., Supplém. t. 1 il. f° 295, el t. 260 .
2. Lettre d'AJberoni an duc de Parme, dépêche chiffrée du 29 novembre 1717 (Aluni Nap., Farnesiana, fasc. 59).
3. Voir noire tome I", Le Secret du lié yen l ; Wiescner, Le Régent, Vubbé Dubois, 11. [i. 109, qui a publié à ce sujet la lettre décisive de Stanhope à Stair tin 16 septembre 1717.
LA GUERRE A L'EMPEHEUR EN 8ARDAIGNE 275
d'offrir à Alberoni un million pour le mettre dans leur jeu.
Faut-il s'étonner qu'Alberoni ait mal reçu le colonel Stanbope, cousin du ministre, chargé de cette commission maladroite et venu jusqu'à Madrid, tout exprès pour le corrompre? Le plan qu'on lui apportait de Londres lui était présenté sous les espèces d'une trahison. Il fut brutalement rejeté, et naturellement ce refus parut le défi d'un ministre outrecuidant et obstiné1. L'explication qu'en a donnée Alberoni vaut mieux : « J'ai fait ce que devait faire un honnête homme pour bien servir mon prince. Si alors je m'efforce de lui procurer des avantages, cela doit m'être compté plutôt comme un mérite et un honneur2. » Le malheur, pour lui, voulut que cette conduite fît trop directement obstacle au programme d'action que l'abbé Dubois, servant aussi son maître à sa façon, avait dressé et réglé sur l'alliance des whigs et de l'Empereur.
Ce n'étaient pas seulement les appétits du Régent au trône de France qu'Alberoni contrariait, presque sans le vouloir : c'étaient ses prétentions même à disposer de l'Espagne. Cela parut de toute évidence, et au moment même où les confidents du duc d'Orléans sollicitaient Alberoni de favoriser sa candidature à la succession de Louis XV.
Au mois d'octobre 1717, Philippe V subit une atteinte brusque et profonde, provoquée par son genre de vie, du mal étrange qui allait désormais s'accentuer par crises périodiques, redoutables pour sa volonté et sa raison, pour sa vie même. Toujours en éveil, le confident du ménage royal avait prévu et signalé l'effet des excès du Roi : Philippe V s'épuisait auprès de la Reine qui, à peine accouchée le 22 mars 1717 d'un infant mort, presque aussitôt se trouvait enceinte dès le mois de juillet « pour réparer cette perte et peupler l'univers de princes espagnols3». Les chasses royales enfin que, pour lui plaire, Elisabeth Farnèse et l'abbé lui-même ne devaient jamais manquer, au Pardo, à San
1. Lettre du colonel Stanhope à Stanhope, 1er novembre 1717; Coxe, Bourbons d'Espagne, II, 1/4.
2. Lettre d' Alberoni au duc de Parme, 26 novembre 1717 (Arch. Nap., Farnesiana, fasc. 59).
3. Lettres d Alberoni à Rocca, 26 avril 1717, p. 537 ; 12 juillet 1717, p. 548.
Lorenzo, achevaient de ruiner la santé délabrée de Philippe V. La fièvre le prit en septembre, et plutôt que de renoncer à son exercice favori, de rentrer à Madrid pour se soigner, il s'était installé dans un pavillon de chasse, à une demi-lieue du Pardo. « Ni le Roi ni la Reine, écrivait Alberoni, le 6 septembre, n'ont voulu écouter leurs meilleurs serviteurs qui leur conseillent de se ménager1. » Philippe Y ne voulut pas même manquer, au milieu d'octobre, la grande chasse annuelle de San Lorenzo près de l'Escurial : déjà la crise avait commencé.
« Depuis huit mois ce pauvre Seigneur donne des signes de trouble d'esprit. Sa conviction est qu'il va mourir au premier jour, tantôt d'un mal, tantôt d'un autre Le 4 octobre, il y a huit jours, il fut pris d'une si noire mélancolie qu'on crut qu'il allait mourir d'un moment à l'autre. Les instances du confesseur, du médecin, les miennes ne furent d'aucun effet. 11 s'imaginait, et il n'est p is aujourd'hui désabusé, que sortant à cheval, il avait été atteint par le soleil à cette partie de la tète où il se croit malade. A toutes les raisons qu'on lui opposait, il répliquait qu'il était triste de n'être pas cru, mais que sa mort prochaine le justifierait. Et le fait est que le médecin le voyant maigrir à vue d'œil est venu me conseiller de ne pas perdre de temps et de prendre les mesures nécessaires2. »
Et la chasse de continuer toujours, jusqu'au 24 octobre, malgré l'avis des médecins. Le lendemain, l'accès de mélancolie redoublait, et Philippe V se crut pour tout de bon mourant, le 26. 11 fit appeler le confesseur et déclara qu'il voulait faire son testament. Depuis quatre mois c'était sa pensée fixe, « par l'amour de la Reine qui l'avait mis en cet état ». Cette fois Alberoni et la Reine ne s'y opposèrent point. Avertis par les médecins et inquiétés par leurs avis, ils s'étaient procuré les testaments des rois précédents. Ils avaient écrit à Parme comme toujours, ne cachant point leur intention d'assurer à Elisabeth Farnèse la tutelle et la Régence3. Et dès le 27 octobre, le duc de Parme avait
1. Lettre d'Alberoni au duc <le Parmi', du Pardo, 6 septembre Am.ii. Nap., Famesiana, l'a se. 59).
2. Lettre d'Alberoni du 12 octobre, de s m Lorenzo I mn. . ibid.).
3. Lettres d'Alberoni au (lue «le Parme des Pr el 22 novembre 1717 (Ibid., iùid.j.
en grande hâte conseillé à Madrid qu'on fit faire à Philippe V un testament pour parer au cas de folie ou de mort et dans les deux cas conserver à la Heine le plus d'autorité possible sur le royaume1. Le jour même où cette lettre partait de Parme à deux heures du matin, le testament était fait, de manière à rassurer Elisabeth Farnèse sur son avenir, Alberoni sur son œuvre. Bien qu'ils essayassent en effet de garder leur sang-froid dans la crise, que l'appétit du Roi demeurât un signe favorable, Alberoni et sa protectrice avaient eu sérieusement peur : « J'ai besoin, écrivait-il, d'une assistance spéciale de Dieu pour vivre en présence des circonstances actuelles. »
S'il eut su ce qui se préparait alors au Palais-Royal, d'où on lui prodiguait les témoignages d'amitié, quelle justification de ses alarmes! Saint-Aignan, toujours à l'affût de ce qui pouvait le perdre, avait, dès le 20 octobre, informé le Régent de la crise et pressé ce prince ambitieux de répondre aux vœux des Espagnols, de toute une nation qui l'appelait à la Régence des deux monarchies. Il lui apprit, le 27 octobre, la signature du testament qui semblait présager l'agonie royale. Le duc d'Orléans n'hésita pas un instant. « Il faut à tout prix exclure la Reine de la Régence et du gouvernement. La Reine, envers qui je suis bien aise d'ailleurs de ne manquer en rien à ce que je lui dois, comprendra qu'il ne serait ni bienséant, ni raisonnable pour elle de se mêler de l'administration d'un royaume qui appartient à des princes dont elle est la belle-mère. » 11 marqua même l'intention d'en appeler au roi de Sicile, « dont ces princes sont les petits-fils, tandis qu'ils sont mes neveux2 ». Et pour plus de sûreté, quel que fût le testament arraché à la faiblesse de Philippe V, il s'apprêta à faire appel aux Grands d'Espagne pour se mettre en mesure de ruiner la tyrannie italienne, et pour faire des plus dévoués, les ducs de Veragua et de Las Torrès, l'âme de ce gouvernement national constitué à son profit : « C'est l'avantage des princes mes neveux aussi bien que le mien. » Le duc d'Orléans
1. Lettre du duc de Parme à Alberoni, du 27 octobre (Arcb. Nap., Fa?viesiana, fasc. 59).
2. Lettres de Saint-Aignan au Régent, 20 et 27 octobre (A. ÉTR., Esp., Supplément, t. 144, f™ 294 et 299). — Lettre du duc dOrléan.s à Saint-Aignan, 8 novembre 1717 (Ibid., f° 30L,
avait déjà prouvé à la mort de Louis XIV qu'un testament n'était point un obstacle à ce qu'il estimait de son intérêt.
En ces moments qui pouvaient être décisifs l'ambassadeur de France, serviteur du Régent, fut un véritable chef de parti allant d'un seigneur à l'autre, négociant pour l'un un mariage, pour l'autre une fonction dans la junte où il devait lui-même représenter les Bourbons de France, excitant le peuple comme les autorités de Madrid et les archevêques contre la Reine et les Italiens, désespérant du confesseur, mais embauchant le valet de chambre du Roi. L'armée, comme la diplomatie officielle de la France, devait être employée, sans retard ni réserve, au succès de cette intrigue que le duc d'Orléans aurait eu peine à justifier par l'intérêt de la nation ou le souci de sa propre défense, véritable tentative de guerre civile en Espagne, œuvre toute personnelle de ruse et de force. « J'ai fait avancer, écrivaitil le 29 novembre 1717, 30 bataillons et 50 escadrons du côté de la frontière, à portée d'entrer en Espagne à la moindre réquisition des Espagnols en telle quantité qu'il leur plaira1. »
Le premier ministre d'Elisabeth Farnèse , contre qui ce complot s'ourdissait et se poursuivit pendant toute la maladie de Philippe V, écrivait à Parme, le 22 octobre : « Je m'imagine qu'informé de l'état de l'ami (le Roi; le duc Régent pourrait bien changer d'opinion s'il était sincère dans son désir de réconciliation : quel embarras pour les Anglais ! » Le 30 novembre, on lui répondait de Parme : « Le duc d'Orléans n'a pas jusqu'ici changé de sentiment. Il m'a fait savoir dernièrement qu'il m'enverra bientôt un confident qui me fera connaître ses sentiments, et je les ferai parvenir aussitôt à Votre Eminence "2. »
Vers le milieu de novembre, la cour de Parme avait, en effet, reçu du Régent une lettre datée du 30 octobre, très amicale, très confiante, et propre à confirmer ses espérances. Et quelques jours avant, le premier ministre espagnol recevait de Paris même, et du duc d'Orléans, les mêmes assurances. On le
1. I.e duc d'Orléans à Saint-Aignan, 18 et 29 novembre (A. ÉTR., Esp,j Slip* plément, t. 111, I" 34; l. 115, t'« 3).
2. Lettre d'Alberoni au duc do l'arme du 22 octobre, et réponde du duc de Parme du 30 novembre (Akch. Nap., Famesiana^ £>9;,
LA i.t'EUHE A 1/EMPEREUIt EN SAHDAKi.M; 779
remerciait, on l'enCOUfâgeâit : « La Voie que j'ai prise, lui disait le Régent, esl la Marqué assurée de la Sincérité de mes intentions et je ne puis vous en donner une meilleure preuve qu'en approuvant, comme je fais, que le marquis de Mônti soit chargé de la relation secrète qu'il est nécessaire d'établir dans la vue que vous proposez. Je le presserai de partit incessamment pour se rendre auprès de vous1. » Et Monli. en effet, l'ancien lieutenant de Vendôme, un ami pour Alberoni des lions et des mauvais jours, partit de France au début de novembre 1717.
L'histoire a vraiment peine à se reconnaître au milieu de ces intrigues, formées dans l'entourage du Régent pour la satisfaction, par des moyens divers et contraires, de ses ambitions en France, en Espagne. Laquelle de ces brigues prévaudrait auprès de ce prince accessible à tous les intrigants, incapable jusque-là d'en suivre ou d'en écarter aucune? Oui devait l'emporter, de Peterborough appuyé en secret par les gens de la vieille cour, la coterie des familles hostiles aux Habsbourg, favorables à l'alliance espagnole, par d'Huxelles, le duc d'Aumont, par Monti, l'ami de Vendôme et d'Alberoni; ou bien de Louville et de Saint-Aignan, sans compter Boissimène et Longepierre, ligués à Madrid avec les (irands d'Espagne contre Elisabeth Farnèseet ses ministres italiens, ou enfin de l'abbé Dubois inclinant avec les whigs et Stanhope à l'alliance impériale pour assurer avec les roués du Palais-Royal, Nancré, Noce et le duc de Saint- Simon, le trône de France à son ancien élève ? Comment un contemporain eùt-il pu se reconnaître lui-même dans toutes ces trames mystérieuses, sans le secours des pièces d'archives qui nous en livrent à peine le secret, un étranger surtout, un ministre dont on avait intérêt à dérouter la clairvoyance. Les alternatives de soupçon, de défiance, d'illusions el d'espérances que trahit alors la correspondance d'Alberoni enfiévré par la lutte commencée contre les Habsbourg, par l'incertitude du sort réservé à ses projets, à la Reine et à lui-même dans la crise maladive de Philippe V, ne Venaient pas du motif que ses adversaires et les historiens en ont donné. Loin de révéler les dessous
i, Le duc d'Orléans (x Alberoni, 26 octobre \1\1 (A. ÉTR., Esp., t. 263, !' 48),
d'une àme double et d'une politique tortueuse, elles furent les hésitations sincères d'un homme d'Etat aux prises avec une tâche redoutable dont il portait seul le poids, incertain de sa route au travers des brumes que la diplomatie secrète des d'Orléans, des Farnèse et des Hanovre poussait de toutes parts sur l'horizon politique de l'Europe.
Et pourtant, Alberoni ne fut qu'à deux doigts du succès. Le 10 novembre, les hommes de la vieille cour, le maréchal d'Huxelles, le duc de Villeroy, membres du Conseil de Régence, obstinés à détourner le Régent des Habsbourg pour le rapprocher du roi d'Espagne, assez influents pour lui faire peur de l'opinion anti-autrichienne du public français, résolus à ruiner l'œuvre contraire concertée à Londres par l'abbé Dubois, profitant de son éloignement, livraient à l'esprit irrésolu du maître un assaut décisif. Rien qu'ils se défendissent de vouloir la guerre, interdite par l'épuisement des finances de l'Etat, ils réclamaient avec instance une entente avec l'Espagne, l'abandon des négociations avec l'Autriche, dans l'intérêt môme du Régent exposé d'un côté au blâme de la nation, mieux assuré de ses droits pour l'avenir par les promesses du duc de Parme, garant des offres du roi d'Espagne, que par celles de l'Angleterre et des Habsbourg. Le plaidoyer, répandu du Conseil dans le public où l'on commençait de s'échauffer contre l'Autriche, dans les cercles de courtisans toujours attachés au duc d'Anjou fit une grande impression sur le Régent. Quatre jours après, le maréchal d'Huxelles était autorisé à donner la permission de départ à l'ami d'Alberoni, à Monti : n'étail-ce point le signe que le duc d'Orléans, abandonnant la négociation de Londres avec l'Autriche, préférait demander à Philippe Y et à son ministre, contre la satisfaction plus ou moins étendue de leurs espérances italiennes, le succès de ses droits et de ses prétentions ?
L'abbé Dubois en eut, du moins, à Londres où il se préparait à négocier avec Pentenridler arrivé de Vienne après un long retard, le pressentiment ou l'avis. Ses affidés, attentifs à le renseigner sur les gestes du Régent et les décisions du Conseil, Nancré, Noce, Torcy lui-même, à Paris, avaient suivi pas à pas
la campagne menée depuis un mois par la coterie espagnole. L'inquiétude de l'abbé, au début de novembre, permet de mesurer les chances de succès de ses adversaires et d' Alberoni. Le 11 novembre, il écrivait de Londres au duc d'Orléans, pour le ramener à son intrigue, à ses desseins, une lettre indignée, pressante, à la fois éloquente et familière1. Il lui faisait peur des prétentions du roi Philippe V à la Succession de France, des manèges et de la mauvaise foi d'Alberoni, des trahisons de la cour qui conspirait avec les Bourbons de Madrid contre ses intérêts et ses espérances : « En vérité, Votre Altesse Royale est trop trahie... Monseigneur pleurera des larmes de sang, s'il perd cette occasion qui est la seule qui pouvait le rendre indépendant et sauver le royaume... Ce serait une gloire mal placée que de vouloir être le libérateur de l'Italie... Vous perdrez vos alliés, et si la Succession de France s'ouvre pendant cette guerre, vous vous trouverez sans ressources, au dedans, au dehors, au dehors parce que vous n'aurez plus d'alliés et que vous n'oserez appeler vos amis nouveaux qui prétendent avoir plus de droits que vous et que l'on invitera et forcera de l'accepter. Préparez un ton suppliant, car vous aurez bientôt à demander la paix au cardinal Alberoni-. »
En face de ce plaidoyer véhément qui trahit les angoisses de son auteur, il faut placer la lettre écrite presque simultanément, le 8 novembre, par Alberoni au duc d'Orléans, appel non moins passionné, non moins pressant. « Il faut faire ses efforts et prendre toutes ses résolutions avec la supériorité d'àme nécessaire et considérer que la conjecture présente peut assurer le repos de l'Europe, les convenances de la France, celle de Votre Altesse Royale, points si importants qu'ils méritent la plus grande attention, et surtout cette réflexion que l'on est sûr de remporter l'applaudissement de tout le monde, particulièrement celui de la nation française que Votre Altesse Royale connaît mieux que moi.
« Si Votre Altesse Royale ne prend pas actuellement ce parti, le