Voir notre tome Ie', Le Secret du Régent, p. 257 à
2. Lettre de Dubois au Régent, le 17 novembre 1717 (A. ÉTR., Ang.t t. 302,
seul honorable et avantageux, il peut arriver qu'elle soit obligée par les engagements qui se préparent d'en prendre d'autres très périlleux, déshonorants, et de mettre en risque l'honneur, la gloire et les propres intérêts de Votre Altesse Royale. Je la supplie de me pardonner cette liberté de parole et de croire, s'il lui plaît, qu'elle ne vient que d'un cœur dévoué '. »
A partir de ce moment, critique pouf la fortune d'Alberoni comme pour l'œuvre de Dubois, le duc d'Orléans fut en définitive le maître de décider entre les deux hommes, entre les deux systèmes, entre le secret des Farnèse qui le rapprochait de l'Espagne, entre les intrigues du Hanovre qui l'associaient aux ambitions de l'Empereur» Quand l'abbé Dubois, le 24 novembre, résolut de quitter Londres, pour venir plaider en personne, au Palais-Royal, une cause qu'il ne sentait pas encore gagnée par ses lettres les plus vives, le duc d'Orléans avait pris sa décision, et avait conclu, à la demande de l'Angleterre, en faveur des Habsbourg.
Le cardinal, désigné désormais comme la victime du svstème qui triomphait à Paris, avait alors très bien aperçu les motifs de la conduite du Régent. En annonçant l'arrivée prochaine de son ami Monti, il écrivait à Parme le 29 novembre : « Je crains bien qu'il y ait peu à espérer de sa négociation par l'idée que le duc d'Orléans se sera faite de la santé précaire du Roi2. »
Depuis le début de novembre, la maladie de Philippe V se prolongeait : ce fut une crise de six mois. Le Roi s'élail repris à vivre physiquement d'une manière normale. Il accomplissait à peu près ses fonctions royales, il cbassait. Mais l'esprit chancelait : toutes les nuils renouvelaient ses terreurs de la mort. Le confesseur avait plus à faire que le médecin. Le duc d'Orléatls pouvait-il, contre l'Europe favorable à l'Empereur, contre la puissance même des Habsbourg, s'appuyer sur un souverain misérable, impuissant à gouverner son royaume et
1. Lettre d'Alberoni au duc d'Orléans, 8 novembre 1717 [À. ÉTR., Esp., t. 203, f» 85).
, 2. Lettre d'Alberoni au duc de Parme* 29 novembre 1717 (Ancm NaPjj Fumetianas 59)t
sa raison, et régler ses ambitions sur les promesses fragiles de la Heine et du ministre, dont l'autorité demeurait précaire? « La personne du Roi, écrivait à celte époque Alberoni, m'a donné plus de mal que ses intérêts. La Reine souffre le martyre1. »
L'instrument que depuis quatre ans les politiques et les princes de Parme avaient aiguisé, s'émoussait au moment de l'opération décisive : au service de leurs ambitions et de l'Italie, ils avaient pensé employer un roi d'Espagne, capable d'en imposer aux Habsbourg et à l'Europe. L'Espagne par leurs soins avait retrouvé alors des forces : elle n'avait plus de Roi. « Nous poursuivons, écrivit Alberoni à Parme le 8 janvier 171S, le projet que connaît Votre Altesse. Espérons, puisqu'il n'y a plus à comptersur le duc Régent, que Dieu fera surgir quelque accident de nature à ramener les Puissances à la défense du bien public. J'ai fait le métier de la guerre : j'y ai vu le succès favoriser la hardiesse, et qu'il faut laisser place au hasard2. »
En frappant d'impuissance le roi d'Espagne, la Providence ou le sort, que l'abbé plébéien, fils de paysans, habitué aux orages et toujours résigné, n'a jamais distingués, s'étaient prononcé contre l'entreprise de l'Espagne, contre les projets qu'il avait formés pour la soutenir après l'avoir déconseillée. Tant de fois déjà, dans sa longue carrière accidentée, Alberoni avait reçu de ces coups imprévus ! Ils ne l'avaient jamais empêché de reprendre la tâche interrompue, avec sa devise habituelle « tempo è patienzia ». L'espoir lui restait de venir en aide avec l'aide du roi d'Espagne à l'Italie et aux Farnèse, de les délivrer des Allemands. Il écrivit à son ami Rocca : « Le système établi par la paix d'Utrecht ne permettait pas à l'Italie d'espérer un long repos. Elle souffre de maux, contre lesquels des palliatifs sont insuffisants : il y fallait des remèdes spécifiques, le fer et le feu. Prions Dieu que le mal ne soit pas incurable et préparons-nous à souffrir, avec l'espoir probable d'obtenir la guérison nécessaire3. »
1. Même lettre dAlberoni, du 8 janvier 1718 (Akch. Nap., Faniesiana, 59).
2. Lettre <f Alberoni au duc de Parme, 8 janvier 1718 (Ibio., ibid.),